‹ Jérome Savonarole d'après les documents originaux et avec des piéces justificatives en grande partie inéditesChapitre 16 sur 152 · LIVRE I, CHAPITRE IV. IH · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IV. IH

damnation à mort d*uti grand nombre d'innocents, à propos de la ckitijtii^tioii des Pazzi. En entendant ce triple aveu, Savonarole imposa une triple pénitence, c U faut, dit-il à Taugiiste malade, que vous ayez une Ibi tite et siticëre. «Laufent ayant répondu qu*il l'avait : « Vous restituerez, poursuivit le père, tout le bien mal acqiiis, et ne Iai6sei*e2 à vos enfants que la fortune qui convient à des particuliers. » Après quelques hésitations, le Médicis pl*omit de faire ainsi. En troisième lieu, Jérôme lui itn])osa ^obligation, s'il voulait fairë sa paix avec Dieu, de rendre à Florence la liberté. A ces inots, Laurent lui tourna brusquement le dos, refusant de répondre davantage, et Fra Hieronimo se retira.

Ce récit fut traité de bonne heure comme une fable, et il mérite^ en effeti d'être rejeté. Si les paroles écban*^ gées entre les deux interlocuteurs furent une conlV^ssion, personne n'a dû les connaiU'e ; si elles ne lurent qu'uU simple entretien, il est peu croyable que Laurent eût fait ainsi devant ténjoins Faveu de ses plus grandes fautes. Dans tous les cas, entre t^olitien, qui assista aux derniers moments de ion maître^ et Burlamacchi, qui ne S£dt rien, comme il le déclare lui-même, que par le témoignage verbal de Silvestre Marufli et du chanoine Dominique Benivieiii, lesijucls ne faisaient que répéter ce qu'ils avaient entendu dire, qui pourrait hésiter ]f Si Polilien avait touIu dissimuler ces faits^ comme peu honorables poui* la mémoire de Médicis, il aurait gardé rancune àu dominicain, et n'eût pas parlé de lui en termes élogieux. U y a d'ailleurs, pour la fin de celte Sicène, entre les autres auteurs et lui, une contradiction trop frappante pour qu*on puisse croire à une omission; et il ne faut pas oublier que Pic et Burlamacchi écrivant après le rétablissement de ht liberté, il était de quelque

intérêt pour la mémoire de Savonarôle de ne pas laisser

croire qu*il avait donné sa bénédiclion à rhomme qu'il flétrissait encore après sa mort dans ses discours et ses écrits. Pour conclure, en un mot, les biographes plaident et Poiitien raconte : cela fait pencher la balance en faveur de ce dernier \

Laurent de Médicis mourut donc en paix avec l'Église, qui lui accorda ses derniers sacrements. C'était le 8 avril 1492. Il était ftgé de quarante-quatre ans.

La môme année vit mourir le pape Innocent VU (25 juillet). Son successeur, Alexandre YI, est trop coiinu pour qu'il soit nécessaire de rappeler ses déporte-

1. Ces conclusions adoptées par H. P. A. Parafia, ont été combattues par M. Rubieri dans la Poltmojrta, et par M. ViUari, dans VArehivio ttwrieo /forsnltno. Nous n'aTons à parler ici que de M. Rubieri, car H. Villari déclare s'en rapporter à ses arguments et n'avoir rien à y ajouter. M. Rubieri donc^ pense que Poiitien peui n'avoir rien voulu dire qui temtt la mémoire de son protecteur; que s'il fut présent à l'entrevue, il n'en fut tant doute que témoin oculaire et non auriculaire; que cette entrevue ne dut pas être une oonfesâon, mais une conversation pieuse, une consultation sur un cas de conscience; que Pic de La Mirandole, le neveu, est d'accord avec Burlamaccbi, et qu'il doit avoir appris les détails de la boucbe méme de Savonarôle qu'il voyait souvent; que Poiitien, ayant jusqu'alors parlé de Savonarôle avec éloge, n'aurait oté changer subitement de langage; qu'enfin Savonarôle ayant parlé en termes violents et injurieux de Laurent de Médicis, après sa mort, Quoique tant le nommer , il est peu probable qu'il lui eAt donné l'alnolution.

On voit que l'argumentation de H. Rybieri repose sur d'ingénieuses conjectures plutôt que sur des faits positifs. Il n'y a pas une de ses assertions qui ne puisse être attaquée on défendue avec vraisemblance. Nous ne trouvons donc aucune raison suffisante de nous ranger à son avis; d'autant moins que Savonarole, à cette époque, ne songeait point encore à se mêler des affaires politiques , ce qui rend peu croyable qu'il ait stipulé la liberté de Florence au chevet d'un mourant dont le repentir tardif n'eût point engagé son héritier.

Au surplus, le fait par lui-même n'a point assez d'importance pour qu'il ne nous suffise d'indinuer la version qui nous parait la plus probable, après les avoir rapportées toutes les deux.

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