‹ Jérome Savonarole d'après les documents originaux et avec des piéces justificatives en grande partie inéditesChapitre 33 sur 152 · LIVRE n, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE n, CHAPITRE I

blesse et prosterné à ses pieds? La seigneurie alla audevant de lui, en compagnie des principaux citoyens; elle lui fit la réception la plus brillante, et le lendemain lui rendit officiellement visite au palais Médicis, qu*on lui avait donné pour résidence.

Pendant les jours qui suivirent, le jeune roi délibéra avec le gouvernement de la république sur les conditions de la paix. Il demandait pour Pierre de Médicis le droit de rentrer dans Florence avec tous ses privilèges, et pour lui-même la suzeraineté de la ville. Ces prétentions étaient exorbitantes, et les magistrats les repoussèrent, comme c'était leur devoir. C'est alors qu*eut lieu une scène demeurée célèbre. Charles VIII, fatigué d'une longue discussion, s*écria avec impatience : c Eh bien, je ferai sonner mes trompettes! — Et nous, » répondit Pierre Capponi, Tun des délégués florentins, «nous ferons sonner nos cloches. » Puis déchirant les conventions, il se retira aussitôt avec une noble Oerté. Le roi, frappé de tant d'énergie, et ne croyant peut-être pas qu*on eût osé lui parler ainsi sans être eu* mesure de lu résister, fit appeler Capponi. Tranchant alors la difiicuité par une grossière plaisanteries il se réconcilia a?ec c courageux citoyen, qu'il connaissait déjà pour l'avoir vu ambassadeur à sa cour, et arrêta avec lui les conditions de la paix.

Cependant Charles YIIl ne se pressait pas de partir :

1. « Ahl ciappon, oiappon, voi siete un xnal ciappon. » (Nardi, lîv. 1, p. SI;) le mot de V achiavel vaut mieux :

a Lo strepito delP armi e de* cavalli Non potè far che non fosse sentita La voce d'un Cappon fra cento Galli. »

{DeemwUe primo ^ v. 34.)

Oigitized by

VIE DE SAVONÂROLE.

même il n'avait pas encore signé officiellement le traité,

et l'on craijçnait que, par un brusque revirement, il n'ordonn&t de mettre Florence au pillage. Uanxiété était grande dans la ville, et la douleur profonde. Gbacua tenait pour accompli le mal qu*il redoutait. On ne crut voir une dernière planche de salut que dans ime nou* Tclle ambassade : Savonarole fut choisi pour la seconde fois, et chargé d'aller trouver le jeune prince, d'obtenir de lui sa signature et le départ d'une armée qui causait à Florence des maux incroyables. Il se rendit seul au palais. « Arrivé à la porte, dit-il, je fus repoussé, et l'on me dit : Us ne veulent pas qne tu entres, parce qu'ils craignent que tu ne les empêches de faire le sac de la ville. Je ne sais comment les choses allèrent, c'est Dieu qui fit tout. Je fus pris par la main, et conduit en un instant devant Sa Majesté. Le roi était dans sa chambre avec ses barons. Aucun Florentin n'était présent. Il me répondit avec beaucoup de bienveillance, et tout fut conclu. Et, pour empêcher ses courlisans de rien dénatiu:er, il me ûi redire les chapitres par trois f<MS, en latin, en italien, et moitié italien, moitié français, poiur ceux qui n'calendent pas bien notre langue. Tout étant ainsi arrêté, le roi sortit, et l'on déposa les armes^ » Le 26 novembre, les signatures furent données solennellement à Sainte-Marie de la fleur , et, le 28, le roi quitta Florence avec son armée.

Tel est, d'après des témoignages authentiques, le récit

1. Dans un antre sermon^ Sayonarole fait entendre quUl parla an roi d'une manière très-énergique. Il est probable que ce fut pure forfanterie de sa part, et qu'il avait dû, au contraire, pour réussir, mesurer ses paroles :

« 0 ingrate Florence 1 peupla ingrat envers Dieul j'ai fait pour toi ce que je n'ai pas voulu faire pour mes frères par le sang. Pour eux, je n'ai pas voulu parler aux princes, malgré les lettres qui m'y iovi-

Digitizeu by LiOOgle

Page 1