‹ Jérome SavonaroleChapitre 150 sur 215 · LIVRE HI, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE HI, CHAPITRE VIII

Cependant il est juste de dire que cette légende pro- Kgieuse ne fut point encouragée par Savonarolc. A la réserve de la proposition inconsidérée qu'il fit de rendre [a vie à un cadavre, on le voit protester sans cesse qu'il ne fait pas de miracles. Ceux qui seraient persuadés, lit — Il quelque part, sont précisément ceux qui n'auraient pas besoin de l'être , et les autres persisteraient dans leur incrédulité. Il ajoutait que tous les prophètes n'araient point été des thaumaturge», et il citait pour exemple saint Jean-Baptiste. Peut-être, indépendamment ie ces raisons , craignait-il , comme sa conduite dans l'affaire du feu permet de le croire, que l'impulsion divine dont il se sentait pénétré n'allât pas jusque-là.

Savonarole était forcé à ces dénégations fréquentes par l'audace imprudente de ses amis , qui lui attribuaient, même de son vivant, des miracles qu'il avait intérêt à àémentir, pour ne pas s'exposer à une trop facile confusion ; mais c'est surtout après sa mort que se forma sa légende. On a vu, dans le cours de cette histoire, quelques-uns de ces faits merveilleux : ceux qui sont d'une interprétation facile et n'ont paru des miracles qu'à des esprits crédules et prévenus , et ceux qui paraissent avoir été répandus dans le public pendant que Savonarole pouvait encore les démentir. Il reste maintenant à indiquer les autres , qui sont infiniment plus nombreux.

Le point de départ de toute cette légende est un curieux parallèle entre Jérôme et Jésus-Christ. Pic, à qui revient l'honneur de l'invention, en obtint un grand succès parmi les Piagnoni, malgré la puérilité de la comparaison. Savonarole, comme le Christ, a été envoyé pour sauver le genre humain au prix de son sang ; comme le Christ , il attaque les fausses interprétations de la loi ,

les traditions ; comme lui, il prêche de parole, mais surtout d'exemple; comme lui, il attaque les pharisiens et les prêtres de la loi, et est attaqué, poursuivi par eux; tous les deux ont prophétisé et fait des miracles ; on les a faussement accusés tous les deux pour plaire soit à César, soit au souverain pontife; tous les deux, après avoir prédit leur fin tragique, sont morts en croix à la même époque de l'année, l'un entre deux larrons, l'autre entre deux amis. Insultés au moment du supplice , ils ont vu du haut du ciel leur doctrine se propager après leur mort et leurs ennemis périr misérablement.

Cette étrange comparaison, dont un terme au moins était singulièrement injurieux pour Silvestre et Buonvicini, est de l'homme qui a le plus contribué à créer et à alimenter la légende de Savonarole. On conçoit donc avec quelle défiance il faut le suivre dans les aventureux écarts de son imagination.

Bien avant la naissance de Savonarole, une foule de personnes avaient été averties, par des visions extraordinaires, de la prochaine venue d'un prophète. Un moine, nommé Albert, prédit sa naissance, sa mission, l'ordre religieux dans lequel il doit entrer et sa mort entre deux de ses fils. Un chanoine de Florence annonça un jour qu'un dominicain serait appelé à régénérer le monde, et huit ans plus tard, ayant entendu prêcher Savonarole, il reconnut que c'était de lui qu'il avait voulu parler. Une religieuse allemande, une religieuse de Brescia, une veuve de Gênes, avaient fait de semblables prédictions. Et ainsi, voilà une foule de personnes vulgaires presque transformées en prophètes pour annoncer la venue d'un seul.

Pendant sa vie publique , Jérôme fut béni par la Vierge, entouré d'anges et de rayons : mille témoins

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