‹ Jérome Savonarole d'après les documents originaux et avec des piéces justificatives en grande partie inéditesChapitre 45 sur 152 · LIVRE Uj GHAPITBE H · texte numérisé non relu

LIVRE Uj GHAPITBE H

A chaque page des sennons, pour ainsi dire, oh

trouve cette éternelle phrase : Non m'impaccio negli af* fari di stato (Je ne me mêle pas des affaires d*Ëtat). Mais les textes contraires ne sont pas moins abondants; et comme ils sont beaucoup mieux d'accord avec les faits, tels qu'on les trouve dans les paroles et les écrits de SaTonarole même, il faut s'en tenir à ce qu'ils nous apprennent. Nous nous bornerons à en citer deux : l'un où Jérôme reconnaît k part qu'il a prise au gouverne* meut de Florence; l'autre qui est tel qu*on peut se passer de ses aveux.

c Frère, direz-vous, pourquoi t'occupes-tu de l'&lat? — Savez-vous pourquoi? Parce que je vois que le vaisseau va donner contre Técueil. Si ce frère ne s'en était mêlé, en croyant aller au ciel, vous seriez peut-être allés au plus profond de la terre. Voilà ce que je répands aux méchants. Quant aux bons méconnus, voici ce que je leur dis : Je l'ai £ait, parce que vous n'avez pas le courag-e de dire la vérité là-haut au Conseil ; enfin, je l'ai fait, parce que je vois que cette réforme, si elle s'affermit, fera le bien spirituel de cette cité. »

Dans le passage suivant, Savonarole descend non pas s^ikment jusqu'à la politique, mais jusqu'aux moindres détails d'administration :

« Faites publier un édit par la seigneurie pour rétablir la concorde et la paix. Qu'il soit ordonné à tons de tenir pour bons amis et bons citoyens du gouvernement actuel ceux qui ont été partisans de l'ancien régime. Qu'il soit expressément défendu de s'appeler bla$ie$ ou grU^ ou de tout autre nom qui réveillerait les passions. Gomme je vous l'ai dit dans le sermon précédent, il faudrait infliger aux délinquants une peine proportionnée au délit : la première fois, dix florins d'amende ; la se-

conde, quatre tours à la question; la troisième, la prison perpétuelle. Si vous ne dissipez cette cendre, il s*alluinera un grand feu. Dissipez-la, Seigneurs, et vous extirperez, je vous le garantis, la racine de bien des maux. En outre, réparlissez les impôts avec équité : que personne n*ait droit de se plaindre. Vous, oCQciers des grâces nouvellement élus, si vous êtes ici, écoutezmoi, regardez-moi bien. On dit que vous êtes des hommes honorables : suivez donc mes conseils. D'abord^ n'acceptez jamais de présents ; secondement, ne faites de faveurs à personne, ni à vos parents, ni à vos amis; soyez justes, équitables pour tous; troisièmement, ouvrez vos séances en disant un Paîer nùster^ un Ave Maria^ et Deus in adjutorium meum inlende, Domine ad adjuvandum me feitina : pas davantage. Faites ensuite votre devoir : Dieu vous viendra en aide. Qu'on n*oublie pas de pourvoir aux gabelles ; que les droits sur les vins soient remis sur Tancien pied.. Ordonnez enûn que la place soit fournie de grains pour les pauvres gens à vingt sous la mesure. *

De telles paroles sont la plus éloquente des démon* strations. On ne saurait donc contester que Savonarole ait pris, par les conseils qu'il donnait, une part active au gouvernement de Florence. Il ne s*en tenait pas là : il défendait son œuvre avec une puissante énergie qui suppléait quelquefois à la nouveauté des aperçus \ car il pensait qu'il est utile de répéter souvent les mêmes choses et dans les mêmes termes. Le passage qui suit sera un exemple suffisant de ce genre de discussion :

1. On trouvera textuellement à l'appendice (n* VI) un passage du sermon dont il s'agit ici, qui a échappé, par hasard, dans un seul des six exemplaireft que nous avons vus , à ceux qui prenaient à tftche de le supprimer comme scandaleux. Grâce k ces lacérations, ce passage est aujourd'hui presque impossible à rencontrer.

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