LIVRE II, CHAPITRE VII
site inattendue, dont il entendait parler pour la première fois.
Reprocher son ingratitude à un pape sans entrailles, c'était une première maladresse ; c'en fut une seconde de ne répondre dans cette lettre qu'au deuxième considérant de la bulle pontificale, et de laisser croire par là qu'il fallait du temps pour trouver des raisons contre les deux autres. Il eût mieux valu se taire quelques jours de plus.
Savonarolc était, en effet, fort embarrassé. Il ne pouvait nier contre l'évidence son refus d'aller à Rome, et de réunir Saint-Marc aux couvents de Toscane. Il n'avait donc qu'à accepter la position difficile que sa témérité lui avait faite, et qu'à s'appuyer sur d'augustes exemples comme celui de saint Jean Chrysostome, refusant de se rendre au concile d'Alexandrie, parce que ses ennemis s'y trouvaient. Il aima mieux, comme un accusé vulgaire, nier la faute qui lui était imputée, et fonder sa négation sur de misérables équivoques.
Quelque temps après sa lettre au pape, il publia un écrit destiné à réfuter les griefs énoncés dans la bulle. Sur le premier, il osa répondre qu'il n'était pas vrai qu'il eût encore été cité à Rome; il voulait dire sans doute cité d'une manière valable, puisqu'on voit dans le sermon qu'il prononça le jour de la Sexagésime, l'année suivante (1498), qu'il distinguait toujours entre les paroles du pape abusé et ses véritables intentions. Sur le second , il ne faisait que répéter ce qu'il avait déjà dit dans sa lettre du 22 mai. Il paraît ici dans le vrai : on verra plus bas que s'il pensa être sebismatique par suile de sa désobéissance prolongée, les accusations d'bérésie ne reposèrent jamais, même aux yeux de l'Église, sur un fondement sérieux. Sur le troisième, il déclarait que le
pouvoir de consentir à la réunion des couvents de Saint- Marc et de Fiésole avec les autres couvents dominicains de Toscane ou de Lombardic appartenait à ses frères, et non pas à lui; que leur volonté expresse était de ne pas dissoudre la communauté formée avec l'autorisation du pape, et qu'on ne pouvait leur imposer des modifications dans la discipline, surtout pour en diminuer l'austérité.
Quoique cette dernière fin de non-recevoir s'appuyât sur une bulle d'Honorius III qui interdisait aux dominicains d'abandonner leur religion pour une autre, à moins qu'elle ne fût plus austère, en somme la faible valeur de l'argument ne pouvait échapper à personne. Il est certain, que les pieux habitants de Saint-Marc et. de Fiésole ne faisaient que suivre l'impulsion de leur chef, et qu'ils n'auraient pas résisté, si Savonarole ne leur en avait donné le conseil et l'exemple. C'était une manœuvre singulière pour un général, après tant de preuves d'audace, de s'abriter, au moment du danger, derrière ses soldats. Fra Girolamo n'avait qu'un moyen d'avoir raison : c'était de récuser ouvertement l'autorité d'un pape indigne et d'un clergé corrompu, et d'en appeler à un concile. Il essaya bien, un peu plus tard, de suivre cette voie; mais il manqua de hardiesse, quand il en fallait le plus : il craignit qu'on ne l'accusât de battre en brèche non les vices des clercs et des laïques , mais l'Église elle-même et la religion catholique, et ces craintes intempestives le mirent dans la plus fausse des positions.
Cependant sa polémique contre la condamnation qu'il avait subie ne se borna pas à ces deux écrits : il publia encore deux lettres, l'une en date du 19 juin 1497, adressée à tous les chrétiens, où il affirme, plus qu'il ne le