CHAPITRE III
Réfoime des mœar» à Florence.— Saoeèsd^raveut de 1494. — Vices de ]a société florentine. — Lutte de StTonarole contre ces vices. — n on triomphe. — Mœurs et récréations des l^rentins réformés. — Importance que Savonarole attache aux taimes. — Comment il en parle. — Réforme et organisation des en&nts. — Us sont admis à Téglise. — Ils ont des magistrat8.«-Fonction8 confiées aux enfants, et tyrannie qu'ils exercent. — SaTonarole les défend contre les mécontents. — Discordes dans les familles. — Création d'un mont-depiété, 28 décembre 1495. — Réforme du carnaval.
En réformant les institutions de sa patrie adoplive, Sayonarole n avait accompli que la partie la plus facile de la tflche qu'il «*était imposée. Les législateurs or* dinaires mettent les constitutions en harmonie avec les mœurs des peuples qu'elles doivent régir. L'austère dominicain, après s'être conformé à cette règle dans ce qu'elle a d'obligatoire, et avoir £dt le sacrifice de ses préférences pour le gouvernement d'un Wul, parce qu'il ne convenait pas au génie italien, avait conçu le projet plus noble, mais plus difficile, de lueltre les mœurs d'accord avec les institutions nou* ▼elles, et de purifier les unes pour les rendre dignes des autres.
Mais il n'avait pas attendu jusque-là pour se mettre à l'œuvre. Il avait mené de front les deux réformes. L'avent de 1494, si fécond en résultats politiques, n'avait eu de moindres effets pour la religion. On peut s en rapporter sur ce point au témoignage d'un en-
neini déclaré. PieiTe DeUino écrivait» à la date du 4 février 1495 :
« Vous auriez vu, cet avent, tout le monde s'abstenir de manger de la viande, et les marchés rester fermés, malgré Tédit qui permettait de les ouvrir. Les églises étaient, plus que de coulunie, remplies de confesseurs et de pénitents. Le jour de Noël, un si grand nombre de fidèles ont regu la communion, qu'on se serait cru à la solennité de Pâques. »
C'était qudque chose pour le hut que se proposait Savonarolc que d'avoir ramené la fonle aux pratiques de la religion ; mais il fallait d'autres efforts pour déraciner les vices et semer les vertus à la place. Michel Bnito riiislorien nous a appris à quel point de dégradation Florence, et avec elle toute l'Italie, était descendue. L'Impiété et Tobscénité dans les propos et dans la conduite, l'indécence dans la tenue et le costume, Tamour eiTréné du jeu, la promiscuité dans les familles, et jusqu'à un vice contre nature qu'on rougirait de nommer, étaient les plaies saignantes qu'il s'agissait de fermer, et qui taisaient dire à Savonarole, s-adressant aux Florentins : « Votre vie se passe toute au lit, dans les commérages, sur les promenades, dans les orgies et la débauche. Yotre vie est une vie de porcs. »
On pourrait, au premier abord, s'étonner que des vices entre lesquels l'esprit met tant de différence fussent associés dans celui du réformateur, et poursuivis avec un égal acharnement. Mais il ne les considérait pas moins dans leurs résultats qu'en eux-mêmes, et, à ce titre, l'indécence dans les propos ou dans les yëte« monts était une excitation continuelle à des i)assions trop faciles à allumer. Le goût des Florentins pour le jeu en était venu & un tel pomt de frénésie, qu'il les