‹ Jérome SavonaroleChapitre 143 sur 215 · LIVRE IN, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE IN, CHAPITRE VI

la congrégation serait-elle supprimée, et les couvent (jui en faisaient partie réunis aux autres maisons de Lombardie et de Toscane. Cette incertitude et ces dangers donnaient, dans ce moment-là, beaucoup d'influence à l'opposition qui avait grandi sourdement, pendant les dernières années, à l'intérieur de Sainl- Marc ; elle rallia même quelques-uns des plus dévoués, qui, par intimidation ou par découragement, renièrent leur ancien maître. La seigneurie venait d'appeler six de ces religieux pour assister comme témoins à la lecture du procès, et elle n'avait eu garde de les prendre parmi ceux qui étaient restés fidèles au malheur : le choix du traître Malatesta en est la preuve. Ces moines furent suis doute abusés par la lecture de Ser Ceccone : rien n'est plus croyable dans la disposition d'esprit où ils étaient. L'accusé ayant refusé de se défendre et même de protester, ils durent, de retour au couvent, dire à leurs compagnons que Fra Girolamo avait tout avoué, et que, pendant sept aimées, ils avaient été dupes d'un tombe. Cette déclaration, corroborée par le récit des détails de la séance, entraîna encore quelques esprits hésitants, et la réaction se trouva bientôt assez forte pour que les opposants eussent la majorité et pussent agir au nom du couvent. Que devaient-ils faire? Se laisser persécuter? Ruiner cette antique et sainte maison pour rester fidèles à un imposteur? Mieux valait sauver ce qui restait de leur splendeur passée.

Deux jours après, le 21 avril, ils écrivirenl au saintpère une lettre d'excuses, où, tout en rendant honmi àSavonarole pour le bien qu'il avait fait, ils reconnaissaient avoir èié trompés par lui, et protestaient de leurs bonnes intentions et de leur innocence. Us rejetaient sur l«'s plus jeunes d'entre eux et sur la nécessité de se dé-

Icndre le scandale de la bataille. Enfin, arrivant au véritable sujet de leur lettre, ils suppliaient le pape de ne pas détruire leur congrégation, de maintenir leurs privilèges, et de leur permettre de nommer un vicaire général. Pour être plus assurés du succès, ils prièrent la seigneurie d'appuyer leur demande, ce qu'elle fit très-volontiers et à plusieurs reprises l.

Quelques jours plus tard, le 24 avril, deux frères de Saint-Marc partirent pour Piome avec des lettres de recommandation que la seigneurie leur avait données pour l'orateur Bonsi, qui devait les introduire auprès du saint-père et plaider leur cause avec eux.

Le 14 mai, le pape répondit à la lettre qu'on lui avait écrite que le général de l'ordre, Joachim Turriano, envoyé par lui à Florence pour juger Savonarole, lèverait l'interdit qui pesait sur Saint-Marc. Mais il refusait positivement de maintenir la séparation qu'il avait accordée quelques années auparavant.

1. Voy. à l'appendice (n° xvn) la lettre de Saint-Marc au pape ainsi que la réponse (n° xvm). Cette démarche avait échappé à tous les historiens.

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