‹ Jérome SavonaroleChapitre 16 sur 215 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

avait grandi, et l'on prêtait déjà plus d'attention à ses paroles. Aussi ses leçons, destinées aux noviees, attirèrent-elles bientôt tous les religieux du eouvent, et même des personnes du dehors, dont le nombre croissait de jour en jour. La salle où sans doute il parlait d'abord étant devenue trop petite, Jérôme dut deseendre dans le jardin du couvent1. Là, se plaçant sous un rosier ou à l'entrée d'une chapelle, il poursuivit le cours de ses pieuses et savantes instructions. Mais, soit que la foule s'accrût encore, soit à cause des variations de la température, soit enfin que ses paroles se perdissent en plein air, on demanda au prieur de Saint-Marc, le père Dominique de Finario, qu'il accordât l'église aux leçons de Savonarole. Le prieur ne lit aucune difficulté, mais Fra Hieroniino demanda le temps de réfléchir. A la fin, il se décida et annonça qu'il prêcherait le lendemain, ajoutant, s'il faut en croire ses biographes, qu'il continuerait ainsi pendant huit ans.

Ce passage du jardin à l'église a une autre portée que celle d'un changement de lieu. La différence de sens qu'il y a entre les deux mots italiens catedra (chaire de professeur) et pulpito (chaire de prédicateur) l'indique assez. Cette dernière convenait mieux au grave sujet dont Savonarole se proposait de parler aux Florentins ; ses paroles devaient avoir plus de poids tombant du haut de la chaire évangélique, et, malgré ses hésitations apparentes, il dut être au comble de ses vœux. Il était prêt : il avail triomphé de l'indifférence générale. Bien qu'à cette époque il y eut encore dans sa manière, dans sa

1. Ce jardin est aujourd'hui séparé <lu couvent par la petite rue qui unit la via Larga a la via del Maglio. Il est une dépendance de la douane.

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prononciation, dans ses gestes, quelque chose qui repoussait les auditeurs, la profondeur de ses pensées, l'intérêt et la nouveauté des choses dont il parlait faisaient oublier les défauts extérieurs qu'il avait tant de peine à corriger.

L'autorité que ce changement de lieu allait donner à sa parole ne lui échappa point ; mais il sut ménager son succès avec beaucoup d'habileté, et ne le prendre que peu à peu sur un ton plus élevé. Il nous raconte luimême comment il s'y prit dans ces premiers temps :

« Le 1er août de cette année (1490), un dimanche, je commençai à expliquer publiquement l'Apocalypse dans notre église de Saint-Marc. Pendant tout le cours de cette année-là , je continuai à développer aux Florentins ces trois propositions : 1° La rénovation de l'Église doit avoir lieu de notre temps; 2° Dieu frappera toute l'Italie d'un grand fléau avant cette rénovation; 3° ces deux choses arriveront très-prochainement. Je m'efforçai de démontrer ces trois points à mes auditeurs , et de les leur persuader par des arguments probables, par des allégories de l'Écriture sainte, par d'autres similitudes ou paraboles tirées de ce qui se fait dans l'Église. J'insistai sur des raisons de cette nature, et je dissimulai la connaissance que Dieu me donnait de ces choses par d'autres moyens , parce que les esprits ne me paraissaient pas alors en état de comprendre ces mystères. »

Le succès d'un enseignement si savamment calculé fut immense. L'église de Saint-Marc parut trop petite pour contenir les flots d'auditeurs qui s'y pressaient : beaucoup furent obligés de grimper sur les murailles du chœur, ou de s'accrocher aux grilles des chapelles. Un triomphe si durable valut à Savonarole l'honneur de prêcher le

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