‹ Jérome Savonarole d'après les documents originaux et avec des piéces justificatives en grande partie inéditesChapitre 54 sur 152 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des partis à Florence. — Manœuvres des ennemis de Savonande. Accasations portées contre lui au sujet du dépôt fait à Saint-Marc.

Assemblée générale , et interpellations adressées à Savonarole. — Première interdiction de prêcher. — Sursis accordé. — Prédica» tiens dirigées contre Savonaroie. — Commencement d'opposition à Saint-Marc. — Chute des Accoppiatori , 8 juin 1495. — Bref du pape, juillet 1495. — Savonaroie refuse de se rendre à Rome. — II suspend ses prédications. — Il les reprend. — Ses tournées en Toscane. — Ses nombreux amis.

Le décret de paix universelle rendu sur la proposilion de Savonaroie n*avait pas rëponda à ses espérances généreuses : les anciens pai lis étaient loin d'avoir disparu. Les ioslitulions nouvelles devaient raviver les dissenti* ments en aigrissant ceux qui, par amour du passé on par crainte de l'avenir, avaient soutenu un autre système. A toutes les factions politiques venaient même déjà se joindre les sectes religieuses , qui augmentaient la confiision.

Les noms de Bianchi et Bigi (blancs et gris) avaient succédé, sous le règne des Hédicis, à tant d*aulres plus

célèbres, et servaient alorsàdésigner les partis. Les premiers étaient les sectateurs de la liberté» les autres ceux qui s'étaient attachés à la famille dominante. Lorsque la prédication de Savonaroie eut commencé de donner un nouvel aliment aux discordes, on appela Piagwmi (pleureurs) ceux qui défendaient sa doctrine, à cause, dit Burlamaccbi, des larmes qulls répandaient en enten-

VIE DE SAYONAROLE

dant lès paroles du frère. Ceux, au contraire, qui ne se

sentaient pas persuadés, ayant attaqué avec beaucoup de véhémence Fra Girolamo et ses opinions» fqrent appelés Arrabbiati (enragés). Mais, quand la constitution populaire eut été établie par les soins du dominicain , les PiagHoni s*en trouyèrcnt naturellement les plus fermes soutiens, et ce nom désigna les amis de la démocratie, de la liberté et de la religion. Sous le* drapeau des Arrabbiati se rangèrent , par conséquent , tous ceux qui n'étaient pas satisfaits de la nouvelle constitution. Ainsi/ce parti contenait des citoyens, nullement hostiles à la réforme religieuse de Savonarole, mais que Tamour du gouvernement aristocratique poussait dans les rangs de ses adversaires, et d'autres qui, favorables au nouveau gouvernement» ne pouvaient souffrir les prescriptions sévères qui entravaient tous leurs plaisirs, et les condamnaient eux-mêmes à des pratiques auxquelles il leur coûtait de se soumettre. Ces derniers, trop amis de la joie pour songer à autre chose, furent véritablement enragés contre le réformateur ; ils s'enrôlèrent en cornpagnies pour lui faire la guerre, et Tusage se répandit de les désigner sous le nom de Compagnacci ^

Dans les premiers temps de la révolution^ les parti-* sans des Médicis n'eurent garde de relever la tète. Ils s'eflbrçaient de se faire oublier, et se rangèrent avec empressement dans la faction pour lors dominante, e*est-à* dire parmi les adhérents de Savonarole. Mais il ne s*oubliaiént pas eux-mêmes. Quand ils se virent assurés contre des vengeances dont la parole du réformateur les avait préservés, ils conunencèrent à préparer le retour

1. H. Delescluze (Florence et ses vicissitudes) prétend qu'on désigna sous le nom d*AirabbùUi les partisans des Médicis. C'est une er« leur qui ne repose sur aucun fondement.

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