‹ Jérome SavonaroleChapitre 165 sur 215 · LIVRE ITT, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE ITT, CHAPITRE X

gnait seulemenl de la direction profane que les prédica leurs donnaient à leurs lectures, parce que , ainsi préparés, ils ne, faisaient plus de conversions. Persuadé qu'il n'y a pas de meilleur maître, pour des esprits chrétiens, que la Bible et L'Évangile, il voulait qu'on se bornât à réciter l'un et L'autre, toutefois avec les développements et les explications nécessaires pour faire comprendre le texte et prévenir de fausses interprétations.

La croyance dont il était pénétré que par ce système seul on pourrait ramener les esprits au culte de la vérité et à la pureté des anciens chrétiens, le détermina à en faire l'essai sur lui-même. Les premiers échecs qu'il éprouva dans la chaire tiennent peut-être autant à la lurprise désagréable que causa un genre si nouveau qu'à ces défauts marqués dans le geste et la diction , dont parlent tous les auteurs. Ce n'était pas en un in* stanl qu'un auditoire accoutumé à voir semer devant lui toutes les fleurs de la rhétorique, et qui n'avait pas appris à les mépriser dans le commerce des anciens , pouvait s'habituer au langage simple et sévère que Savonarole venait lui parler. L'obstination du dominicain à prêcher toujours, quoique le désert se fit autour de lui, à lutter contre tous les obstacles que la nature et la coulumc lui suscitaient , témoigne d'une conviction si ferme et si profonde dans la vérité de son système, qu'elle commande l'admiration.

Les peuples se firent enfin à cette nouvelle manière. Avant <pie Savonarole eût triomphé des difficultés qu'il trouvait en lui-même, avant qu'il possédât celte chaleur de diction, celle passion dans le geste cl dans la \oi\ qui plus lard arrachèrent des larmes ou (les cris d'en-

thousiasme, tout Florence était déjà suspendu à st>s le-

3kk VIE DE SAVONAROLE.

vres. Tant il est vrai que la nouveauté de la doctrine, plus que les imperfections de l'orateur, avait longtemps éloigné les Florentins.

Lorsque Jérôme fut assuré du succès, il prit plus de hardiesse, et se corrigea en peu de temps de ces défauts extérieurs, sans avoir presque besoin d'y songer. Il ne tarda pas , devenu maître de ses moyens, à dévoiler ses projets de réforme oratoire. Il déclara qu'il voulait, en prêchant autrement que ses rivaux, démontrer la nécessité d'une rénovation ; mais qu'à cause des racines profondes que l'habitude jette en nous , il fallait procéder avec mesure et très-doucement. Il continua donc d'attaquer avec vivacité une mode qu'il voulait détruire, et de donner l'exemple de celle qu'il voulait lui substituer. Il n'eut besoin pour cela que d'être lui-même , et, une fois son texte choisi, de s'abandonner aux inspirations d'un esprit exercé par l'étude et nourri des livres saints. Aussi nul ne ressemble moins que Savonarole à ces prédicateurs académiques qui arrangent leurs phrases, comme Fléchier, ou Jeurs pensées , comme Massillon.

Mais il était naturel qu'un esprit supérieur, en se repliant sur lui-même pour corriger ses propres imperfections , dépassât le but qu'il s'était proposé d'atteindre. Ainsi Jérôme n'avait voulu réformer qu'une tendance et un système, sans s'arrêter aux détails : la nécessité de ne pas nuire par eux à son plan , de ne pas déprécier le modèle qu'il prétendait donner du nouveau genre , le força d'apporter à la forme même du discours de notables améliorations qu'il ne cherchait pas. Pour être intelligible , il diminua le nombre des citations dont les sermons étaient remplis d'ordinaire ; et si dans les siens il paraît y en avoir trop encore , il faut se reporter à

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