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LIVRE III, CHAPITRE II

C'est on des termes si audacieux que Savonarole prêtha tout ce carême. Jamais il ne toucha de plus près au schisme, sinon à l'hérésie : la plupart des sermons de :ettc série furent, dans la suite, condamnés à Rome par a congrégation.

Cependant Savonarole continuait, malgré l'opposition l'un grand nomhrc, à régner sur Florence. Le 25 février, 1 avait donné ses ordres pour la procession du surleniemain, qui se trouvait être le dernier jour du carnaval ^l'avant-dernier de la seigneurie en fonctions.

Le 27, Jérôme célébra donc solennellement la messe à Saint-Marc, comme il l'avait annoncé. Il donna la comnunion aux religieux, et, après lui, Fra Domenico de Pescia la donna aux séculiers nombreux, hommes, tînmes et enfants, qui se pressaient dans l'église. Puis, je vicaire général monta dans une chaire qu'il avait fait élever à la porte; il donna la bénédiction au peuple avec e saint sacrement, et le gardant entre ses mains, il détraque s'il n'avait pas toujours dit la vérité, Dieu, présent sous les espèces du pain, le frapperait sur-le-champ. Quelques Arrabbiati, témoins de cette scène, auraient youlu qu'au lieu de promettre un miracle si Dieu était contre lui, Savonarole en obtint un pour prouver sa mission, et ils disaient, non sans raison, que Ja preuve négative qu'on venait de leur donner ne prouvait rien. Mais ils étaient en minorité ce jour-là; ils furent obligés de se disperser ou de se taire, et la procession sortit en grande pompe.

Après avoir traversé la ville et deux fois l'Arno, au pont de la Trinité et au pont Vieux, non sans avoir essuyé les insultes de quelques jeunes effrontés, \c cortège déboucha sur la place de la seigneurie. Il y trouva un bûcher où l'on avait entassé, comme l'année

précédente, le fruit des perquisitions faites par les enfants dans les maisons et les palais, et le nombre des trésors qui étaient ainsi destinés à périr était incalculable. Buiiamacchi et Razzi nous parlent, sans aucune expression de regret, de portraits peints ou sculptés qui avaient une grande importance historique: ceux de Lucrèce, de Faustine, de Cléopâtre, par exemple, chez les anciens; et, chez les modernes, de la belle Bencina, de Lena Morella, de la belle Bina, de Maria de' Lcnzi. Parmi une foule de manuscrits, on y vit aussi un Pétrarque enrichi d'or et de miniatures qui était estimé cinquante écus, valeur considérable pour ce temps-là, et les plus précieux exemplaires de Boccace, dont les pareils ont dépassé de nos jours le prix fabuleux de cinquante mille francs.

La seigneurie se mit au balcon, des gardes furent placés autour du bûcher pour qu'on ne dérobât rien ; on y mit le feu au chant des laudes, des hymnes et du Te Deum, au bruit des cloches qui sonnaient à pleines volées, des trompettes et autres instruments de musique qui remplissaient la place de leurs bruyantes fanfares. La procession reprit ensuite le chemin de Saint-Marc, après avoir remis en passant aux buonuomini de Saint- Martin le produit d'une quête faite parmi les fidèles.

Arrivés devant le couvent, les Piagnoni plantèrent la croix au milieu de la place, et tout autour les enseignes des quartiers ; puis ils formèrent trois rondes concen* triques : la première se composa de tous les religieux et novices de Saint-Marc, accompagnés chacun d'un enfant vêtu de manière à représenter un ange; la seconde de jeunes clercs et de jeunes laïques; la troisième de vieillards et de prêtres, lesquels, mettant de côté toute humaine sagesse, et le front couronné de guirlandes

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