‹ Jérome Savonarole d'après les documents originaux et avec des piéces justificatives en grande partie inéditesChapitre 93 sur 152 · LIVRE III, CHAPITHE lU · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITHE lU

aux affaires publiques, modifièrent leurs opinions, ou au moins mirent un frein à leur passion, car ils ne confirmèrent point par leurs actes ce qu*on disait d*eux. Ils comprirent sans doute que le renversement de TÉlat populairei c'était le terrible inconnu des révolutions, et que l*État populaire, à Florence, c'était Savonarole. Devenus sages parce qu'ils encouraient une responsabilité grave, ils soutinrent celui qoi donnait à son gré la paix ou la guerre, jusqu'à ce que les événements leur forcèrent la main.

Fra Girolamo dut é(re informé de bonne heure de ces

dispositions inattendues, car le jour niùiiie où la sei^^neurie nouvelle s'installait au palais, il prùchait encore à la cathédrale, et l'on aurait peine à s'expliquer la témérité de son langage au sujet des brefs venus de Rome, si l'on n'admettait qu'il pouvait compter sur la protection, ou fiu moms sur la tolérance du gouvernement :

« irest venu des brefs de Rone, n'est-ce pas? On m'y appelle filius perdiHmis^ fils de perdition. Voici ce qu'il faut écrire: Celui que vous appelez ainsi n'a ni mignons, ni concubines, mais il s'attache à prêcher l»lbi de Christ. Ses filles et ses fils spirituels, tous ceux qui écoutent l'exposition de sa doctrine, ne passent point leur temps à commettre des infamies : ils se confessent, ils communient, ils vivent honnêtement. Ce frère s'attache à exalter l'ËgHse de Christ, et vous à la détruire. J'apprends encore que vous avez reçu des lettres d'État. C'est trop de bonté et de déférence de votre part que d'y faire réponse. Laissez-moi ce soin : ma parole retentira à leurs oreilles de manière qu'ils m'entendront. Le temps approche d'ouvrir la cassette ; nous donnerons un tour de ciel, et il sortira tant d'infection, tant d'ordure de la cité de

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Rome, quePodeur s'en répandra par toute la chrétienté»

cl que chacun en seia empuanti »

Il est vrai que le lendemain, 2 mars, Savonarole S6 voyait contraint de quitter le Dôme, et de renfermer ses prédications dans Tenceinte de Saint-Marc ; mais le gouvernement se devait à tous les citoyens, et c'éUût bien le moins qu'il pût faire pour les chanoines menacés de • perdre leurs privilèges. Loin d'acccomplir Tordis qu'elle avait reçu de s'emparer du frère, la seigneurie bravait l'interdit pour lui, en n'exigeant qu'un simple cliaTigement delieu. Kllel'aisait donc preuve de bienveillance; Savonarole lui-même comprit qu'il ne pouvait demander davan* tage, et il céda de bonne grâce ; mais il voulut couvrir s,ë^ retraite, et dit qu'il cesserait à l'avenir d^ prêcher au Dôme, à ntotiM que la volonté des bons m Ty rappelât

A Smnt-Marc, l'église reçut d'auditeurs tout ce qu ellq en pouvait contenir. On fut même obligé d'exclure lea 'femmes; et comme elles réclamaient vivement, Jérôme consentit k prêcher exclusivement pour elles le samedi. Le reste de la semaine, elles purent eolendre les sermona du P. Buomicini, qui continuait de porter la parole de Uieu au coowent de Saint-Micolas, dans la rue du Goco*^ mero.

Retiré dans sa maison et aigri de sa défaite, on ne pouvait espérer que Savonarole se modér&t ; tout au plus était-il permis ^e^ croire que sa parole aurait moins de retentissement. Mais ceux qui avaient pu tx*ouver placf) sur le ipavé de l'égUse ou sur les barreaux des grilles rapportaient à leurs amis des paroles comme celles-<;i, qui étaient bientôt connues de toute la ville ; « Boni*

1. I4 cassette et la clef sont une figure très-souvent employée par Savonarole pour indiquer le secret de la corruption de Rome, qull menace de révéler.

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