‹ Jérome SavonaroleChapitre 159 sur 215 · LIVRE HT, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE HT, CHAPITRE IX

que les autres s'unissaient étroitement avec les Pallcschi, qui préparaient le retour des Médicis.

Ce parti resta quelque temps encore maître de la situation; mais il fut lui-môme l'artisan de sa ruine. Bernard Ruccellai, l'un d'entre eux, avait été nommé gonfalonier de justice, pour entrer en fonctions le 1er novembre 1498. Soit qu'il ne voulût pas servir les projets criminels de ses amis, soit qu'il manquât de hardiesse, il feignit une maladie; et, ne s'étant pas rendu au palais dans le temps fixé par la loi, il fut déclaré démissionnaire et remplacé par Guidantonio Vespucci, partisan bien connu de l'Etat aristocratique.

Le nouveau gonfalonier, plus entreprenant, proposa diverses mesures utiles pour préparer ses desseins : elles furent toutes rejetées. Il se tourna alors d'un autre côté, et lit dire sous main aux mécontents , qu'il croyait les plus nombreux dans le conseil, que s'ils étaient opposés aux institutions démocratiques, ils n'avaient qu'à le faire savoir à la seigneurie, qu'ils trouveraient très-disposée à écouter leurs ouvertures. Le secret fut mal gardé : les amis de la liberté, informés de ces complots, firent un grand tumulte , insultèrent Vespucci , et , oette tentative ayant avorté, les institutions politiques de Florence, dont le grand conseil était la clef de voûte , ne furent pas modifiées.

Les choses allèrent ainsi jusqu'en 1502. Mais l'organisateur du gouvernement démocratique n'était plus là pour le guider dans sa voie. Les magistrats s'égarèrent ; leur faiblesse ne sut pas dominer les partis. On chercha de tous cotés la cause d'un mal si ancien; on crut l'avoir trouvée dans la trop courte durée de la suprême magistrature, et, comme remède, on imagina de créer un gonfalonier à vie. Pierre Soderiui obtint cette charge,

dont son incapacité le rendait indigne : au lieu de s'employer à guérir et à relever Florence, il assista impassible à sa lente agonie. Machiavel, secrétaire de la république et ambassadeur sous la dictature de cet homme médiocre, ne fut ni plus hardi ni plus heureux. Son esprit net et sa science profonde le conduisirent au même résultat. Calculant avec la sinistre précision du médecin ce qui restait d'heures à la liberté, il fut incapable d'un de ces efforts héroïques et désespérés qui retardent quelquefois les arrêts du destin : il avait l'esprit plus grand que l'âme. Sans s'en apercevoir, Florence s'était elle-même donné le coup fatal. Si une dictature durable, remise à des mains fermes, à un génie hardi et novateur, peut être le plus fécond de tous les gouvernements , elle en est le plus déplorable, lorsque le choix des citoyens s'est égaré ; alors il ne reste plus même la chance qu'ont encore les États libres mal gouvernés, de remplacer un mauvais magistrat par un meilleur.

Toutefois, les partisans des Médicis n'eurent pas de peine à jeter à bas le gonfalonier (1512). Loin de résister à tant d'audace , il demanda humblement la vie , s'enfuit à Ancône, puis à Raguse, d'où il se rendit plus tard à Rome, pour se remettre à la discrétion de Léon X , qui le prit en pitié et lui accorda l'hospitalité.

Ce fut pourtant pour son seul acte de fermeté qu'un homme si faible pensa perdre la vie. Il avait refusé au pape Jules II d'abandonner la cause de Louis XII et d'entrer dans la sainte ligue. Pour punir Florence de son obstination , les alliés rétablirent Julien de Médicis et son frère le cardinal Jean, et ceux-ci, abrogeant toutes les lois portées depuis 1494, réformèrent l'État de manière à ne plus rencontrer d'obstacles dans leur gou-

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