‹ Jérome SavonaroleChapitre 17 sur 215 · LIVRE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE III

carême suivant (1491) à Santa Reparata, cathédrale de Florence. Il continua, suivant le môme système, à ne parler jamais de ses révélations, et à ne s'adresser qu'à l,i raison de ses auditeurs. Il procéda ainsi avec lenteur et circonspection : « Peu à peu, dit-il, dans les années suivantes, trouvant les esprits plus disposés à croire, je nie hasardai à introduire assez souvent dans mes discours le récit de quelques visions; mais je ne les donnai jamais pour des visions prophétiques : je me bornai à les proposer en guise de paraholes. »

Il ne s'enhardit qu'à la longue, et ne commença qu'assez tard à dire au peuple qu'il n'était, pour ainsi parler, que le porte-voix de Dieu, et qu'il avait des rations plus sérieuses de soutenir les trois points de sa llicse que les raisons raisonnables. Cette nouveauté ne déplut pas, et Savonarole continua de marcher dans cette voie : annoncer les choses de l'avenir, non comme conjectures de la sagesse humaine, mais comme révélations d'en haut; s'identifier avec la Divinité, au point d'oser dire que s'il mentait, c'était Dieu qui mentait par sa bouche ; condamner, par une conséquence nécessaire, tous ceux qui ne croyaient pas à la parole du prophète , et les envoyer en enfer, telle fut l'attitude que prit Savonarole. « C'est de ce ton là, dit Bayle, qu'il faut parler, quand on veut rendre efficace sur les peuples ce qu'on prêche prophétiquement; mais le retour de ce voyage est un peu à craindre. » Tout était donc nouveau dans lia Girolamo : la forme et le fond. Il aurait fallu, pour trouver quelque chose de semblable, remonter jusqu'aux prophètes juifs, dont il s'était nourri et dont il prétendait renouer la tradition.

Il aurait peut-être tardé davantage à se lancer ainsi sur une nier inconnue, s'il n'avait subi, sans s'en douter,

l'influence d'un homme très-médiocre, Fra Silvestro Maruffi, qui vécut jusqu'à la fin dans son intimité, et dont le seul mérite était un dévouement sans bornes. Fra Silvestro croyait aveuglément à tout ce qui était d'un ordre surnaturel : et grâce à quelques accès de somnambulisme, il passait auprès des simples pour avoir des visions. Savonarole fut-il de ceux qui pensaient qu'un somnambule tient de plus près à la Divinité que les autres hommes? Il se peut qu'il ait participé par cette opinion, comme les plus grands esprits de son temps, à la crédulité générale ; mais on ne saurait admettre ce qu'on lui fait dire dans son procès, qu'il emprunta à Silvestro la plupart de ses visions K On doit reconnaître seulement que l'amitié d'un homme si étrange ne dut pas être sans influence sur lui, et qu'elle put même hâter le moment où il parla sans restriction aux Florentins.

Tout l'éclat du succès n'empêcha pas qu'une partie de Florence ne se montrât scandalisée de la hardiesse du prédicateur. Des discussions eurent lieu entre ses partisans et ses adversaires. La querelle s'envenima et fit tant de bruit, que Savonarole, non encore aguerri aux luttes publiques et intimidé par l'opposition qu'on lui faisait, voulut s'arrêter et suivre désormais l'ornière où ses devanciers avaient marché. Mais son projet de réforme s'était à ce point rendu maître de lui, que tout autre sujet d'études ou de réflexions lui paraissait fastidieux. Un jour, pourtant, il essaya de préparer pour le lendemain un sermon sur des sujets rebattus; mais ce fut en vain: « Dieu m'est témoin , dit-il , que tout le samedi et toute la nuit du samedi au dimanche, jusqu'au jour,

1. On verra plus loin (liv. III, chap. iv) dans quelle mesure il convient d'accepter ou de rejeter les aveux du procès.

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