LIVRE I, CHAPITRE II
devant les yeux, tel qu'il le dépeignit plus tard à ses auditeurs. Il voyait « les prélats ne plus s'inquiéter de leur troupeau, mais le eorrompre par leurs mauvais exemples; les prêtres dissiper les biens de l'Église; les prédicateurs prêcher de curieuses vanités ; les religieux se laisser aller à tous les déportements ; les fidèles ne plus obéir aux prélats; les pères et les mères mal élever leurs enfants ; les princes opprimer leurs peuples, entretenir les dissensions; les citoyens et les marchands ne penser plus qu'au gain, les femmes qu'aux futilités, les paysans qu'au vol, les soldats qu'aux blasphèmes et à tous les crimes. » Le clergé était donc la cause de tant d'abominations ; et ses pernicieux exemples avaient eu l'effet qu'on en pouvait attendre : ils avaient ôté des esprits toute idée, tout sentiment religieux. « Les iniquités et les péchés s'étaient multipliés en Italie , » dit Benivieni, « parce que ce pays avait perdu la foi du Christ. On croyait généralement que tout dans le monde, et les choses humaines surtout, n'avait d'autre cause que le hasard. Certains pensaient qu'elles étaient gouvernées par les mouvements et les influences célestes. On niait la vie future, on se moquait de la religion. Les sages du inonde la trouvaient trop simple, bonne tout au plus pour les femmes et les ignorants. Quelques-uns n'y voyaient qu'un mensonge d'invention humaine.... Toute l'Italie, enfin, et surtout la ville de Florence, était livrée à l'incrédulité.... Les femmes elles-mêmes niaient la foi du Christ, et tous, hommes et femmes , retournaient aux usages des païens, se plaisaient dans l'élude des poètes, des astrologues et de toutes les superstitions. »
Mais Savonarolc, dans le silence de sa retraite et L'activité de son esprit, ne pouvait se borner à observer et
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à gémir : il dut chercher un remède à tant de maux. Il reconnut qu'il fallait, avant tout, réformer les mœurs, et ramener la société à la pureté des temps primitifs du christianisme ; mais il n'eut pas de peine à comprendre que l'athéisme était plus sur les lèvres qu'au fond du cœur ; qu'il provenait en grande partie de l'excès d'ardeur qu'on mettait pour lors à étudier les auteurs païens, et que la religion tenait encore une place considérable dans les esprits. Il vit bien qu'il suffirait de souffler sur des cendres encore chaudes pour ranimer le feu sacré , et il en conclut avec raison que toute réforme morale qui n'aurait pas son point d'appui dans la foi, échouerait nécessairement. La rénovation de l'Église, c'est-à-dire la réforme du clergé par le réformateur et celle des fidèles par le clergé, le rétablissement des bonnes mœurs par la foi et la grâce, telle fut l'idée fondamentale de Savonarole.
Il n'y avait là rien de nouveau , et Jérôme ne faisait que suivre la tradition des âmes pures et droites que révoltait la dépravation générale, et qui aspiraient à un avenir meilleur. La corruption de l'Église était déjà fort ancienne : Dante l'avait peinte sous les plus vives couleurs * . Au deuxième concile œcuménique de Lyon ( 1274), « le pape dit que les prélats étoient cause de la chute du monde entier; il les avertit de se corriger, parce que, s'ils le faisoient, il ne seroit pas nécessaire de faire des constitutions pour leur réformation ; autrement il leur déclara qu'il la feroit sévèrement 2 . » Au concile de Constance ( 1414), la réforme de l'Église fut fréquemment le sujet des délibérations. Un ermite au-