‹ Jérome SavonaroleChapitre 142 sur 215 · LIVRE lll, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE lll, CHAPITRE VI

stances de Scr Cccconc, qui alla le relancer jusque dans sa prison1.

La seigneurie avait hâte de se débarrasser d'un prisonnier contre qui l'on n'avait aucun grief assez sérieux pour motiver une condamnation capitale, mais elle trouvait encore le temps de poursuivre ceux qu'elle appelait complices. Elle avait procédé à l'interrogatoire de plusieurs d'entre eux; elle leur avait fait un crime d'avoir apporté des armes à Saint-Marc et de s'y être détendus contre la force publique, ce qui n'était pas vrai, puisqu'à l'arrivée du capitaine Giovaccbino le combat avait cessé. On alla jusqu'à leur reprocher d'avoir signé une pétition; au besoin, on les eût accusés d'avoir médit l'an passé d'une seigneurie qui était à peine depuis deux nmis au pouvoir. Ne pouvant les frapper tous, les prieurs, qui s'étaient faits Arrabbiati, du premier au dernier, depuis que le succès était de ce côté-là, choisirent les plus coupables pour sévir contre eux. Dix personnes furent condamnées à l'exil, à une amende, et privées pour un temps de leurs droits civiques. C'étaient ceux que les témoins, dans leurs dépositions, avaient représentés comme les plus influents du parti : André Cambini, François dei Pugliese, Dominique Mazzinghi, François Davanzati, Lionel Boni, Fierre Cinozzi. Seize autres, réunis dans une seconde catégorie, furent condamnés simplement à une amende qui varia de trois mille à cent cinquante florins. Au nombre de ceux-ci figurent Pagolantonio Soderini et Jean-Baptiste Ridolii, le premier pour trois mille, le second pour cinq cents florins. A leur suite venait un nom modeste encore et presque

1. Les biographes prétendent qu'il prédit à ce misérable qu'il serait morl avant six mois, el que coite prédiction se vérifia.

obscur, mais à qui appartenait l'avenir : celui de Nicolas Machiavel, condamné à deux cent cinquante florins4.

En même temps la seigneurie rappelait à Florence plusieurs citoyens exilés les années précédentes à cause de Savonarole : entre autres François Cei, qui avait lait contre lui un sonnet mordant.

Malheureusement pour sa renommée , la seigneurie, dont les pouvoirs expiraient , ne se borna pas à ces châtiments. Elle voulut, avant de se retirer, assurer d'une manière stable le triomphe du parti auquel elle s'était livrée. Elle se défiait du grand conseil : personne ne pouvait se dire le maître dans une si grande assemblée, quoique pour lors l'influence des Arrabbiati parût y dominer ; personne ne pouvait donc répondre qu'il ne s'y fît, du jour au lendemain, un brusque revirement. C'est pourquoi, le jour où Ton devait élire ses successeurs , la seigneurie fit mettre hors du conseil, avant le vote, deux cents citoyens choisis parmi les plus obstinés partisans de Fra Girolamo. Par ce moyen, elle fit nommer qui elle voulut, et le nom du nouveau gonfalonier de justice, Yeri de Médicis, était de mauvais augure pour les vaincus. Pierre Popoleschi put donc en toute confiance commettre au nouveau magistrat le soin de prononcer sur le sort des trois prisonniers et de toute la communauté de Saint-Marc.

Au reste, celle-ci avait déjà pris ses précautions pour se mettre à l'abri de l'orage. On ne savait pas encore ce que le gouvernement déciderait pour l'avenir ; peut-être

1. Machiavel était puni pour un péché de jeunesse dont il était déjà revenu. S'il avait été partisan de Savonarole , il s'était détaché de lui à mesure que sa raison avait mûri, et il n'avait déjà plus rien de commun avec les Piagnoni , comme on le voit par une de ses lettres (Lettre famil. , 8 mars 1498, — 1497. vieux style).

Page 1