CHAPITRE
Naissance de Savonarole. — Son éducation. Ses goûts.— II embrasse la tie relîs^euse. ^ Motilii de cette dfitermination. —Lettre à son père. Ses ii^sciâons ta eomreat. — H se lifxe à fenssignenienit. — S^our à Ferrare. — fl est envoyé à Florence.
Jérôme Savooaa'olc* naquit à Fei raro, le 21 septembre 1452, de Nicolas SaTonarole et d'Hélène Buonaccorsi, de Mantoue. Ba côté paternel, sa famiUe était originaire . de Padoue, et elle y avait jeté assez d'éclat pour qu'une porte de cette Tîile, voisine du lieu où sa maison était bâtie, ait longtemps gardé on nom si iSastre. Son aïeul,
1. Le j/T9\ mm est Sa/oonaTola, Les auteurs français l'ont souvent dénaturé. U peut être permis, comme Bayle Fa très-bien remarqué, de
VI£ DE SAVONÂROLË
le médecin Savonarole, homme de bien qui soignait les pauvres gratis» vint s'établir à Ferrare» où Nicolas d'Esté Tavait appelé, sur le bruit de sa réputation. Le second fils de ce Michel, appelé Nicolas, fut le père de deux filles et de cinq garçons, dont Jérôme se trouva le troisième^ Destiné, ainsi qu*Alhert, son plus jeune frère, à soutenir dans la médecine Thonneur de son nom, Jérôme recevait une éducation très-soignée, particulièrement dans les
lettres. Il sut en tirer beaucoup de profit. Peut-être même oublia-t-il un peu trop ses études médicales, pour se plonger dans les abstractions de la métapliysique. Aristote, saint Thomas d'Aquin, devinrent ses auteurs &vori8, et son amour passionné pour le travail lui inspira des goûts sédentaires et retirés. Il aimait à vivre seul, à se promener à l'écart; il évitait le palais d'ilercule d'Esté et la cour, et jamais il ne mit le pied dans la forteresse de Ferrare, promenade délicieuse, rendez-vous de la bonne compagnie.
Ses biographes ont conclu de là, et donné comme un fait certain, qu'il avait eu, dés son enfonce, une vocation décidée pour la vie rehgieuse. Pic de la Mirandole, neveu
donner à un nom si célèbre une terminaison française : mais il ne saurait rêtre d'écrire Sa roranoic, Sevanarolaj Savonaroola , comme Pont fàit Duverdier, Dupréau (Prateolus), Duplessis-Mornay, Florimondde Rémond, ni même Savonarole ^ ce qui est Terreur la plus commune en France (Voy. Bayle, DtcKonndtre, art. Savonarole). — Fleury dit : Jérôme de Savonaroîle,
1. L'alné, Ognibene, se fit militaire; le cadet se nommait Bartqlommeo, le quatrième Marco (en religion Marco Aurelio et par corruption M. Aurelio et Maurelio) prit Thabit de saint Dominique des mains de son frère Jérôme et vécut dans rintimiléavec lui ; le dernier, Albert, fut un médecin très-renommé. Des deux sœurs, l'une, Béatrice, ne se maria *pas; l'autre, Claire, devenue veuve, revint habiter la maison paleiuelle avec son frère Albert. 11 y a encore aujourd'hui des Savonarole à Ferrare.
UVKE 1, CHAPITRE I. 37
de celui qui a illustré ce nom, ajoute même qu'étant à jouer avec ses camarades, il s'échappait souvent pour construire de petits autels. Si ces dispositions avaient été aussi prononcées, les parents du jeune Jérôme n'auraient pu les ignorer; or, nous verrons plus bas qu'ils durent être extrêmement surpris de la résolution prise par leur fils d'entrer en religion. Savonarole lui-même nous apprend que, dans le principe, il n'y songeait pas :
« Il me souvient d'avoir dit mille fois, quand j'étais au siècle, que jamais je ne me ferais moine ; et cependant ii« me fallut prendre riiabit, quand cela plut à Dieu. J'avais perdu Tappélit, je ne savais à quoi me résoudre. Quand la pensée vient, elle chasse le sommeil; mais à peine a-t-onfaitce qu'elle commande, qu'on vit dans le contentement. Aujourd'hui que je suis moine, je ne changerais de condition avec personne. »
Comment donc celte pensée lui vint-elle? La lecture assidue qu'il lit des grands docteurs du moyen &ge et surtout de FAnge de l'École l'explique suffisamment, pourvu que l'on tienne compte des sentiments de piété qui étaient héréditahres dans sa famille, et qu'il était loin de répudier. Mais il nous dit encore lui-même à quelle occasion la lumière se fit sur ses propres désirs ' et ses vagues sentiments :
« Quand j'étais au siècle, j'allai un jour faire une promenade à Faenza; j*entrai par hasard dans Téglise de Saint-Augustin, et j'entendis une remarquable parole d'un prédicateur de cet ordre. Je ne veux pas vous la dire maintenant; mais je l'ai là, gravée au cœur. Un an après, j'étais entré en religion. •
Ses historiens prétendent qu'il eut, en outre, une vision qui lui fit lire clairement dans sa destinée. Ce qu'il
as vus i>E SAVONAEOLË.
serait plus curieux de savoir, ce sont les motifs qu'eut Jérôme pour prendre une détermination û grave ; mais on ne les trouve nulle part. Était-il poursuivi du remords de ses fautes, dont son esprit, porté à rascétisme> s'exagérait la graTîté? Son but n'était-il pas (dutAt de se liEdre une vie à sa convenance, une retraite où il vécût heureux? Ses sermons, mine inépuisable, suppléeront encore au rïknce des historiens. On y voit que Savonarole regardait la vie monastique comme le dernier reluge du bonheur sur la terre, parce «pie, dans le cloître, on ne s'occupe que de soi-môme:
« Je vous dis que la vie du chrétien qui, plein de Tamour du Christ, ne craint rien au noionde, pas même la mort, a d'infinies félicilés. Celui qui est en religion, je parle du bon religieux, est souverainement heureux. Tiens ici, mon fils, viens en religion. Tu n'as plus à te préoccuper de femme ni d'enfanls; lu t'es donc affranchi d'une grande misère. Vous autres, gens du monde, vous avez une femme et des enfants qui vous rompent la téte tout le jour, et votre vie est pleine d'ennuis. » Et aQleurs, appliquant ses idées àlulHDQème, il s'écrte : « Taimais deux choses par-dessus tout : la liberté et le repos. Ce sont elles qui m'ont conduit au port. Pour avoir la Uberté, je n'ai pas voulu de femme ; et pour avoir le repos j'ai fui le monde, et j'ai gagné le port de la .religion. * .
Ce fut donc pour satisfaire un goût personnel, il faut
bien le reconnaître, que Savonarole euibrassa la vie reli- ; gieuse. On aime à croire cependant que si ce qui lui plaîjsaxi le plus dans la cellule, c'était d*ètre affranchi des -soins domestiques, ce ne fut pas pour l'embarras et Tennpi qu'ils nous causent, mais pour avoh* le loisir d'élever vers Dieu son espritetson âme, et de sonder les pro»