Jérome Savonarole et son temps d'après de nouveaux documents
De tous les écrivains qui se sont occupés de Savonarole , aucun , jusqu'à ce jour, n'a mieux que M. Yillari compris et expliqué le rôle de ce grand homme. Après avoir découvert de nouveaux documents, après avoir étudié à fond les écrits du Frère, M. Yillari a envisagé son sujet sans parti pris, avec un esprit d'équité absolue; il l'a traité, non en panégyriste, mais en historien scrupuleux. Quoique la physionomie de Savonarole soit très-complexe , l'auteur s'est fait une idée très-nette du personnage dont il entreprenait de raconter la vie ; il en a pénétré le véritable caractère, il en a saisi Tunité. Son ouvrage est exempt de ces contradictions qui, dans presque toutes les biographies françaises de Savonarole , déroutent à chaque instant l'esprit. Quand on a lu le livre de M. Yillari, on sait à quoi s'en tenir sur toutes les questions; on se rend compte de ce qu'a voulu et de ce qu'a tenté le Prieur de Saint-Marc. On connait à fond le
milieu où il était placé : M. Yillari , en effet, mêle habilement aux actes de son héros le récit des événements contemporains, expliquant dans quelle mesure Savonarole agissait sur ces événements et comment ceux-ci agissaient sur lui. Au lieu d'étudier à part les sermons et les écrits de Savonarole, il les étudie à leur date, sans les isoler des faits auxquels ils correspondent : méthode excellente , parce que les écrits et les sermons du Frère étaient ses moyens d'action et font partie de sa vie. Enfin, M. Yillari raconte les faits d'une façon saisissante. Tels sont les mérites qui nous ont décidé à traduire sa biographie de Savonarole (1).
Quelqueimportante que soit cette biographie, nous croyons cependant devoir la faire précéder d'une étude préliminaire , dans laquelle nous nous attacherons à dégager les points essentiels de la vie du Frère, à rectifier ou à compléter certaines assertions de M. Villari. Nous voulons montrer comment Savonarole fut entraîné à se mêler des affaires pu-
(1) Une traduction anglaise faite pas M. Léonard Horner en 1803, et une traduction allemande faite en 18G8 par M. Moritz Berduschek, ont popularisé chez nos voisins l'ouvrage de M. Yillari.- Cet ouvrage a été, en France, rol)jet d'un remarquable article, dû à M. A. Geffroy {Bévue des Deux Mondes du \o mai 1803).
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J3liques; comment en lui la passion de l'homme politique n'étouffa jamais le zèle du vrai religieux; comment , après avoir conseillé une forme de gouvernement approuvée par les esprits les plus sages, il abandonna aux Florentins le soin de la mettre en pratique ; comment il ne fut ni un tribun ni un agitateur. Nous voulons aussi prouver que Savonarole, malgré certains entraînements, malgré certaines fautes , demeura fermement attaché à l'Église catholique, et que ceux-là se mettent en contradiction avec tous les documents authentiques qui le présentent comme un précurseur de la Réforme. Notre opinion à cet égard est sans doute conforme à celle de M. Villari ; mais M. Villari, en insistant parfois sur Je rationalisme de Savonarole et en prononçant certains noms à côté de celui du Frère, a peut-être un peu compromis la cause qu'il entendait défendre. De plus, le savant historien n'a pas donné toutes les preuves propres à établir que les doctrines de Savonarole n'ont aucune affinité avec le protestantisme. Enfin , comme les arguments relatifs à cette question se trouvent dispersés d'un bout à l'autre du livre, il n'en ressort pas pour le lecteur des idées suffisamment nettes sur un des points les plus importants à éclaircir dans l'histoire du célèbre dominicain. Nous nous proposons, en outre, de réunir les traits épars qui permettent d'ap-
précier les rapports intimes du Prieur de SaintiMarc avec sa famille, avec ses religieux, avec les laïques de son entourage , afin de faire comprendre que l'homme privé et Tliomme public sont en lui dignes Tun de l'autre et se complètent mutuellement. Tel est le but de notre étude préliminaire. Nous nous sommes abstenu, autant que possible, de reproduire les textes cités par 31. Yillari , désirant laisser aux pages qu'il a écrites leur autorité tout entière et leur attrait.