LIVRE III, CHAPITRE IX
verncment. II avait cependant été stipulé qu'ils ne rentreraient que comme simples citoyens.
Pour venger la foi violée et la liberté perdue , une conjuration fut ourdie , plus légitime sans doute que celle de Bernard del Nero; mais les conjurés ne furent pas plus heureux. Pierre-Paul Boscoli et Augustin Capponi furent mis à mort, leurs complices exilés, et Machiavel, quoiqu'il se défendît d'être pour rien dans cette affaire, mis à la torture et banni de Florence (1513).
Grâce à ces rigueurs, tardivement tempérées par une amnistie qu'octroya le pape Léon X, à l'époque de son exaltation, les Médicis purent régner paisiblement en apparence. Mais le feu couvait sous la cendre. Ces enfants de dix à vingt ans qui avaient suivi avec tant d'ardeur les prédications de Savonarole et s'étaient montrés si dociles à sa voix, étaient devenus des hommes d'un âge mûr. Plus de dix ans de servitude sous les Médicis, irrités d'un long exil dont ils voulaient venger l'outrage, avaient fait oublier les vices de l'État populaire, tel que le célèbre dominicain l'avait organisé. On ne se souvenait plus que de la liberté et des mœurs pures qui régnaient dans cet autre âge d'or. La lecture des œuvres et des sermons de Fra Girolamo, les récits et les commentaires de ceux qui avaient assisté ou pris part, acteurs ou témoins, à la révolution de 1494, enflammaient toute une jeune génération élevée dans les austères principes que leurs familles avaient religieusement conservés. Elle brûlait de voir revivre les anciens temps, et de se faire, elle aussi, une place et un nom dans les annales de la patrie. On n'attendait plus qu'une occasion pour se défaire des Médicis : elle se présenta bientôt.
La nouvelle du sac de Rome arriva à Florence le 11 mai 1527. La population de cette ville, plus familia-
risée qu'on ne l'est généralement de nos jours avec les idées et les combinaisons politiques , ne vit pas sans raison, dans cette rupture entre Charles -Quint et le saint -siège , un événement très -heureux. On pouvait chasser les tyrans. Le pape Clément VII était seul intéressé à les'rétablir. Or, par ses propres forces, il ne le pouvait; il n'aurait osé s'adresser à François Ier, protecteur de la république florentine, et l'empereur se retirait de lui. Ce n'était donc pas un acte de jeunesse et d'étourderie que cette revendication de la liberté : on ne pouvait savoir alors que Charles-Quint et Clément VII se réconcilieraient promptement, et que François Ier refuserait, sous de vains prétextes, de soutenir ses fidèles alliés.
Nicolas Capponi, fils de Pierre Capponi, et respecté autant pour son intégrité et sa modération personnelles que pour l'éclat de son nom, se mit à la tête du peuple avec Philippe Strozzi, plus ambitieux que patriote. Il fallait sans doute des hommes aussi considérables pour entraîner leurs concitoyens; mais ils étaient d'un funeste augure pour la restauration de la démocratie, car ils appartenaient tous les deux au parti aristocratique. Soulevés par eux, les Florentins se rassemblent et condamnent Hippolyte et Alexandre de Médicis à sortir de la ville, en compagnie du cardinal Passerini. C'était là ce qu'il y avait de plus facile à faire; le plus difficile fut de s'entendre. On vit en présence tous les partis qui avaient agité la république au temps de Savonarole. Les Palleschi étaient toujours opposés aux patriotes, alors désignés indifféremment sous les noms de Piagnoni et d'Arrabbiati; entre ces deux factions contraires , le parti des Ottimati, dont Nicolas Capponi était le chef. La haute réputation de ce citoyen illustre rallia autour de lui un gran(J