‹ Jérome SavonaroleChapitre 145 sur 215 · Voy. à l'appendice (n'J xix · texte numérisé non relu

Voy. à l'appendice (n'J xix

LIVHE III, CHAPITRE Vil. 307

pris de Je voir s'associer à la vengeance du pape contre un de ses subordonnés; on l'est surtoul d'apprendre qu'il avait consenti à recevoir la sentence toute faite, ce dont son collègue se vantait avec une violence étourdie : Nous ferons, disait-il, un beau feu, car je porte sur moi la condamnation. Mais tout devait être iniquité dans ce procès.

Le 20 mai, lendemain de leur arrivée, Romolino fit comparaître devant lui Savonarolc et Silveslre. Jérôme maintint la vérité de ton le sa doctrine, déclara que ses rétractations lui avaient été arrachées par la douleur, qu'il les désavouait de toutes ses forces, mais ne pouvait répondre de ne pas se rétracter encore, si on le soumetlait de nouveau à la question. C'était un spectacle admirable que cette lutte entre la faiblesse de la chair el l'énergie d'une Ame courageuse. Savonarolc ne craignait pas la mort, ni même les souffrances à venir; mais il prévoyait les défaillances de ses sens au moment des supplices, et il protestait à l'avance contre elles. Romolino, subjugué malgré lui , trahit son dépit par des injures et des menaces qui furent bientôt suivies d'effet : Ira Girolamo fut mis de nouveau à la torture. 11 fit alors tontes les rétractations qu'on voulut, et pour éviter de nouveaux tourments, il s'enveloppa, comme la première fois, dans une obscurité de langage qui permit à ses bourreaux d'interpréter sa pensée à leur gré. On arracha sans peine des aveux au faible Silvestre. Quant à Buonvicini, on ne sait pourquoi il ne l'ut pas compris dans celle nouvelle instruction ; mais le hruil de celte particularité s'étanl répandu dans la ville, on crut généralemenl que son innocence était reconnue, ou qu'on lui prêtait trop peu d'intelligence pour croire qu'il eût l'ait le mal spontanément el sciemment, et l'opinion

s'accrédita qu'il serait bientôt remis en liberté. Mais un Arrabbiato, plus soupçonneux que clairvoyant, vint dire à Romolino que si on laissait la vie à Fra Domenico , il reprendrait l'œuvre de Savonarole, et que toutes les rigueurs du monde ne serviraient de rien, si l'on n'extirpait avec la racine toutes ses ramifications. Le commissaire répondit négligemment : « Un mauvais moine de « plus ou de moins, peu importe, » et la mort de Fra Domenico fut décidée.

Les réponses de Jérôme et de Silvestre, consignées par écrit, formèrent ce que les uns ont appelé le troisième, et d'autres, plus exacts, le quatrième procès; mais il n'en reste aucune trace. Yivoli nous apprend que Romolino le rapporta à Rome quand sa mission fut accomplie, et qu'on n'a jamais pu le retrouver. Cette rédaction fut lue publiquement par un notaire dans la grande salle du conseil , en présence de tous ceux qui voulurent s'y rendre ; mais l'accusé, les magistrats étaient absents ; c'était manquer à toutes les formes de procédure usitées dans ce temps-là. Le notaire, après avoir lu, ajouta : « Ayant été demandé à Fra Girolamo s'il confesserait toutes ces eboses en public, il a répondu : — Je craindrais d'être lapidé. » Les uns virent dans ces paroles une nouvelle infamie du frère , les autres un subterfuge de ses ennemis pour l'empêcher de protester de son innocence , et chacun se retira mécontent.

Le 22 mai, sur le soir, on vint annoncer aux condamnés que l'exécution de la sentence de mort, rendue contre eux sans publicité, aurait lieu le lendemain. Savonarole reçut cette nouvelle avec calme ; depuis longtemps il attendait le martyre. On lui donna, suivant l'usage , un compagnon pour passer la dernière nuit.

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