LIVRE II, CHAPITRE II
n'a pas voulu te laisser ignorer ma faiblesse, afin de te
faire comprendre que c'est lui, et non pas moi, qui lait tout et qui ineerta et occulta numifestaint nUAù... Écoute, Florence, écoute ce matin ce que j*ai a te dire; entends ce que Dieu m*a inspiré. Je ne m'inspire que de Christ pour tout ce que je te dis. Suis mes conseils : ce sera pour ton bien. »
Savonarole. expose alors son plan. Il le résume en deux points : la réforme des mœurs et celle des institutions. La première se lera en rendant tout son lustre à la religion, « sans laquelle aucun Ëtat ne peut être fort ni stable; » en corrigeant, à l'aide de ce puissant modérateur, les vices du clergé d'abord et ceux du peuple ensuite. G*est la tftche de la seigneurie. Elle doit pour Taccomplir s'entendre avec le pape, puisqu'il faut avant tout remettre la religion en honneur et ses ministres dans la bonne voie. Le point fondamental de la seconde réforme est de rendre à tout jamais le retour de la tyrannie impossible. Pour cela, il faut, d*une part, asseoir les finances sur une base réelle et solide qui ne laisse k rien à l'arbitraire, ce qui se fera en frappant les biens I d'une taxe proportionnée à leur valeur; de l'autre, faire choix d'une forme rationnelle de gouvernement. L'ex- ' périence a montré que la meilleure est celle de Venise; * mais il faudrait raccommoder au génie florentin. Il conviendrait, par exemple, de supprimer le doge, ou du moins de prendre un juste milieu entre la trop longue durée de cette magistrature et le temps trop court que les lois laissent en Toscane aux officiers publics. Les charges principales se donneraient à l'élection ; celles de moindre importance se tireraient au sort. Mais pour que toutes ces réformes deviennent possibles, il faut, au préalable, rétablir la concorde entre les citoyens, par-
donner les vieilles oflenses, oublier les anciennes querelles. « Si vous faites de bonne grâce toutes ces choses, lyoute Torateur, je vous promets, de la part de Dieu, la rémisdon de tous vos péchés et une grande gloire dans le paradis. »
De tels discours fixèrent ropinioû du peuple : il voulut
ce que voulait Savonarolc. Il se forma dans les conseils du gouvernement une minorité favorable aux réformes que le prédicateur populaire exposait avec tant d*élo» ^ quence. On y remarqua Soderini, méconnu par ses amis; François Valori, qui avait tant fait pour la révolution ; enfin, François de Médicis, ditPopolani, qui, pour n'être pas oublié, avait besoin de faire opposition à sa famille et à ceux qui tenaient pour elle. Des discussions eurent lien au sein des conseils, et l'histoire en a gardé la trace. La défaite était encore trop récente pour qu'aucun des vaincus osât parier en faveur du régime monarchique on quasi monarchique des Médicis; le débat ne s'engagea qu'entre le gouvernement aristocratique et le démocratique. Guidantonio Yespucci, ddcteur ës lois, soutint le premier, et Pagolantonio Soderini le second. Guicciardin a conservé ou refait leurs discours.
Soderini s'était visiblementinspirè des éloquentes pré^ dications de Savonarole ; mais ce n'était pas assez pour rimpétueux dominicain d*avoir, pour ainsi dire, fait porter la parole en son nom dans les conseils du gouvernement. La seigneurie ne pouvait méconnaître Tim* portance qu'avait l'avis d'un homme qui imposait ses opinions à la multitude, et qui trouvait des adhérents nombreux parmi les plus éclairés : elle lui lit demander son sentiment. Mais, pour dissimuler le scandale d*uiie pareille déférence, elle confondit ce redoutable conseiller dans une commission composée de rdigieux qu'elle fei-