A LOUIS LE MORE, DUC DE MILAN
Illustrissime et Excellentissîme Princeps , voyant avec quelle bonté Voire Excellence répond à ma lettre, je n'ai point à me plaindre qu'elle ait blâmé des paroles qui seraient en effet blâmables si je les avais prononcées. On m'accuse d'avoir dit d'une manière absolue qu'il îie fallait pas obéir au pape. Cette opinion est contraire à tous les saints canons, d'après lesquels je me suis toujours gouverné. En second lieu, on me reproche d'avoir manqué aux règles de mon ordre, tandis que je me suis efforcé de m'y astreindre et de m'y renfermer, en suivant les véritables préceptes de nos
fondateurs. Comme tous ces faits sont présentés à Votre Excellence sans aucune bonne foi ni exactitude, on lui aura sans doute répété d'autres propos mensongers. Pour m€ noircir à ses yeux, on lui aura dit, par exemple, quej'ai mal parlé d'elle. Si j'ai écrit à Votre Excellence, c'était afin qu'elle ne se crût en aucune façon offensée par moi, attendu que je lui suis très-attaché et que je désire sa prospérité et celle de tous les autres princes chrétiens.
Quant à mon exhortation générale à la pénitence, je n'ai point à m'en expliquer. Mais puisque Votre Excellence est animée de sentiments religieux et que la crainte de Dieu règne dans son âme, ainsi qu'elle me l'écrit, je m'en réjouis vivement et je l'exhorte à persévérer. On n'a pas de meilleur juge que sa propre conscience. Votre Seigneurie n'a donc pas besoin de recommandations particulières; elle n'a qu'à exécuter ce que lui dicte la raison et à passer du bien au mieux , car alors Dieu la bénira et veillera toujours sur elle. Je me recommande à Votre Excellence.
Servus Jesu Cristi, Du couvent de Sainl-Marc à Florence, le 25 avril 1496.