‹ Jérome Savonarole d'après les documents originaux et avec des piéces justificatives en grande partie inéditesChapitre 24 sur 152 · LIVRE I, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE V

de repos. Il avait fait partager à la commimaQté tout

entière ses goûts simples et naifs, et, proscrivant tous les amusements mondains, il leur avait appris h prendre plaisir aux moindres choses. Mais il faut laisser la ^parole au P. Burlamaccbi :

« Les religieux se rendaient en quelque lieu retiré et solitaire; là, après avoir récité le saint office, ils s'entretenaient paisiblement d^ Dieu. Après le dîner, ils prenaient un instant de repos , puis ils se réunissaient gaiement autour du père, qui leur expliquait quelque passage des divines Écritures ; ils faisaient ensuite une petite promenade. Après avoir nwuclié un peu, ils s'asseyaient à Tombre. Le père o£b*ait alors à leui*s méditations quelque beau passage des livres saints, et interrogeait principalement les novices; illeiii* faisait chanter quelque pieuse laude en Tbonneur de Notre-Seigneur, ou leur faisait dire quelque beau trait de la Vie des SaiiUs^ dont il prenait texte pour leur donner de sages leçons. Parfois il les invitait à danser des rondes, en s*accompagnant de la voix; après quoi Ton se remettait en route. Bientôt, faisant mie nouvelle pause, Jérôme priait chaque frère de lui expliquer, conune il l'entendait, un verset des psaumes ou un passage de rKcriture.... Un jour, ils passaient sous un âguier. Le père cueillit de petites branches qui croissaient au pied de Tarbre ; puis, en extrayant la moelle avec adresse, il en fit de blanches colombes, parfaitement imitées, et en donna une à chacun de ses compagnons, ce dont ils furent très-joyeux. Il les priait alors d'iudiquer les qualités de la colombe, et, prenant la parole avec eux, il les leur exposait dans le sens spirituel, à la gi^ande satisfaction de tous.... Souvent, le soir, ils chantaient des psaumes et des hymnes avec une grande fer>'eur ; ils faisaient venir un novice.

VIE m 8AV0NÀR0LB.

en goise d*en&nt Jésui, et s'asseyaient en cerde autour de lui. Chacun lui donnait son cœur et lui demandait quelque chose pour soi ou pour . d'autres : par exemple, que tel jeune homme du monde entrât en religion. Quelquefois ils choisissaient, parmi (^eux qui étaient présents , un ambassadeur qu'ils feignaient d*envoyer à Dieu, pour obtenir de lui quelp qup grâce ; souvent Us faisaient appju^aitre parmi eux la très-sainte Vierge*, qu'ils appelaient avec simplicité leur maman. Ils célébraient ses louanges et la remerciaient, Qe temps eu temps, ils laissaient échapper quelque exclamation partie de Tftme et pleine d'amour, comme mon doux Jésus! Jésus Seigneur des seigneurs! Vierge belle! Vierge mère de Dieu! Vierge pleine de miséricorde! et chacun à la ronde faisait son compliment. G'est ainsi qu'ils employaient le temps et rendaient leurs récréations utiles tout ensemble au

corps et à l'âme. Un jour, le père se trouvait à Saint- Dominique de fiesqle, avec uu grand nombre de ses enfants; on venait de chanter quelques dévotes laudes, pour se récréer après souper. «Mes enfants bien-aimés , ditril , pour nous occuper, que chacun de vous me fasse deux questions, Tune sur le paradis, Tautre sur Tenfer. » La variété et la finesse des 4owtes exprimés, ainsi que les belles réponses et les savantes solutions du père, donnèrent un agrément aduiirable à cette soirée, C'était merveille d'entendre de si belles pensées : on aurait dit que le paradis était descendu sur la terre, et qu'on ti^Quvait dans une couip^ignie d'anges incarnés. »

Tel était Savonarole au milieu de ses frères, et telle la ' discipline qu'il avait m doucement leur imposer et leur faire aimer; mais, quand il se repliait sur lui-même et

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qu*jl ^mt av66 sa pensée, il la portait naturellement

vers les sujets les plus sérieux. Il aimait à réfléchir sur la mort, et s'était fait faire un petit ci^àae en ivoire qu'il usa à force de le tenir dans ses mains. Il s'attendait toujours à mourir de mort violente ou subite, et poi lait habituellement sur lui un crucifix, aiin de pouvoir faire acte de foi , si la parole venait à lui manquer au moment de la mort. Ces sombies pensées, ti*op justifiées par l'événement, n'altéraient en rien sa sérénité. Môme au dehors du couvent, il passa auprès

de ))eaucoup de geqs pour être do mœurs aimables , et, s'il excita des haines violentes, il sut se faire des amis dévoués jusqu'à sacrifier pour lui leurs jours, ce qui n'appartient qu'aux grands caractères et aux

grands cœurs.

far ce soin de toutes les heures que prenait Savonarole de ne donner aucun précepte qu'Une confirmftt par l'exemple, et de se montrer toujours tel qu'il voulait que les autres fussent, il parvint, en peu de temps, à ^re du couvent de Saint-Marc un rare modèle de sainteté. La renommée s'en répandit , et les fils des pins grandes familles de Florence vinrent prendre de ses mains Thahit fie Saint-Dominique. On vit accourir à sa voix et se presser dans l'étroite enceinte de la pieuse maison, des Ruccellai, des Salviati, des Albifzi, des Strozzi, des Médicis. En peu de temps, le nomhre des religieux fut de deux cents, et même de deux cent cinquante. On fut obligé d'accorder de nouveanx bâtiments à une congrégation si notnhreuse, et Savonarole obtint qu'on lui cédât ceux de ia Sapience, qui servent aujourd'hui d'écuries au grand-duc. Mais, quoique les murailles eussent été élargies et les limites de sa domination reeulées, Ui dévorante activité de Jérôme eût été à l'é-

troit derrière elles; aussi pendant qu'il transformait

Saint-Marc au dedans, il poursuivait au dehors le même but sur un plus vaste théâtre.

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