UVRE III, CHAHTRB IV
tre de cette troupe, ayant à ses côtés les capitaines Giovaccliino et Salviati. La foule le poursuivit de loin doses imprécations et de ses menaces. « Le saint sacrement le préserva seul, dit Nardi, des coups qu'on lui voulait porter. » Arrivé au couvent, il monta en chaire et fit uneexposition fidèle, s'il faut en croire Burlamacchi, des événements de la journée; il donna de bons conseils à ses auditeurs, et, après avoir chanté quelques laudes, il les congédia.
Il est impossible de voir dans la conduite de la seigneurie la moindre malveillance. Au lieu de trancher, comme elle en avait le droit, les difficultés qui s'étaient élevées, elle préfère observer une neutralité complète. et, lorsque Savonarole lui demande assistance, elle lui donne toute la force armée dont elle pouvait disposer. Pourtant c'était lui, dans l'opinion du gouvernement, qui était cause du désappointement populaire. Quoique les prieurs se fussent abstenus de manifester leur pensée, ils ne crurent pas devoir la cacher à leurs ambassadeurs, et ils les informèrent que Savonarole avait refusé d'entrer dans le feu. Ils n'en eurent que plus de mérite, puisque telle était leur opinion, d'avoir su garder la neutralité
Le peuple usa de moins de réserve. Il partageait la manière de voir de la seigneurie, et beaucoup de croyants perdirent leurs illusions. On ne comprenait pas que Savonarole eût refusé de faire lui-même l'épreuve; on comprenait encore moins son insistance pour le saint sacrement. Sur, comme il disait l'être, que sa doctrine était vraie, il aurait, dû se soumettre à toutes les exigences de ses adversaires. Ceux-ci eussent-ils reculé au dernier moment, qui empêchait, disait-on, Savonarole • le faire l'épreuveà lui seul, et de fermer ainsi la bouche
à ses détracteurs ? Il n'était pas besoin, à tout prendre, que Rondinelli, un pauvre convers, pérît dans les flammes, pour que Pra Girolamo prouvât par un miracle la bonté de sa cause.
Sans doute les franciscains eurent aussi leur part de ridicule ; mais la passion de la foule les dégagea de toute responsabilité. Savonarole portait la peine de sa renommée et de la foi aveugle que tant d'hommes avaient eue en lui. Il ne fut pas pour cela une victime : le résultat fut tel qu'on devait l'attendre, et il eut lui-même le mérite de le pressentir. Que l'épreuve eût lieu, les deux champions étaient brûlés, selon toute apparence, ce qui ne prouvait rien contre les mineurs, mais beaucoup contre les dominicains. Qu'elle n'eût pas lieu, il était clair qu'on accuserait d'une reculade celui qui avait le plus à prouver. La pluie vient à tomber ? Pourquoi, par moins d'obstination, ne l'avoir pas prévenue ? Pourquoi ne pas recommencer l'épreuve le lendemain? Rien de tout cela n'échappa à la clairvoyance de Jérôme ; mais, pris entre ses amis et ses ennemis également impatients, il ne put leur opposer les seules raisons péremptoires contre une telle folie, car il les avait infirmées d'avance en proposant, à plusieurs reprises, de passer lui-même au milieu des flammes. Proposition insensée, qui avait fait écrire à l'un des biographes cette réflexion également à la charge des deux partis : « Que lorsque les vrais serviteurs du Christ ont voulu prouver la vérité des maximes évangéliques, ils n'ont pas imaginé le frivole expédient de changer d'habits ou la téméraire idée de tenter Dieu. »