CHAPITRE X
PENDANT l'AVENT DE 1493, SAVONAROLE EXPOSE LES POÎMS PRINCIPAUX DE SA DOCTRINE. PENDANT LE CARÊME DE 1494, IL PRÉDIT LA VENUE DES FRANÇAIS.
Ii93-1494.
Pendant l'avent de. 1493, Savonarole, avec un esprit plus sûr de lui-même et un langage plus libre , reprit ses prédications à Florence, au milieu d'un auditoire chaque jour plus nombreux. C'était le chef de la congrégation toscane qui parlait, le religieux irréprochable dans sa vie, celui dont les prophéties se vérifiaient d'une façon si extraordinaire, et dont l'absolution avait été désirée par Laurent le Magnifique. Ces circonstances lui gagnaient tellement la faveur de la multitude, qu'il pouvait se permettre toutes les hardiesses, sans craindre désormais la vengeance de Pierre de Médicis. La vie détestable des princes italiens et des dignitaires ecclésiastiques, la corruption générale et la ruine imminente de l'Église, l'approche des châtiments, souhaités par les honnêtes gens pour que la dépravation universelle s'arrêtât devant ces fiéaux comme devant une digue, tels furent les sujets des vingt-cinq sermons qu'il fit, cette <année-lù, sur le psaume quam bonus (I). Il y examinait
(1) Los sermons sur le psaume Qunm bonus furent publiés d'abord en lalin par Savonarole lui-môme, ;\ la demande de plusieurs frères du couvent de Saint-Mare. L'auteur les abr<5gea beaucoup. Fra
aussi tout au long les points les plus importants de la théologie chrétienne, parce qu'il voulait alors présenterun tableau complet de sa doctrine, ou du moins la dessiner à grands traits et la fixer dans l'âme de ses auditeurs, afin que ceux-ci se préparassent aux calamités qui devaient arriver. On peut dire que sous le rapport théologique ces sermons doivent être rangés parmi les meilleurs de Savonarole.
Commençons par la foi. Voici les propres paroles du Frère : « La foi est un don de Dieu accordé à chaque a croyant pour son salut; gardez-vous donc, mes fils, « de partager l'erreur des personnes qui disent : Si je (.( voyais quelque miracle, la résurrection d'un mort, par a exemple, je croirais. Ces gens-là se trompent, parce (( que la foi n'a pas été mise en notre pouvoir; elle est « un don surnaturel, c'est-à-dire une lumière répandue « d'en haut dans l'intelligence de l'homme. Quiconque « veut recevoir cette lumière doit se préparer inlérieu-
« rement et s'humilier devant Dieu (1) Mais, oh-
« jectera-t-on, si toutes les choses qui sont créées pour « une certaine fin, l'atteignent par leurs moyens naturels, a comment la nature de l'homme n'est-elle pas capable a par elle-même d'atteindre la fin à laquelle elle est ap- (i pelée? L'homme serait-il inférieur aux animaux?Non : (( cette impuissance estun titre de noblesse et une preuve 'I (i d'excellence, car la fin de l'homme est divine et dé- I « passe la nature (2) Mais pourquoi , demanderas-lu
I Girolamo Giannotli di Pi^toia les traduisit ensuite en Italien, [yole I duirad.)
(1) Sermon iv sur le psaume Quam bonus, p. 237; Prafo, 18'«»i
(Voir aussi les éditions de Florence (152^), et de Venise (15^4). (2) Idem.
« peut-être, quelques-uns sont-ils élus tandis que les au- (( très ne le sont pas? — « Il faut, mon fils, chercher à « comprendre les choses de la foi en t'aidant des lu- , (( mières de la foi, et en prenant pour guide l'Écriture ({ sainte ; tu ne dois pas l'écarter de cette règle, si tu ' (( ne veux pas t'égarer. Qui es-tu pour discuter avec « Dieu? Le potier n'a-t-il pas le pouvoir de faire avec la « même masse d'argile un vase réservé à des usages ho-
« norables et un autre destiné à un service abject? (1)
(( Dans les élus Dieu montre sa miséricorde, dans les (( réprouvés sa justice. Si tu veux savoir pourquoi Dieu « a prédestiné celui-ci et non celui-là, pourquoi Jean « est prédestiné plutôt que Pierre, alors je te dirai que « Dieu le veut ainsi; il n'y a pas d'autre réponse à don- « ner. Origène ne s'en contenta pas, et soutint que la (( prédestination dépend des mérites d'une autre vie, an- « térieure à celle-ci. Les Pélagiens enseignèrent que la « prédestination est la récompense de nos œuvres dans « cette vie : suivant ces hérétiques, le principe des actes {( vertueux vient de nous, leur achèvement et leur con- (( sommation viennent de Dieu. C'est en sortant des li- « mites imposées à notre raison qu'Origène et les Péla- (( giens tombèrent dans l'hérésie. L'Écriture ne prête à (( aucune équivoque : elle nous apprend , non pas dans « un seul passage, mais en maint endroit, que le prince cipe, comme la fin, des bonnes actions vient de Dieu, (( ou plutôt que Dieu est l'instigateur de toutes nos bonnes « actions. 11 n'est donc pas vrai que Dieu nous donne la « grâce pour rémunérer des actes et des mérites pré- « existants; il n'est pas vrai que ceux-ci suffisent pour nous
(1) Sermon i\, r>. '>0-2l .
(( prédestiner à la vie éternelle, comme si les œuvres et « les mérites étaient la cause de la prédestination. En- (( core une fois, c'est la volonté divine qui est la cause « deda prédestination (1). »
(( Dis-moi, Pierre, dis- moi, Madeleine, pourquoi êtes- (( vous en Paradis? Vous avez cependant péché comme « nous. Toi, Pierre, qui as rendu témoignage au fils de a Dieu, conversé avec lui, assisté à ses prédications et « à ses miracles, toi qui as vu avec deux disciples sa (c transfiguration sur le Thabor, entendu ses paroles pa- (( ternelles, et qui, néanmoins, l'as renié trois fois à la « voix d'une femme de basse condition, tu as ensuite rea couvre la grâce, tu es devenu le chef de l'Église et (( maintenant tu jouis de la béatitude céleste. Pourquoi (( as-tu reçu de si hautes faveurs?... Reconnais que tu dois « ton salut, non à tes mérites, mais à la bonté de Dieu qui « t'a comblé de bienfaits, qui t'a donné dans cette vie « tant de grâce et tant de lumière. Et toi, Madeleine, a qu'on appelait généralement la pécheresse , c'est « après avoir entendu ton maître Jésus-Christ prêcher (( maintes fois que tu demeurais endurcie ; et quoique « ta sœur t'adressât des reproches et t'exhortâtà changer « de vie, tu ne songeais pas à l'amender. Mais lorsqu'il a plut au Seigneur de toucher ton cœur, tu courus, « comme hors de toi, avec un vase d'albâtre, à la mai- « son du pharisien, tu baignas de tes larmes les pieds de « Jésus et tu fus jugée digne d'entendre ces douces pa- (( rôles : Beaucoup de péchés lui sont remis. Dès lors le (( Sauveur te montra une telle tendresse qu'il l'accorda (( d "être la première à le voir ressuscité, et tu devins
(1) Sermon vm, p. !>99 et siilv.
« l'apôtre des apôtres. Ces grâces, ces dons, ô Marie, ne (( furent pas le prix de tes mérites , mais le témoignage « de la prédilection ave.c laquelle Dieu t'aima (I). »
Si nous nous bornions à rappeler ces paroles, en les isolant de ce qui les entoure, on pourrait peut-être trouver quelques raisons pour partager l'erreur de plusieurs Allemands et de certains Anglais, qui ont voulu reconnaître dans Savonarole le défenseur d'une partie des doctrines réformées. D'après les protestants, la justification a lieu par la foi seule sans les œuvres, et le croyant n'est qu'un instrument passif dans la main du Seigneur, qui peut en faire un élu ou un réprouvé; l'homme, par sa libre volonté, ne peut en rien contribuer à son propre salut. Sur ces questions importantes, Savonarole s'est pourtant expliqué avec une telle précision, qu'il ne laisse au doute aucun prétexte. A peine ses écrits furent-ils examinés attenlivement, que les auteurs étrangers dont nous pailons furent combattus dans leur patrie môme (2).
(1) Sermon ix, p. 3'^.3.
(2) Rudelbach {\oir Savonnrolo, e\c., ch. m de la S' paitic : .S(7vonarola 's tlogmatischer Slandpunct) est le partisan le plus passionné de la première opinion -, il a Ole, en Allemagne mùme, victorieusement réfuté par Meier. Meier, quoiqu'il clierehe aussi à faire de Savonarole un protestant, voudrait, en partie du moins, atténuer les exagérations de son compatriote. Rudelbach (p. 359) invoque principalement à l'appui de ses idées les sermons sur le psaume Quam hn- /n<5,-mais Meier est obligé de dire : « Les conséquences que Rudel- ♦> bach tire de ces passages sont opposées aux principes de Savonarole a et reposent seulement , comme tant d'autres assertions du même au- '< teur, sumne interprétation arbitraire et forcée du texte original. » (Page 274, note 2. ) On voit donc combien M. Perrens a été mal inspiré en rapportant (après avoir affirmé que Savonarole était resté catholique) ce chapitre de Rudelbach et en y voyant la véritable ex-
La nécessité des œuvres, le libre arbitre et la coopération de riiomnie à la grâce, qui est aussi un don i;ratuit de Dieu, sont des points sur lesquels Savonarole revient à chaque pas avec insistance, disant toujours non-seuleme !t que nous pouvons, mais que nous devons nous préparer à recevoir ce don de la foi et de la grâce , don qui n'est jamais refusé à quiconque fait tout ce qui est en son pouvoir (I). Il y a, selon lui, trois moyens de se disposer à obtenir ces faveurs : s'efforcer t!e croire, prier et agir (-2). « 11 ne faut donc jamais pori> ter un jugement définitif sur le pécheur, mais plutôt c( pleurer sur ses péchés et avoir compassion de lui; car « tant que durent le libre arbitre et la grâce de Dieu , le (( pécheur peut revenir au Seigneur et se convertir (3). « Et si l'on demande pourquoi la volonté est libre , nous (( répondons : parce qu'elle est la volonté (4). L'homme doit, par conséquent, concourir à l'acte de la justification, et faire de son côté ce qu'il peut, parce que Dieu ne lui manquera pas. Veux-tu, mon frère, obtenir l'amour de Jésus-Christ? obéis à la voix divine qui l'appelle. Le Seigneur t'appelle tous les jours; fais, toi aussi, quelque chose (5). •»
La devise que Savonarole avait prise dans sa jeunesse lait celle-ci : Le savoir s'acquiert en proportion des
l'ositiondes doctrines du Frère. L'aulorilé de Rudelbacli, quand même elle aurait quelque valeur, renverserait entièrement tout ce que il. Perrens a soutenu dans sa biographie.^
(1) Sermon iv, p. 237- 238.
['?.) Sermon v, p. 236.
[3) Sermon xii, p. 373.
(4) Sermon XIV, p. 309-iOO.
(.5) Sermon XVI, p. WS.
œuvres, T auto sa ciascuno quanto opéra (I); et nous dirions volontiers que sa doctrine était la doctrine des œuvres, si nous ne devions pas l'appeler plutôt la doctrine de l'amour, en donnant à ce mot le sens que nous avons indiqué plus haut, c'est à-dire en désignant par là l'état où l'àme se trouve quand, touchée de la grâce, elle est déjà brûlante de charité, ce Cet amour, dit Savonarole, « est aussi un don du Seigneur, mais il ressemble à un « feu qui se communique à tout ce qui est sec. Préparez- « vous à recevoir ce don, vous le sentirez aussitôt « dans votre cœur et votre cœur en sera embrasé. »
(c La puissance de l'amour est certainement une grande ce chose, car c'est l'amour qui fait tout, qui met tout « en mouvement, qui surmonte et brise loutes les difcc ficultés... Rien ne s'accomplit sans l'impulsion de ce l'amour... Or, la charité étant de tous les amours le « plus vif, les œuvres qu'elle produit sont merveilleuses
et et sublimes Elle se conforme facilement et dou-
« cément à la loi divine tout entière, parce qu'elle est « la mesure et la règle de toutes les mesures et de toutes ee les lois. Chaque loi particulière est la mesure et la règle « d'un certain acte et non d'un autre; mais il n'en est pas (( ainsi de lacharité,quiestla mesure et la règlede toutes ce choses, de toute action humaine. Aussi, quiconque (( garde dans son âme la loi de la charité, se dirige bien, « dirige bien les autres, et interprète équitableraent (( toutes les lois. Pour se rendre compte de cette vérité, il « suffit d'observer les pasteurs chargés du soin des âmes : (( lorsqu'ils obéissent strictement à la lettre des lois
(1) Tous les biographes rapportent celte lievise , que lui-mêiiu' rcl»èle dans ses sermons. Voir,, par e\emj>le, le sermon v sur Job.
« canoniques, lois essentiellement particulières , sans (( consulter la charité, qui est la mesure et la loi univer- « selles, ilsnesontjamaisde bons guides... Regarde aussi a le médecin qui ressent pour son malade de l'amour et (c de la charité. Lorsqu'un médecin est tendre et bon, sa- (c vaut et expérimenté, personne ne peut exercer une inc( fluence plus bienfaisante. Tu verras que l'amour lui ence seignera tout, et sera la mesure et la règle de toutes les « mesures et de toutes les règles de la médecine.... a Ce médecin charitable endurera mille fatigues sans (( se plaindre, s'informera des moindres détails, ordon- (( nera les remèdes et voudra les voir préparer; ilnequit- (( tera pas un instant le lit du malade. Si, au contraire, le (( médecin n'a pour mobile que le gain, il ne s'inquiétera « pas du malade et sa science même lui fera défaut... « Vois encore, par la conduite de la mère à l'égard de (c son enfant, ce que peut l'amour. Qui donc a appris à tt cette jeune femme sans expérience à gouverner son ce premier-né? l'amour. Que de fatigues elle s'impose ce jour et nuit pour élever ce petit être! Les soins les « plus pénibles lui paraissent faciles. Quelle est la cause ce de cette sollicitude? l'amour. Combien de caresses, et combien de douces paroles, combien de sourires la (( mère imagine pour son cher petit enfant ! Qui les lui a
ce enseignés? l'amour Considère enfin Jésus-Christ,
ce qui, poussé par la plus ardente charité, s'est fait (( pour nous petit enfant, s'assimilant aux hommes en ee toutes choses, supportant la faim, la soif, le froid, la ee chaleur et les misères terrestres. Qu'est-ce qui l'a dé- (( cidé à subir tant de souffrances? l'amour. Jésus con- (( verse tantôt avec les justes, tantôt avec les publicains, « et il agit de telle sorte que tous les hommes et toutes
a les femmes, les petits comme les grands, les pauvres « comme les riches, le peuvent imiter, chacun à sa ma- (( nière, chacun selon son état, et se sauver avec cerli- « tude... Et qu'est-ce qui l'a conduit à mener cette vie (( si humble et si admirable? Sans aucun doute, la cha- (( rite... C'est la charité qui l'attacha à la colonne; c'est (( la charité qui le cloua sur la croix; c'est la charité qui « le ressuscita, qui le fit monter au ciel et détermina <( tous les mystères de la rédemption... Voilà la vraie, « voilà la seule doctrine; mais aujourd'hui les prédi- (( cateurs ne prêchent que de vaines subtilités (1). »
Savonarole arrive ainsi à parler des ecclésiastiques. ce Avec Aristote, Platon, Virgile et Pétrarque ils flattent (( les oreilles, et ils ne s'occupent pas du salut des âmes. (( Pourquoi, parmi tant de livres, négligent-ils le seul qui (( contienne la loi et l'esprit de la vie ? L'Évangile, ô chré- (( tiens, il faudrait le porter sur soi; non pas le livre <( lui-même, mais l'esprit de ce livre. Car si tu n'as pas (( l'esprit de la grâce, c'est en vain que tu porterais sur (( toi le volume tout entier. Oh ! combien sont plus in- « sensés encore ceux qui surchargent leurs cous de brefs, a de cédules, de petits écrits, et qui ressemblent à des « colporteurs se rendant à la foire! La charité ne consiste {( pas dans des feuilles de papier. Les vrais livres du Christ, (( ce sont les apôtres et les saints, la vraie lecture consiste <c à imiter leur vie. Mais aujourd'hui les hommes sont dece venus les livres du diable.... Ils parlent contre l'orgueil (( et l'ambition, où ils sont eux-mêmes plongés jusqu'aux (c yeux; ils prêchent la chasteté, et entretiennent des (c concubines; ils commandent déjeuner, et ils vivent
(1) Sermon ii, p. 208-10.
a dans une somptueuse abondance... Ces hommes- <( là sont les livres inutiles, les livres faux, les livres (( mauvais, les livres du, diable, parce que le diable
(( écrit en eux toute sa méchanceté (1) Ces prélats
(( s'enorgueillissent de leurs dignités et méprisent leur '( prochain; ils entendent être respectés et redoutés; a ils recherchent les premiers sièges dans les synac( gogues, et aspirent ^ux premières chaires de l'Italie. .( Ils tâchent, le matin, d'être rencontrés sur la place H publique, d'être salués et appelés maîtres et rabbins; (( ils étalent avec ostentation sur leurs habits les orne- (( ments et les phylactères (2); ils font les importants; <( ils affectent la gravite et veulent être compris au ce moindre signe (3), »
Après les prélats, Savonarole décrit les princes italiens. (( Ces mauvais princes sont envoyés pour punir les pé- « chés des peuples. Ils tendent aux âmes une foule d'ern- (( bûches. Leurs palais et leurs cours sont le refuge de « tous les animaux et de tous les monstres de la terre, (( c'est-à-dire le rendez-vous de tous les misérables et de '( tous les scélérats, qui y accourent parce qu'ils y trouce vent des encouragements et qu'ils peuvent y assouvir (( tous leurs désirs effrénés, toutes leurs détestables pas- <( sions. C'est laque sont les méchants conseillers, qui « inventent toujours de nouvelles charges et de nouveaux (( impôts pour sucer le sang du peuple. C'est là que sont <( les philosophes et les poêles adulateurs, qui imaginent
'1) Sermon vu, p. 271-27i.
(5) Le pliylaclèrc était une bande de panhemin que les Hébreux portaient autour du bras, et sur laquelle étaient écrits des passages de la IMble et les commandements de la loi.
(8) Sermon yhi, p. 290.
(c mille fables et mille mensonges pour faire remonter c( jusqu'aux dieux la généalogie de ces princes dépravés. c( Mais, ce qu'il y a de pire encore, c'est là que sont les (( religieux, attachés aux mêmeshabitudes. Telle est, mes <( frères, telle est la cité de Babylone, la cité des fous et (( des impies, la cité que le Seigneur veut détruire (1). » Savonarole examine ensuite la construction de cette cité, qui a été élevée par les douze folies des impies. «Les impies voient la lumière et les ténèbres, mais ils (( préfèrent les ténèbres à la lumière. Trouvent-ils une (( route facile et une route rude et périlleuse , ils préce fèrentla seconde à la première. C'est ainsi qu'ils agis- « sent en toutes circonstances. Pendant qu'ils naviguent (c sur la mer, ils sautent sur une baleine qu'ils prennent (( pour un rocher, et s'installent dessus. Quelle est donc « cette race? Quel est le but de ces gens-là ? En vérité, (( je crois qu'ils veulent construire une ville sur ce mobile (( fondement. Que faites-vous? leur dis-je; vous chargez ce trop celte bête; vous vous noierez. Mais ils persiste tent dans leurs travaux, ils discutent, ils s'abritent der- « ricre des forteresses; puis ils entrent en lutte, l'un (( voulant subjuguer l'autre ; et enfin surgit un. tyran qui « les opprime tous. Celui-ci cherche à tuer ses ennemis, « entretient des espions partout. De nouvelles guerres, M de nouvelles dissensions éclatent. La baleine, fatiguée «c par tant de bruit, fait un mouvement : tous les habi- « tants de cette cité se noient, et Babylone est détruite. . . « Ainsi , dit en concluant Savonarole, il nous est clairece ment mantré que les impies se perdent par la folie de « leurs efforts, et que la folie sera châtiée {±). »
(1) Sermon x, 314-345.
(2) Sermon mii, 383-384.
II était très-facile de voir que la ville des fous symbolisait , dans la pensée audacieuse de Savonarole , la puissance de Pierre de Médicis et de ses amis, puissance qui, suivant les prédictions du Frère, ne devait pas tarder beaucoup à être renversée. Mais Savonarole ne s'arrête pas là. Après avoir parlé de la corruption du peuple et des princes italiens, il revient avec une égale audace à un sujet bien plus grave; il attaque la conduite des prêtres et les abus de l'Église. Interprétant d'une façon singulière quelques paroles empruntées à la Bible, il s'écrie : « In securiet inascia dejecerunt eam (1). Le démon, « quand il voit un homme faible, lui donne des coups de « marteau pour le faire tomber dans le péché; quand, « au contraire, il rencontre un homme fort, il lui donne « des coups de hache. Cette jeune fille est-elle honnête « et bien élevée, il met à sa poursuite quelque jeune li- '.( bertin , la trompe par mille séductions et l'entraîne à « faillir. C'est un coup de hache quele démon lui a porté. « Voici un honorable citoyen qui arrive à la cour des « grands dignitaires ecclésiastiques ; c'est là que la hache « est bien affilée ; il n'y a pas de vertu qui puisse résister. (c Nous vivons à une époque particulièrement triste : le M démon a réuni ses acolytes autour de lui et tous ence semble ils ont ébranlé parleurs coups terribles les porcc tes mômes du temple. De même que les portes donce nentaccès dans les maisons, ce sont les prélats qui doic( vent introduire les fidèles dans l'Église du Christ. Yoilà c( pourquoi le diable a dirigé ses grands coups contre c( les prélats, voilà pourquoi il a brisé ces portes. Aussi c( ne Irouve-t-on plus de bons prélats dans l'Église Ne
(I) Ps. 73, V, 6.
(( remarques-tu pas qu'ils foat tout au rebours du bon (( sens? Ils n'ont point de jugement. Ils ne savent pas « distinguer inter bonum et malunif inter verum et fal- (( sum, inter dulce et amariDu ; ce qui est bon leur parait « mauvais, ce qui est vrai leur paraît faux, ce qui est a doux leur parait amer et réciproquement... Vois (( comme les prélats d'aujourd'hui sont attachés à la (( terre et avides des biens terrestres; ils n'ont plus à (( cœur le soin des âmes; ils ne songent qu'à toucher (( leurs revenus. Quant aux prédicateurs, ils parlent pour {( plaire aux princes, pour être loués et glorifiés par (( eux... Et ce qui est pire encore, c'est que non con- (( tenls de détruire l'Église de Dieu, ils en ont établi une (( à leur façon. Telle est l'Église moderne : elle n'est (( plus construite avec des pierres vives, c'est-à-dire avec (( des chrétiens affermis dans la foi vivante, qu'entretient « la charité... Transporte-toi à Rome et dans tous les (( pays chrétiens : chez les grands prélats et chez les (( grands dignitaires ecclésiastiques, on ne s'occupe que (( de poésie et d'art oratoire. Ya et regarde : tu les trou- (' veras tenant dans leurs mains des ouvrages littéraires, « et apprenant à conduire les âmes à l'aide de Virgile, (( d'Horace et de Gicéron. Veux-tu te convaincre que l'É- <( glise se gouverne parles astrologues? Il n'y a ni prélat, « ni grand dignitaire qui ne soit en relations familières (( avec un astrologue pour savoir de lui à quelle heure il (( faut monter à cheval ou se livrer à quelque autre oc- (( cupation. Cesgrands dignitaires ne hasarderaient point (( un pas eh dehors des avis de leurs astrologues. »
(( Seulement, il y a dans ce temple une chose qui nou> u ravit : c'est la profusion des peintures et des décora- (( lions. De plus, notre Église étale une foule de belles
(( cérémonies pendant la célébration des ol'fices. Que (V de riches vêtements sacerdotaux I que de bannières! (( que de candélabres d'or et d'argent! que de calices! « C'est un coup d'oeil éblouissant! Tu vois là ces (c grands prélats avec leurs mitres d'or et de pierres (( précieuses sur la tête, avec leur crosse d'argent. Parés (( de leurs riches chasubles et de leurs chapes en bro- (( cart , ils chantent lentement devant l'autel ces vêpres- (( etces messes admirables, dont la pompe est tellement (( rehaussée par les sons de l'orgue et par les chants, que (( tu en restes stupéfait; et ces personnages te semblent (( sublimes de gravité, de sainteté. Tu ne t'imagines pas (.( qu'ils puissent se tromper; ce qu'ils disentet font, lu « crois devoir le pratiquer comme l'Évangile. Les (( hommes se repaissent de ces bagatelles, se réjouissent « de ces cérémonies et proclament que l'Église de Jé- « sus-Christ n'a jamais été si florissante, que le culte « divin n'a jamais été si bien célébré qu'à présent, et que « les prélats d'autrefois, comparés à ceux d'aujourd'hui, (( n'étaient que de mesquins prélats [prelatuzzi). Il est « vrai que ces prélats ne possédaient pas encore tant de « mitres d'or ni tant de calices; mais ils sacrifiaient « volontiers le peu qu'ils avaient pour subvenir aux be- « soins des pauvres. Nos prélats, au contraire, prennent « pour faire des calices les biens mêmes des pauvres, (( l'argent sans lequel les pauvres ne peuvent vivre. Sais- « tu ce que je veux te dire? Dans la primitive Église, <( les calices étaient de bois et les prélats étaient d'or; « aujourd'hui l'Église a des calices d'or et des prélats de
« bois Nos prélats ont introduit parmi nous les fêtes
(( du diable; ils ne croient pas en Dieu et se jouent des « mystères de notre religion... Que fais-tu donc, ô Sei-
î( gneur? Pourquoi dors-lu. Lève-loi et viens délivrer (( l'Église, captive entre les mains des diables, entre les (( mains des mauvais prélats... As-tu oublié ton Église? 0 Ne l'aimes-tu pas? A-t-elle cessé de t'être chère?... « Nous sommes devenus, ô Seigneur, l'opprobre des « nations : les Turcs sont maîtres de Constantinople ; « nous avons perdu TAsie, nous avons perdu la Grèce ; « déjà nous sommes tributaires des infidèles. 0 Seigneur (( Dieu, tu as fait comme le père irrité, tu nous as chassés « loin de toi. Précipite du moins la peine et le châti- <( ment, afin qu'il nous soit bientôt donné de retourner à « toi (i)... Effunde iras tuas ingénies. Ne vous scanda- « lisez pas de ces paroles, ô mes frères; si vous voyez les « gens de bien désirer le châtiment , c'est parce qu'ils « souhaitent que le mal soit extirpé et que le règne béni « de Jésus-Christ s'affermisse dans le monde. Il ne nous « reste aujourd'hui qu'une chose à espérer, c'est que « répée du Seigneur vienne frapper promptement la c( terre (2). »
Voilà comment Savonarole, dans les sermons de cet avent, juge les mœurs, la politique, la religion et l'Église; voilà comment il condamne les princes et les prêtres; voilà comment il arrive à conclure que le châtiment s'approche et que les honnêtes gens doivent le désirer. Après avoir exposé l'ensemble de sa doctrine, il jette un défi à toutes les puissances de la terre. Les princes temporels et les princes ecclésiastiques, les riches personnages, les dignitaires de l'Église et des États séculiers servent de but à ses accusations. «Je suis, disait-il,
(l)Sormon wii, 543 el suiv.
(2) Sermon >\iii. La môme pensée se retrouve dans un grand nombre de sermons, el forme, pour ainsi dire, le fond de cet avenl.
(( comme la grêle; je frappe quiconque se trouve à découtc vert. » Si les sermons de 1493 ne sont ni les plus éloquents, ni les plus hardis qu'ait prononcés Savonarole, ce sont ceux qui reproduisent le plus complètement sa doctrine. Ils nous montrent à la fois le pénétrant interprète des dogmes, l'accusateur intrépide des mœurs corrompues de l'Église, l'ami déclaré du peuple et de la liberté. S'étant reposé jusqu'au carême de i494 , le Frère se remit à commenter la Genèse, dont il avait commencé l'explication dès 1490(1). Les sermons qu'il fit alors portent le titre de Sermons sur l'arche de Noé. Tous les biographes les mentionnent et parlent de la profonde impression produite sur le peuple, de l'auditoire enthousiaste et transporté, des prédictions qui se réalisèrent d'une façon extraordinaire. Mais, par malheur, nous ne pouvons guère juger ces sermons, car ils nous sont parvenus dans une édUion si incomplète et si incorrecte, qu'ils ont perdu presque entièrement le caractère distinctif du génie de Savonarole. L'auditeur qui les a recueillis n'a pas eu la main assez rapide pour suivre l'orateur, et il a laissé un manuscrit défectueux, plein de lacunes, que l'on a publié à Venise dans un latin presque barbare, sous prétexte de lui donner une forme plus littéraire (2). Quétif et d'autres, s'appuyant sur ces raisons, ont douté que les sermons sur l'arche de Noé fussent réellement de Savonarole. Il est vrai que le désordre y est très-grand ; une lecture continue en est impossible ;
{\)Compe)uUvm re celai lonum.
(9.) Venise, 1530, ex ofjic'nid diri Bcrnnrd'mi . Pour so faire une idée des lacunes que nous signalons, il faut d'abord lire entièrement ces sermon*, puis voir ce qu'en disent et leur éditeur et l'éditeur des Servions sur Job.
cependant, les idées én:iises dans ce recueil sont au fond trop identiques à celles de Savonarole, les témoignages des historiens sont trop positifs, pour qu'on puisse partager le doute de Quétif.
Après avoir démontré dans l'avent précédent la nécessité et l'approche du châtiment, Savonarole entreprend de construire une arche mystique, où doivent se réfugier tous ceux qui veulent échapper au nouvel et imminent déluge. Cette arche, prise dans le sens lilléral, est celle qui fut construite par Noé ; prise dans le sens allégorique, elle est la réunion des bons. Elle a pour longueur la foi , pour largeur la charité , pour hauteur l'espérance. Pendant tout le carême , Savonarole développe cette étrange allégorie ; chaque fois qu'il monte en chaire, il annonce qu'il va ajouter une nouvelle planche à l'arche, et il expose [une des vertus nécessaires aux vrais chrétiens. Le dimanche de Pâques, l'arche était achevée. « Que chacun se hâte , dit-il en « finissant, que chacun se hâte d'entrer dans l'arche du (( Seigneur. Noé vous appelle tous aujourd'hui; la porte « est ouverte; mais un temps viendra où l'arche sera ferce mée, et très-grand sera le nombre deceuxqui serepen- « tiront en vain de n'être point entrés. » Dans le cours du carême, Jérôme parla longuement des fléaux prochains; il annonça la venue d'un nouveau Gyrus, qui traverserait l'Italie en vainqueur, sans trouver d'obstacles et sans rompre une seule lance. Beaucoup d'historiens et de biographes nous ont laissé le souvenir de ces prédictions ; et Fra Benedetto rapporte les paroles de son maître dans les vers suivants :
Presto voilrai sunimerso ogiii (iranno.
E lutta llalia vedrai coiniuistaUi
Con sua vergogna e vituperio e daimo.
Roma, tu sarai presto caplivata; Vedo ve^^'r in le coltel deU'ira , E tempo è brève e volaogni giornala.
Vuol renovar la Chiessa el mio Signore, E convertir ogni barbara gente, E sarà un ovile et un pastore.
Ma prima Italia tufta fia dolente, E lanto sangne in essa s'ha a versare, Che rara fia i)er tutto la sua gente (1).
Ces sermons, que nous ne connaissions pour ainsi dire pas, éveillèrent un intérêt si extraordinaire et si universel, que la cathédrale s'emplissait chaque jour d'une foule plus compacte et que Savonarole était devenu le personnageleplusconsidérabledeFlorence. On s'étonnait seulement qu'il se fût arrêté si longtemps à construire l'arche et que le carême entier ne lui eût pas suffi pour commenter le court chapitre de la Genèse où il en est question. Savonarole dit lui-même qu'il était surpris de sa lenteur et qu'il se sentait retenu dans ce sujet comme par une force supérieure. Mais, vers le mois de septem-
(i) «■ Bientôt tu verras tous les tyrans renversés; tu verras toute " l'Italie conquise, couverte de bonté et d'opprobre, accablée de maux. «' Et toi, Rome, tu deviendras promptement esclave ; je vois venir sur (t toi le couteau de la colère ; le temps est court et chaque jour s'en- « vole rapidement.... Mon Seigneur veut renouveler l'Église et con- '< vertir toutes les nations barbares, et il n'y aura qu'un seul troupeau « el qu'un seul pasteur. Mais auparavant toute l'Italie sera dans l'af- « fliction et l'on y répandra tant de sang qu'elle n'aura plus qu'un pe- «« lit nombre d'babilants. » Fra Benedetto, Cedrus Libani, peti. poëme publié par le père Marcheso dans l'^rc/i/y/o Slorico, chap. iit Ce chapitre a pour titre : « Résumé des propbéties que le compilateur '< entendit annoncer par le prophète Jérôme à propos de l'arche de Noé , '< alors qu'on ne redoutail aucune Iribulation. »
bre, ayant repris ses prédications et fait sur le même texte treize autres sermons, il arriva à la conclusion (4). Le troisième de ces sermons devait expliquer le dix-septième verset, qui traite du déluge, et il fut prononcé le 21 septembre, jour mémorable pour Savonarole et pour son auditoire. La cathédrale avait peine à contenir la multitude qui, pleine d'une nouvelle et prodigieuse anxiété, attendait depuis plusieurs heures. Enfin, l'orateur monta en chaire ; l'attention et le silence étaient plus grands que de coutume. Après avoir promené ses regards sur les fidèles rassemblés autour de lui, après avoir considéré l'attente inquiète, inusitée, qui se peignait sur tous les visages, il s'écria d'une voix terrible : Ecce ego adducam aquas super terrain. On eût dit que la foudre éclatait alors dans le temple, et ces simples paroles commencèrent à frapper d'épouvante l'âme de chacun (2). Pic de la Mirandole
(1) L'Oditeiir vénitien a donné le tide dCAvent à ces 13 sermons, qui sont placés avant les 43 sermons du carême, imprimés aussi avec les mêmes incorrections. Mais, dans les œuvres de Savonarole imprimées à Venise, les erreurs de cette sorte sont très-fréquenles. L'avent de 1493 fut un commentaire sur le psaume Quam bonus ; lavent de 1494 fut une interprétation d'Aggée. Les 13 sermons sur l'arcbe ne doivent donc pas procéder le carême de 1494; ils doivent être mis à la suite de ce carême, comme on peut facilement s'en convaincre en les lisant. Dans le troisième de ces sermons, Savonarole explique les paroles : Ecce rgo adducam aquas; il le prononça le 21 septembre, c'est-àdire après le carême, comme il nous en avertit dans le Compendio di rlvelazioni. Le Frère avait l'habitude de prêcher, entre le carême et l'aveut, des sermons qu'il appelait sonnons des Jours de feïe : tels sont les 13 sermons sur l'Arche de Noé. IM. Perrens s'est laissé tromper par Téditeur; en lisant ces sermons, il aurait pu s'éclairer lui-même.
(2) « Savonarole avait terminé ses sermons sur l'Arche de Xoé à n Santa-Rei>arala, peu avant l'entrée du roi de France; et quelques-
raconte qu'un frisson avait parcouru tous ses os, que ses cheveux s'élaient dressés sur sa tête; et Savonarole, en ce jour (c'est lui qui nous l'apprend) n'était pas moins ému que ses auditeurs.
D'où naissait donc une si profonde agitation ? La cause en était réellement très-grave. On venait d'annoncer qu'une horde de soldats étrangers traversait les les Alpes et s'avançait, avec l'impétuosité d'un torrent, à la conquête de l'Italie. La renommée , grossissant la vérité, multipliait à l'infini le nombre de ces envahisseurs, leur attribuait une taille gigantesque, un caractère féroce, et leur prêtait des armes invincibles. Cette nouvelle n'avait point été prévue : aucun des princes italiens n'y était préparé ; les armées nationales n'existaient plus ; les mercenaires étrangers étaient hostiles ; la terreur dominait tellement les esprits, qu'on croyait voir couler des ruisseaux de sang. Aussi la foule s'empressait-elle autour de Savonarole comme pour implorer du secours. Toutes les paroles du prédicateur s'étaient vérifiées : les princes doiii il avait prédit la mort étaient déjà descendus dans la tombe ; l'épée du Seigneur s'était abattue sur la terre ; les châtiments commençaient à frapper l'Italie. Lui seul avait annoncé ces maux et vu l'avenir; lui seul devait connaître le remède à tant de malheurs. Son nom vola débouche en bouche à travers la Péninsule; tous les yeux se tournèrent vers lui; par la force inévitable des choses, il se trouvait être un homme politique. C'est à lui que tout le peuple avait recours, c'est à lui que s'a-
« uns (le ces sermons avaient causé tant de terreur et d'épouvante, «« provoqué tant de sanglots et de larmes, que chacun errait dans la « ville à demi mort et sans parler. » Cerrotani, Storio, manuscrit autographe de la Magliabechiana.
dressaient les plus habiles citoyens. Son parti était devenu, comme par enchantement , le maître de la ville. La situation de Florence et celle de l'Italie avaient tellement changé que nous devons faire quelques pas en arrière, pour en parler tout au long dans le livre suivant.