‹ Jérome Savonarole d'après les documents originaux et avec des piéces justificatives en grande partie inéditesChapitre 39 sur 152 · LIVRE n, CHAPITRE U. U · texte numérisé non relu

LIVRE n, CHAPITRE U. U

UéeSy le peuple ne manqua pas d*ac4iuiescer aux propositions de la seigneurie, et la chargea, suivant Fusage, de désigner elle-même la balie et les accoppiatori. Elle n'eut garde de prendre ees magistrats dans les rangs ennemis, en sorte que la pluralité des voix était acquise d'avance à un gouvernement oligarchique. Mais la médiocrité de tous ces personnages s*opposaU à ce qu'ils passent reconnaître une supériorité quelconque et s*y soumeltre. Ils repoussèrent celle de Pagolantonio Soderini, citoyen considérable, qu'ils forcèrent, en froissant son légitime amour-propre , de se jeter dans le parti contraire. Ne Youiaat qu'un chef nominal, ils avaient fait choix de Pierre-François de Médicis, d'une branche opprimée de celle illustre famille, à qui la révolution venait de rendre une patrie; homme incapable qui, pour plaire au peuple, avait renié son nom et se faisait appeler Popolani. Ils espéraient réformer et gouverner, eu laissant à leur dupe toute la responsabilité; mais ils ne purent s'entendre.

Leur désaccord augmentait les espérances et l'audace du parti populaire. Les mécontentements excités par Pierre de Médicis lai avaient permis de relever la téte, et, pendant l'ambassade de ce piiace, les meneurs avaient, dans des assemblées particulières, préparé la révolution. Devenu plus fort par son triomphe inattendu, ce parti s'opposait bruyamment à ce que la seigneurie rapportât le décret qui mettait à prix la téte de l'exilé (9 décembre); mais il manquait d'idées et s'abandoiiiiait au hasard. Mécontent de la tendance de ses magistrats» ii ne savait quel système, ni quelles personnes leur opposer. Savonarole vit donc la nécessité de donner un but à ses désirs et à ses efTorts, et, au moyeu dci sa popularité, il se prépara à faire comprendre au peuple

VIE DE SAYONAROLE.

dans quel sens et dans quelle mesure il fallait réformer le gouvernement.

Il s'y prit avec une prudente réserve, se bornant d'abord à inviter les citoyens & chercher eux-mêmes ce qu'il convenait de faire : < Ne croyez pas impossible de le trouver , disait-il ; Dieu vous illuminera. » En même temps » il indiquait quelles qualités font le bon citoyen et quels défauts le mauvais. Il recommandait d'adopter une forme de gouvernement qui ne permit à personne de dominer à l'avenir dans la ville, mais sous laquelle tous les citoyens, contents de leur sort, s'estimassent heureux de conserver la liberté que Dieu leur avait rendue, et de voir régner à Florence la simplicité, l'humilité et la chaiité enseignées par Christ. »

Après avoir ainsi préparé les voies, il entre, dans le

sermon suivant, au cœur du sujet. Il expose d'abord les trois formes de gouvernement, monarchique, aristocratique et démocratique, et il donne les raisons de sa préférence pour le dernier. Pour que son opinion ait plus de poids, il la fait celle de Dieu même, dont il rappelle qu'il est renvoyé :

« 0 Florence! je ne puis te dire tout ce que je sens en moi , parce que tu n'es pas disposée à l'entendre pour le moment. Oh! si je pouvais te dire tout, tu verrais que je suis comme un vase neuf, plein de moût et hermétiquement bouché, où le vin fermente de toutes parts sans pouvoir sortir. 11 y a en moi beaucoup de secrets que ton incréduUté m'empêche de te révéler. 0 Florence! si tu n*as pas voulu croire jusqu'à présent, crois du moins aujourd'hui; et si tu as cru, crois plus que jamais ce matin. Ne fais pas attention & moi ; je ne suis qu'un pauvre moine, xm pauvre pécheur. Dieu

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