LIVRE I, CHAPITRE II
ses réponses, l'étondue de sa seience. L'intérêt que les disputes théologiques excitaient à cette époque avait attiré à Rcggio le fameux Pic delà Mirandole. Il fut frappé des talents supérieurs de Fra Girolamo, en fil part à Laurent de Médicis, dont il était l'ami, et l'engagea vivement à ne pas laisser une si belle intelligence dépérir et s'éteindre sous le gouvernement brutal des Sforce.
Les auteurs qui nous rapportent ces faits ajoutent que Laurent consentit, sur la prière de Pic, à rappeler Savonarole à Florence ; mais cela semble peu vraisemblable, si l'on songe qu'il s'écoula encore près de quatre années avant que Jérôme revînt en Toscane. L'initiative paraît avoir été prise par l'un des supérieurs de l'ordre, le vicaire général peut-être, qui écrivit au prieur de Saint- Marc pour l'inviter à reprendre le jeune religieux comme lecteur. Le prieur, ayant consenti, fit faire auprès de Savonarole (juillet 1489) les démarches convenables, et celui-ci fut renvoyé à Florence lorsqu'il eut accompli les différentes missions dont ses supérieurs de Lombardie l'avaient chargé. Ceux qui prétendent qu'il se rendit à la prière de Laurent de Médicis devraient expliquer comment ce prince aurait lardé trois ans à suivre le conseil de son savant ami, ou pourquoi Jérôme aurait mis tant de relard à répondre à une si flatteuse invitation.
Ce n'est qu'à partir de ce moment qu'il est possible de suivre Fra Girolamo sans interruption. Encore les textes récemment publiés par le P. Marcbèse et quelques documents inédits ne permettent-ils que d'indiquer les villes où il séjourna avant de se rendre à Florence. En juillet 1489, nous le trouvons à Bologne, ou l'offre lui parvint de reprendre ses fonctions de lecteur; le jour de Noèl de la même année, il est derechef à Brescia ; en janvier 1490, il est à Pavie; en février et mars suivants,
il prêche le carême à Gênes : pérégrinations qui paraissent avoir échappé à tous ses biographes. Ce n'est qu'après avoir rempli ces engagements, sans doute contractés à l'avance, qu'il put se rendre à Florence et rentrer au couvent de Saint-Marc (1490).
Il voulut faire le chemin à pied, sans doute pour donner Fexemple de la simplicité chrétienne, qu'il recommandait dans tous ses discours ; mais ses forces ne furent pas à la hauteur de son courage. Arrivé à Pianora, petit bourg à huit milles de Bologne, la fatigue le força de s'arrêter. La légende le suit dans ce voyage : elle nous montre le Tout-Puissant envoyant à son serviteur un compagnon inconnu, qui lui fait servir à l'auberge des mets propres à le restaurer, qui poursuit la route avec lui pour le protéger, et qui disparaît à la porte San Gallo de Florence, sans qu'on ait pu savoir depuis ce qu'il était devenu;