CHAPITRE II
Messe chantée ù. Saint-Marc le jour de Noël. — Le pouvoir aux mains des Piagnonf, 1er janvier 1498. — Procession de l'Epiphanie. — Opposition et destitution de Léonard de Médicis, vicaire général. — Savonarole reparaît dans la chaire, 11 février. — le P. Buonvicini prêche à Saint-Laurent. — Succès de ces prédications. — Indignation générale à la cour de Rome. — Audace de Savonarole dans ses discours. — Procession du carnaval, 27 février. — Auto-da-fé. — Danses religieuses.
Frère Jérôme ne tarda pas à mettre sa conduite d'accord avec ses paroles. S'il s'était abstenu de prêcher dans les principales églises de Florence, il avait poursuivi, quoique sur un ton plus familier, le cours de ses conférences dans celle de Saint-Marc. Pendant quelque temps, il s'était borné à célébrer pour lui-même les mystères divins : il n'y appelait pas les lidèles. Mais bientôt Unt de contrainte lui parut insupportable , et le jour de Noël il chantales trois messes d'usage; il donna la communion aux religieux du couvent, à beaucoup d'autres prêtres et à deux cents jeunes hommes environ, qui s'étaient rendus solennellement et en ordre à Saint-Marc, pour la recevoir de ses mains. Après la messe, on lit une procession dans les cloîtres et autour de la place. 11 était impossible de donner plus clairement à entendre le ras que l'on faisait des défenses du pape.
Sur ces entrefaites, le l"r janvier de l'année 1498 , Julien Salviati prit le gonfalon de justice ; les prieurs , - collègues étaient, comme lui, dévoués à Savonarole.
Convaincus que la pureté des mœurs et du patriotisme dépendait de l'influence que sa parole exerçait sur les Florentins, ils prirent le parti de lui faire rompre un si long silence, et l'invitèrent à prêcher de nouveau à la cathédrale. Fra Hieronimo ne fit aucune difficulté : il crut cependant utile d'attendre les derniers jours du carnaval, et, pour préparer les esprits , il commença à dire qu'une voix d'en haut lui commandait de reprendre la parole. De son côté, la seigneurie voulut donner un témoignage public d'adhésion à ses doctrines et de sympathie à sa personne : elle se rendit en corps à Saint- Marc le jour de l'Epiphanie, et y assista aux cérémonies du culte, qui furent célébrées en grande pompe par l'illustre orateur et suivies d'une nouvelle procession dans l'église et les cloîtres. Il fut décidé que, le jour de la Septuagésime (11 février), Savonarole reparaîtrait dans la chaire de Sainte-Marie-de-la-Fleur, pour y prêcher le carême.
A cette nouvelle , l'embarras fut extrême dans les rangs de cette partie du clergé qui n'était pas assez fanatique de Savonarole pour braver à cause de lui les foudres du saint-siége. Les chanoines de la cathédrale surtout, forcés de subir dans leur église la présence et les prédications d'un excommunié, étaient dans une perplexité extrême. Léonard de Médicis, vicaire général de l'archevêque de Florence, profitant de cet embarras, réunit le chapitre, le confirma dans l'intention qu'il laissait voir de ne pas permettre que Jérôme prêchât à Santa Reparata, ou de s'abstenir absolument, s'il ne pouvait l'empêcher. Avec l'assentiment des chanoines, il fit, en outre, défense à tout le clergé d'assister aux sermons de l'excommunié, et il ordonna aux curés de transmettre cette défense à leurs paroissiens et de l'ap-