‹ Jérome Savonarole d'après les documents originaux et avec des piéces justificatives en grande partie inéditesChapitre 44 sur 152 · LIVRE II, CHAPITRE H · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE H

seiller, tenait aussi de la monarcbie, puisqu'il dépendait

de Dieu seul, qui gouvernait par la voix de son prophète.... Il tenait aussi de raristocratie» car Dieu permettait que les meilleurs fussent élus et appelés au pouYoir. Ainsi, Florence, il est encore temps : si tu suis mes conseilSy tu trouveras le gué, c'est-à-dire le meilleur gouvernement, et Dieu fenverra toujours quelqu'un pour t éclairer et te détourner du mal. »

Cette comparaison indique d'une manière très-précise la part que Savonarole prétèndit prendre aux affaires publiques ; il voulut qu'on vint chercher ses conseils dans sa cellule , et n'avoir lui-même aucun souci des détails de l'administration et de la politique. Les citoyens les plus avisés pensèrent qu'im gouvernement sur lequel on exerçait au nom de Dieu une telle pression était plutôt une théocratie qu'une démocratie. Mais cette critique n'était qu'à moitié fondée : ce qui fait une théocratie, ce n'est pas la domination d'un prêtre ou d'un moine isolé, c'est celle du clergé. Or, Savonarole n'admit jamais personne dans le partage de l'autorité dont il jouissait, pas même ses compagnons de Saint-Marc, et il n'eut pas d'adversaires plus implacables, ni qu'il poursuivit lui-même avec plus d'achar* nement que les ecclésiastiques. D*un autre cAté, Tabnégalion personnelle qu il apporta dans l'exercice de son pouvoir lui fait une place à part entre tous les dominateurs des nations.

Le caractère singuUer de ce rôle, et la nature même d'une autorité qu'il était si facile de dissimuler, lui permirent de soutenir qu'il ne se mêlait point des affaires d'État, et qu'il n'avait aucune aud)ition. L'énergie de ses dénégations en a imposé à ses biographes ; ils en eussent reconnu la nullité par une étude plus approfondie

138 VIE DE SÂVONAROLE.

des sermons ; mais ik scmU à tout prendre, fort excusables de s'en être tenus à des paroles comme celles-ci : « Florence» Chrisl est ton roi. — Crois-tu que je ne te comprenne pas? Tu dis que Christ est roi, pour être toimême son ministre et faire à ta volonté. Tu l'as bien mis en cage, ce peuple!— -Prenez-y garde! c'est plutôt Tons qui prétendez gouyemer à TOtre guise.— Que mV vez-vous donné pour que je cherche à gouverner? Où sont les présents que vous m'ayez envoyés?— 0 frère, tu as des milliers de ducats f — Vous savez bien que vous ne dites pas la vérité. Je n'ai rien et je ne veux rien. C*est vous qui voudriez être les premiers, et c'est pour cda que ce Conseil vous déplaît. Celui qui veut être le premier cherche à renverser je gouvernement de tous; il ne veut pas qu'on nomme des magistrats sans sa permission ; il {nui le consulter sur tout, fût-ce pour mettre un clerc à Santa-Reparata. Moi, je cherche à maintenir le Conseil : ce que vous dites n*est donc pas vrai, et c'est vous qui voudriez être les premiers, puisque vous avez de tels^upcons.... Dites-moi : qu'est-<e que j'y gagne? Rien. Je ne veux rien y gagner, je ne veux rien de vous. — Oh 1 tu veux bien quelque chose : tu voudrais une maison* — Je la veux pour vos enfants, non pour moi; louez-nous-en au moins une, si vous ne voulez pas nous la donner; prêtez-nous la Sapience ou tout autre local. Je vous dirai comme Moïse : Je n'ai jamais rien eu de vous, pas môme un ânon. Ce matin, je vous expliquerai peut-être cette figure, si nous avons le temps. Ainsi, comme je vous le dis, je n'ai rièn en, et je ne veux rien, mais je serai charmé que vous fassiez de la dépense pour vos enfants. Ne m'accusez donc plus de vouloir être ministre de votre dté. Christ seul, vous dis-je, est votre roi. »

Page 1