LIVRE U, CHAPITRE V
qu'il s'en manque d'un iota : vous verrez que je ne rétracle rien.* Espérez, vous dis«jc, alors même que YOQs resteriez en chemise. Je ne veux |ias dire par là que vous devez être dépouillés de tout et rester en chemise; c e&i une manière de parler. Je te dis, Florence, que ton empire s'accrottra au delà de tes espérances. Malheur à ceux qui se révolteront contre toi! L*heure de leur ruine aura sonné.. Je te dis que tes voisins, qui se réjouissent de l'état où tu es, pleureraient tout le jour s*ils connaissaient l'avenir. Le lion a la lièvre; mais il guérira bientôt, et déchirera de ses griffes ceilx qui le mordent aujourd'hui K »
Quoique Savonarole ait tenu plus d'une fois un pareil hngage, la concordance des temps permet de croire qu'il avait vent du retour de Cliarles VIII, et peut-être qu'il avait quelque raison de compter sur la bienveillance de ce prince et sur les avantages qu'il pourrait obtéhir de lui pour Florence; mais celte ville n'était pas dans le secret et ne partageait pas ses espérances. En voyant Charles VIR reprendre le chemin de la Toscane, les Florentins furent extrêmement clVrayés. Ils craignaient qu'il n'eût l'intention de les soumettre de nouveau à Pierre de Médicis, et pour lors, résolus de résister, ils avaient à craindre l'infériorité de leurs armes au dehors, les intrigues et peut-être un soulèvement des Bigi au dedans. Ils ne se souciaient même pas de donner aux Français une hospitalité qui avait déjà failli leur être funeste, et dont ils avaient eu toutes les peines du monde à abréger la durée. Ou pensait déjà des Français, à Florence, ce que Machiavel en disait un peu plus tard : qu'ils promettaient toujours quand ils ne pouvaient tenir,
1. Le lion était dans les armes de Florence; on en fit souvent la personnification de la ville et de la république.
VIE DE SAVOXAROLE.
et ne tenaient jamais leurs promesses quand ils étaient en état de le faire. Mais l'inquiétude et la frayeur u'empéchèrent pas de prendre tous les soins nécessaires pour se mettre en état de défense^ La ?ille fut abondamment pourvue d*armes et de vivres; tous les citoyens entrèrent dans les cadres de la milice; on enrôla jusqpi'anx enfants.
Mais comme, sous le gouvernement de Jésus-Christ, la religion devait être la pins importante partie de la politique, il fut décidé qu'on mettrait Florence sous la protection de la Vierge. On alla chercher dans un village des environs un tableau représentant sainte Marie , dite Imprunète, du lieu où celte image demeurait habituellement. Suivant une ancienne tradition, elle était FcMiTre de Fapétre saint Luc, et ne voulait pas rester dans les murs de la ville, d'où elle s'élait déjà, disait-ou, échappée une fois mystérieusement. Gomme on croyait que le salut public dépendait de sa présence, on ne s'arrêta pas pour si peu, et ou la conduisit à Florence en grande pompe. Tout le clergé, les ordres religieux, les confiréries, tous les citoyens, hommes et femmes, prh eut part à cette pieuse procession.
Lorsqu'ils eurent leur sainte patronne au milira d*eux, les Florentins envoyèrent des ambassadeurs au roi, qui se trouvait à Rome, pour savoir de lui comment, quand et par où il voulait poursuivre sa route, et l'avertir que s'il prétendait rétablir Pierre de Médicis, ou porter, par quelque moyen que ce fut, la plus légère atteinte aux libertés publiques, il éprouverait une résistance qui durerait jusiiu à la mort. On ne manqua pas de lui rappeler sa promesse au sujet de Pise« Charles répondit, comme à Tordinaire, avec bonne grftce; mais il ne s'engagea point. Même aj anl appris les préparatifis de défense