LIVRE CHAPITRE U
. n est inutile sans doute de laver Savonarole du reproche qu'on lui a fait souvent de n'avoir agi dans tout ceci que par ambition. Le savant Magliabechi a répondu judicieusement que si le frère avait eu de l'ambition, il n'avait, pour satisfaire son penchant, qu'à flatter les Médicis ou le pape» dont il eût tout obtenu. L'bistoire de sa vie permet, au reste, de savoir à quoi s*en tenir sur ce point. Enfin, si par sa conduite il jeta les semences de sa ruine, ce ne fut pas à son insu, puisque si souvent pour prix de ses efTorts, il se prédit le martyre.
C'est donc après avoir bien étudié la voie qu'il devait suivre et mesuré l'étendue possible de son sacrifice, que Savonarole marcha (m avant. Il prit soin, en commençant, de faire remarquer aux Florentins qu'il ne s'était pas encore mêlé des affaires d'Ëtat, et que, s'il s'en mêlait maintenant, c'était pour le bien de tous. Ces précautions oratoires prises, il reprochait au peuple son indifférence politique : < Si Dieu , disait-il, a fait tant de merveilles pour ses élus , les cieux , les éléments , les êtres corporels, pourquoi ne ferions-nous pas nous aussi toutes choses, pourquoi n'endurerions-nous pas toutes les fati^^ues pour eux, pour leur repos et pour leur salut? » Et, dans le même temps, comme il voulait créer des institutions démocratiques et leur donner pour origine la volonté populaire, il proposait de choisir la I forme du gouvernement par ime sorte d'élection à trois \ degrés.
' c Pour donner à votre gouvernement la meilleure forme possible , voici ce que vous pouvez faire : Vous avez ' seize gonfaloniers de compagnies, comme vous les appelez, qui ont sous leurs ordres la cité tout entière. Que tous les citoyens se réunissent sous leurs gonfalons respectifs ; qu'ils se consultent , qu'ils se demandent
VIE DE SÀVONAROLB*
quelle forme de goavern^neiU kor parait la meilleure. • Vous aurez ainâ seize systèmes. Les gonMoBiers ae
réuniront ensuite et choisiront dans le nombre les quatre coostituttons qui leur auront paru les meilleures
et les plus stables. Ils les soumettront à la magnifique seigneurie ; et celle-ci , après avoir fait chanter la messe du Saint-Esprit dans la grande salle, choisiia Tune de ces quatre formes de gouvernement. Tenez pour certain que celle qui sera ainsi choisie viendra de Dieu. »
Mais ceux qui voulaient que la révolution se terminât par un simple changement de personnes étaient encore les plus forts, grâce à une longue possession et à l'inexpérience du peuple. Par la proposition qu'on vient ^de voir, Savonarole avait voulu surtout éviter ïassemblée à parlement, qu'il savait bien n ùtre qu une comédie; mais il n'avait pas encore eu le temps de faire partager cette opinion à la foule, et quand la seigneurie, nommée avant la révolution, sous Tinfluence des Médicis, fit sonner la cloche, iln'y eut pas moyen d'empêcher les Florentins d'accourir sur la place (2 décembre). Les prieurs, ayant biU suivant r usage, garder toutes les issues par des hommes armés, firent donner lecture d'une pétition rédigée pair leur ordre et adressée à eux-mêmes. On y demandait la nomination des Huit de fialie, afin de pourvoir aux nécessités du moment avec une autorité absolue, et de réformer le gouvernement, à l'aide de vingt accoppio tarif magistrats de circonstance, chargés pour l'ordinaire de reviser les noms des citoyens éligibles placés dans les bourses, mais qui devaient avoir, dans les circonstances où. l'on se trouvait, une autorité plus étendue.
Comme il arrivait toij^ours dans ces sortes d'assem-