‹ Jérome Savonarole d'après les documents originaux et avec des piéces justificatives en grande partie inéditesChapitre 49 sur 152 · LIVRE U, CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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poussait aux plus mauvaises actions pour se procurer de rangent ou réparer leurs pertes *. La promiscuité dans les fomiUes nous est attestée par les écrits de Savonarole ; or, on ne peut dire qu'en écrivant il se laissait emporter par la chaleur de rimprovisation.ËDCn le témoignage des historiens ne pemiet pas de donterd'un vice plus honteux encore, que la lecture des anciens auteurs retrouvés avait contribué à remettre en honneur, snrtont parmi les lettrés. L*opim(m publique rangeait Ange Polilicn lui-même parmi ceux que l'amour de Timitation dégradait à ce point. Aussi Savonarole, pour couper le mal dans sa racine , s'en prenatt-il aux livres des anciens ; il les aurait vu supprimer sans peine, surtout les poètes. Sévère pour la cause, il Tétait plus encore pour les effets, et voulait qu'on brulàt vifs ceux qui se rendaient coupables d'un crime si hideux.

Le récit de ses efibrts est consi^é tout au long dans ses sermons. Ils durèrent autant que sa vie: car il y eut toujours des récalcitrants, et avec son esprit naturellement porté à voir le mal plutôt c|ue le bien, Fra Giro* lamo s'en prit jusqu'à la fin à Florence tout entière de ce qui n'était plus que l'obstination d'un parti. On lit grand bruit de sa rigueur et de son intdérance ; toutefois il se tenait, en général, dans de justes hornes. Personne ne peut trouver mauvais qu'il reprochât aux jeunes gens d'insulter les femmes dans les égalises ou de

1. U tot Bre, dans la ehroniqne de Boonaccorso Pitti , le rdcit des voyages de ce Florentin. Il n'y est guère question d'autre chose que à» sommes énormes qu'il gagnait et perdait au jeu aiternativement. Oa dirait que ofétait l'alEûre importante de sa vie. 11 voyageait uniquement pour sulivenîr par la chance des dés aux dépenses considérables de son existence aventurière, et il lui fallait, pour ûiire sa partie, de riches princes, comme le duc de Brabant, le duc de Bavière ou le duc de Savoie.

leur tenir des propos déshonnëtes» et à cellesH^i de sof-

tir décolletées, de manière à excuser toutes les libertés que les hommes prenaient avec elles. Il proscrivit, il est vrai, le luxe des bijoux et des diamants ; mais il le permettait aux dames du plus haut rang, dans une certaine mesure : ce qui montre qu'il voulait seulement éviter (jue la vanité des femmes, oublieuses de la modicité de leurs ressources, ne portât la ruine dans les maisons, ou ne dépensât à d'inutiles oripeaux un argent qui pouvait ôlre mieux emplojé et contribuer à la prospérité de Florence.

11 réussit, comme on Ta vu, à modérer le goût du peuple florentin pour le luxe et tout son fastueux appareil. Contre les joueurs, le succès ne fut pas aussi fiicile. Ce n'était pas le jeu en lui-môme que Savonarole poursuivait, mais la ruine des familles qull voulait empêcher. Il ne savait pas, dans sa sainte naïveté, que tout l'attraU de ce luneste délassement est dans Témotion de la perte ou du gain; aussi faisait-il de singulières propositions: « Si vous voulez vous distraire, tirez de l'arc; jouez, comme vous dites, aux osselets ; ne mettez pas pour enjeu de l'argent, mais une salade, une racine, ou d'autres choses semblables. — Vous riez! Savez-vous pourquoi vous riez? C'est parce que, acoutumés à jouer des ducats, mon enjeu vous parait trop peu de chose, et vous ' le trouvez ridicule. » La résistance qu'on lui opposa ' l'exaspéra au point qu'il reconmiandait à ses fidèles ' d'arracher aux joueurs leurs cartes ou leurs dés, et à la seigneurie de mettre à la torture les plus obstinés. Il alla même, en haine de ce vice, jusqu'à en encourager un plus funeste encore: il voulait introduire la délation dans les familles, et proposait une récompense aux serviteurs qui dénonceraient leurs maîtres.

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Mais ce n'était pas au peuple seulement que Savonarole s'adressait; il demandait aussi aux magistrats d'user de leur pouvoir pour redresser les vices, et entrait avec eux dans des détails qui font voir jusqu'à quel point il poussait la vigilance :

« Magistrats, c'est à vous que je m'adresse : poursuivez le péché, corrigez le vice, faites justice de cette malheureuse passion contre nature. Ne punissez point en secret d'une amende, mais faites un feu dont toute l'Italie se ressente. — 0 Père ! il ne faut pas ainsi malmener les citoyens I — 0 mon fils, il ne faut pas ainsi perdre cette ville et sacrifier le bien public... Tu veux que mille ou . dix-mille personnes périssent pour un scélérat? Les poésies ont attiré sur nous la colère de Dieu. Ne les laissez pas sous la main de vos enfants. Faites exposer toutes les courtisanes en un lieu public, et faites«T0U8-les conduire au son des trompettes. — Oh ! Père, il y en a tant, que ^ ce serait bouleverser toute cette ville. — Eh bien ! commencez par une; vous irez ensuite aux autres, et si vous ^ ne leur donnez pas la chasteté, vous leur imposerez du moins la réserve. Punissez les joueurs ; car, sachez-le bien, on joue encore. Faites en sorte, magnifiques Seigneurs, qu'on ne joue dans les ruesàaucun jeu,nipctitni^rand. Si vous trouvez un citoyen qui joue cinquante ducats, envoyez-lui dire: La commune a besoin de mille ducats ; il faut que tu les lui prêtes avant de partir d'ici. Faites percer la langue sans pitié à tous les blasphémateurs. Saiot Louis, roi de France, faisant cautériser les lèvres à un blasphémateur, disait : Je m'estimerais heureux qu'on m'en fit autant, si, à ce prix, je pouvais débarrasser mon royaume de ces gens-là. Supprimez aussi les danses: ce n'est pas le temps de danser maintenant; prohibez les bals à la ville et à la campagne. Ayez des

espions el punissez quiconque sera trouvé en faute. Exigez qu'à six heures du soir les cabarets soient farinés^ Cet ordre a été donné bien des fois ; mais à peine quelques jours sont-ils écoulés, que personne ne s'en souvient, fermez les yeux, faites semblant de ne pas voir; puis prenez les délinquants tous à la fois, et infligez-leur la peine de leur désobéissance. J'apprends que les boutiques restent ouTertes les jours de fête : portez remède à ce maU faites fermer les apothicaires eux-mêmes, à la réserve de ceux qui sont commandés pour les médecines ; ces jours-là on ne devrait vendre que des médecines. Vous qui donnez à dtner, si vous voulez des pâtisseries toutes fraîches» commandez-les le samedi pour le dimanche. Si vous souffrez d*une dent, finites-la arracher, môme un jour de fête: il n'y a pas de mal ; mais passer Je temps à regarder des escamoteurs et mille niaiseries, voilà où est le nnal* Jeunes gens, vêtus aujourd'hui avec ' plus de coquetterie que les femmes, mettez de côté toutes ces parures. Pères, enlevez à vos ûls ces beaux pour* points ; dites-leur d'en acheter d'autres et ne leur donnez pas d'argent. Magnifiques Seigneurs, faites en sorte que les débiteurs qui gardent la maison puissent au moins sortir, les jours de fête, sans crainte d'être arrêtés pour aller à la messe et au sermon. Mais en voilà assez pour les magistrats. »

C'était même trop pour les magistrats, car Savonarole dut ses succès à sa parole et au crédit qu'elle avait sur le peuple, plutôt qu*à leur intervention. Ën se montrant, « en toute occasion, l'ami des misérables et l'ennemi mortel de ceux qui voulaient les affamer, il avait porté au comble sa popularité. Ce n'étaient plus les seuls Floraitins qui se pressaient autour de sa chaire; les paysans des montagnes voisines s'acheminaient pendant la

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