‹ Jérome SavonaroleChapitre 130 sur 215 · LIVRE III, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE IV

'était engagé spontanément à se dépouiller de ses habits or la place. Croyant lui-même à la magie, il craignait ans doute qu'on ne l'accusât d'y avoir recours. Pour si )eu, Savonarole n'osa pas encourir le reproche de recucr ; il proposa que le P. Buonvicini changeât d'habits .vec un de ses frères de Saint-Marc, et cela fut accepté ans difficulté.

Fia Domenico se rendit à cet effet dans une des salles lu palais. Les mineurs qui l'y avaient accompagné exigèrent qu'il se mît complètement nu, afin de s'assurer ju'on n'avait eu recours à aucune incantation. Au retour, m avait tant de peur que Savonarole n'enchantât son lélégué, qu'il fut placé entre deux mineurs qui ne le initièrent plus.

Le temps qu'il avait fallu pour cette opération avait iaru fort long à la multitude impatiente, qui n'était )as dans le secret. On se perdait en conjectures sur la :ause du retard, et le tort en retombait sur Jérôme, déjà în butte aux soupçons populaires, à cause du refus ju'il avait fait d'entrer lui-même dans le feu.

Cette difficulté aplanie, on en souleva une autre. Les franciscains s'aperçurent que le P. Buonvicini portait à la main la petite croix rouge des Piagnoni, et qu'il ne voulait pas la quitter pour entrer dans le feu. Ils protestèrent aussitôt contre cette profanation. Savonarole céda encore mais cette fois d'une manière dérisoire. Il invita, en effet, Pra Domenico à laisser le crucifix et à prendre entre ses mains le saint sacrement déposé sur l'autel. A cette proposition, une grande clameur s'éleva parmi les franciscains; ils firent part à ceux qui les entouraient Lie la difficulté nouvelle, disant aux simples que c'était un horrible sacrilège, et aux gens sensés que si l'hostie brûlait, comme cela était probable, il en résulterait un

grand scandale. On essaya inutilement de faire revenir Fra Girolamosur sa résolution : les imprécations mêmes de la foule, qui le rendait responsable des retards, de l'épreuve manquée et du scandale, ne purent l'ébranler : il avait été révélé à Fra Silvestro Maruffî , dit Burlamacchi, que le P. Buonvicini ne devait, dans aucun cas, entrer dans le feu sans le saint sacrement.

Ce qu'il y avait de spontané dans une vision qui venait si à propos, on ne saurait le dire; mais Savonarole s'y rattacha comme aune dernière planche de salut, et rien ne put le décider à céder sur ce point. Par là apparaît clairement son intention de faire manquer l'épreuve. S'il croyait à la possibilité d'un miracle en faveur de sa doctrine, qu'était-il besoin de porter une hostie consacrée dans les flammes ? Si elle devait être, pour ainsi dire, un talisman aux mains de Fra Domenico, Rondinelli n'aurait donc eu qu'à en prendre une,autre pour en neutraliser l'effet. Et si Dieu, parmi deux moines porteurs du sacrement de l'autel, savait choisir le sien, qu'y aurait-il eu de changé en retranchant la partie semblable des deux termes de l'équation ?

Ainsi, même de la version des dominicains, rapportée par Burlamacchi, ressort la mauvaise volonté de Savonarole; il n'est pas besoin d'admettre le récit des mineurs, qui ne ferait que la rendre plus apparente. Selon eux, les pères de Saint-Marc voulurent que Fra Domenico entrât dans le feu avec le crucifix, ce qui lui fut accordé ; puis, avec la chasuble, ce qui lui fut encore accordé; enfin, avec le saint sacrement, ce qui lui fut refusé, parce qu'on ne pouvait autoriser une telle nouveauté sans l'agrément du pape. S'il fallait les en croire, à chaque difficulté nouvelle, Fra Domenico conférait longuement

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