‹ Jérome Savonarole et son temps d'après de nouveaux documentsChapitre 35 sur 65 · AU COMTE GALEOTTO PIC DE LA MIRANDOLE · texte numérisé non relu

AU COMTE GALEOTTO PIC DE LA MIRANDOLE

Illustrissime et Magnifice, vous m'avez fait recommander d'adresser à Dieu de ferventes prières pour Votre Seigneurie. Je me suis aussitôt conformé à votre désir, me rappelant la bienveillance que vous avez toujours témoignée à notre couvent, sansparlerd'autres raisons qu'il est inutile d'exposer. J'avais chargé votre agent de vous écrire quelques mots de ma part; mais pendantque, sur ses instances, je continuais mes prières, le Seigneur m'a inspiré de vous écrire moi-môme. Accueillez donc mes paroles, non comme venant de moi, mais comme venant de Dieu, et puisqu'il cherche par tous les moyens possibles à vous manifester sa miséricorde, remerciez-le d'un si grand bienfait. Je vous exhorte en son nom à vous convertir, à reconnaître Jésus-Christ comme votre Créateur et votre Rédempteur, à remplir les devoirs de tout bon chrétien, à vous repentir de vos fautes passées, à vous en confesser, à n'y plus retomber, et à observer sincèrement, de tout votre cœur, les préceptes divins. Un châtiment terrible vous menace, je vous en préviens, et si vous négligez cet avertissement, vous serez châtié dans vos biens, dans votre personne, dans votre famille. Je vous annonce aussi qu'il vous reste peu de temps à vivre. Préparez-vous donc promptementà bien mourir, en observant la chas-

leié, en restituant les richesses mal acquises, en vous réconciliant avec votre frère et avec l'Église , en gouvernant vos sujets selon l'équité et en leur donnant le bon exemple, car leurs péchés vous seront imputés et vous aurez à en rendre compte. Encore une fois , si vous n'offrez pas à Dieu le temps qui vous reste, vous serez puni rigoureusement ici-bas et après cette vie, et votre âme ira au feu éternel. Si, au contraire, vous revenez à Dieu , vous obtiendrez certainement miséricorde, et vous serez sauvé. Ainsi, Prince, votre vie et votre mort sont entre vos mains. Choisissez ce qui €St bien et non ce qui est mal. Quand vous comparaîtrez devant le tribunal du Christ, cette lettre vous «era présentée et vous ne pourrez vous excuser. Que la grâce de Jésus-Christ vous éclaire et vous conduise à bon port. Amen.

Servus Jesu Christ! inutilis, Fr.Hieronymusde Ferraria.

Avril, 1496.

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