CHAPITRE V
Charles VIII revient de Naples, 21 mai 1495. — 11 fait consulter Savonarole. — Craintes des Florentins. — Ils se mettent en état de défense. — Procession de Flmprunète. — Ambassadeurs envoyés à Rome au-devant du roi. — Ambassade de Savonarole à Poggibonsi, 17 juin. — Savonarole en rend compte aux Florentins. — iMort du Dauphin de France. — Prédictions sur le retour du roi. — Florence veut rompre avec lui. — Politique de Savonarole. — 11 fait supprimer les assemblées h parlement. — Accord avec Charles VIII, 8 septembre. — Re(h!ition de la citadelle de Pise, 2 janvier 14U6. — Indignation des Florentins.
Pendant que Florence organisait ses pouvoirs et s*accoQtamait à vivre sous sa nouvelle constitulion,
Charles VIII avait conquis Naples, et, après y avoir recueilli les triomphes , les hommages» les plaisirs que sa jeune et mobile imagination y venait chercher, il en repartait croyant n'avoir plus rien à faire, et pressé de jouir d*une gloire si facile au sein de son royaume (21 mai). On prétend qu'effrayé des préparatifs que les Vénitiens et le duc de Milan faisaient contre lui dans le nord de lltalie, et plein de confiance dans les lumières surnaturelles de Savonarole, il lui avait fait demander s'il effectuerait son retour sans désastres. Le dominicain aurait répondu que le roi retournerait victorieux en France, mais non sans avoir souffert de graves tribulationSy à cause des fautes et des crimes de ses ministres. Cet envoyé du roi, que Burlamaccbi appelle simplement Messer Jacopo, pourrait bien être Philippe de Comines,
qui revenait alors de Venise et devait passer par Florence, pour rejoindre son maître sur la roule de Naples, car il raconte lui-même ces choses de la manière suivante :
€ Plusieurs le blasmoicnt de ce qu'il disoit que Dieu luy avoit révélé, autres y sgoùterent foy, fie ma part, je le repute bon homme : aussi luy demahday si le Roy pourroil passer sans péril de sa personne, veu la grande assemblée que faisoient les Vénitiens : de laquelle il sçavoit mieux parler que moy, qui en venois. Il me respojidit qu'il auroit affaire en chemin, mais que l'honneur luy en demeureroit, et n*eut-il que cent hommes en sa compagnie : et que Dieu, qui l'avoit conduit au vemr, le couduiroit encores à son retour; mais pour ne 8*estre bien acquitté de la reformation de TEglise, comme il devoit, et pour avoir souffert que ses gens pillassent et dérobassent ainsi te peuple, aussi bien ceux de son party , et qui luy ouvroient les portes sans contrainte, comme les ennemis, que fiieu avoit donné une sentence contre luy : et en bref, auroit un coup de foûet; mais que je luy disse que s'il vouloit avoir pitié du peuple et délibérer en soy de garder ses gens de mal &ire, et tes punir quand ils le feroient, comme son office le requiert, que Dieu revoqueroit sa sentence ou la diminueroit, et qu'il ne pensast point estre excusé pour dire : Je ne fais nul mal : et me dit que luy-mesme iroit au-devant du roy et lui diroit.... »
De son cAté, le 19 mai, deux jours avant que Charles YUI quittât Naples, Savonarole faisait aux Florentins . tes plus belles promesses :
« Je mets par écrit tout ce que je vous ai dit depuis cinq ans. Je veux que vous puissiez tout vérifier; vous verrez ainsi que mes promesses s*a€OompIu*ont sans