LIVRE III, CHAPITRE I
connaître ses erreurs, puisque celui-ci a refusé même de se rendre à Rome : il lui interdit donc toute prédication à Saint-Marc et ailleurs; il ordonne à Dominique Benivieni, à Thomas Bussino, àSilvestre Maruffi de se retirer immédiatement à Bologne, dans le couvent de leur ordre, et confie au vicaire général de Lombardie le soin de châtier disciplinairement le principal coupable. Enfin il annule la séparation de Saint-Marc, qu'il appelle scandaleuse, quoiqu'il l'eût accordée, replace ce couvent et celui de Fiésole sous les ordres de leur légitime pasteur, le vicaire de Lombardie, et révoque tous les pouvoirs qu'il a pu donner précédemment à un autre.
Le même jour, Alexandre VI adressait à Savonarole lui-même un bref où l'on remarque un notable adoucissement, non-seulement dans les termes, mais encore au fond. Il y interdit, comme dans le premier, la prédication, même au milieu d'un cercle d'amis, jusqu'à ce que Jérôme ait consenti à se rendre à Rome sans escorte mais il ajoute que, s'il obéit, tous les brefs précédents seront annulés.
La douceur apparente de ces paroles cachait un piège, comme le montre cette insistance à vouloir que le frère se rendit à Rome saus personne qui pût le défendre. Savonarole était sur ses gardes : il pénétra les secrets desseins du saint- père. Résolu à désobéir, puisque c'était le seul moyen de sauver ses jours menacés, il voulut au moins se justifier aux yeux des chrétiens de toutes les accusations que la cour de Rome faisait peser sur lui. Il le (it par une longue lettre où l'on trouve de solides arguments mêlés à de pitoyables arguties, suivant que le reproche auquel il répondait était ou non sans fondement (29 octobre).
Après avoir, en manière d'exorde, exprimé son étonnement qu'on eût osé porter contre lui des accusations dont la fausseté était évidente, Savonarole déclare qu'il n'a jamais enseigné de nouveaux dogmes ; car ses prophéties ne sont point une nouveauté que l'Église puisse blâmer, puisqu'elles ne sont opposées ni à la foi, ni aux bonnes mœurs, ni à la raison naturelle. Il reconnaît avoir prédit les malheurs de l'Italie, mais il nie d'avoir jamais dit qu'il était envoyé de Dieu seul, ni qu'il eût des entretiens avec Dieu. « Jamais, » dit-il, « je ne me suis exprimé ainsi. Mais, quand même je l'aurais fait, je ne saurais être blâmé, car Dieu est le maître d'avoir des relations directes avec sa créature. »
Il explique ensuite qu'il a pu dire sans impiété que, s'il mentait, Jésus-Christ mentait lui-même. Gela était vrai à son point de vue, puisqu'il croyait que Dieu parlait par sa bouche. Il reconnaît avoir dit que ses adversaires étaient des pécheurs non en état de grâce, attendu que la foi et la grâce ouvrent les yeux; mais il croit que ceux d'entre eux qui ne s'acharnent pas à le contredire pourront être sauvés.
Il déclare cependant ne s'être jamais donné pour prophète, de Dieu; au contraire, il a dit qu'il n'était ni prophète, ni fils de prophète; il a seulement fait des prédictions qui méritaient créance, puisqu'elles se sont vérifiées. Mais, alors même qu'il se fût donné comme tel, il n'aurait pas pour cela cessé d'être orthodoxe.
Jérôme justifie ensuite ses frères de Saint-Marc et de Fiésole, que le pape accusait d'avoir poussé à la séparation et d'être des hommes pervers. Il répond que leur réputation est sans tache : il invite le saint-père à envoyer à Florence une personne digne de foi, pour s'en convaincre et lui faire un rapport. Les religieux ont été