‹ Jérome SavonaroleChapitre 170 sur 215 · LIVRE III, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE X

postérité. Ce n'est pas qu'il manque d'images ; l'homme qui les répandait à profusion dans ses discours, ne pouvait les bannir de ses vers; mais il les y accumule sans choix ni mesure, et surtout il paraît croire que la poésie est là tout entière. Il ne prenait aucun souci du goût, de la couleur et de la vie. Quoiqu'il écrivît dans sa langue maternelle, il ne saurait soutenir la comparaison avec es hymnes latines de Santeuil ou de Coffin, et encore moins avec les chants gracieux de Laurent de Médicis. Il porta la peine de son dédain pour les Muses : elles se wngèrent cruellement, en lui refusant l'inspiration outes les fois qu'il la chercha. Si l'on veut trouver chez ui quelque trace du génie poétique, ce sont les sermons ]ii'il faut feuilleter.

Là, en effet, nous retrouvons Savonarole; là seulement l est tout entier. Ainsi sont les vrais orateurs: grands à a trihune ou dans la chaire, gênés, inférieurs à euxncmes dans le cabinet et la plume à la main. Hommes le lutte, ils ne valent que parla lutte et pour la lutte, et, 'il faut le redire une dernière fois, leurs ouvrages ne loi vent pas être considérés comme des livres, mais :omme des actes ou comme des armes pour le combat.

Savonarole prétend être prophète. — Fausses prédictions de Savonarole — Savonarole ne fut pas un imposteur. — II s'est trompé de bonne foi. — Causes de son erreur. — De l'extase. — De quelle manière Savonarole communique avec Dieu. — Son erreur est-elle une cause de folie? — De l'hallucination. — De la vision. — Savonarole ne fut ni malade ni fou. — Il subit l'influence des préjugés de son temps. — Ses visions furent un effet de sa volonté. — Opinions des historiens sur Savonarole. — Leur commune erreur. — Opinion de M. É. Rubieri. — Vrai caractère de Savonarole.

Nous ne terminerons pas ces études sans essayer de débrouiller une question que le lecteur a dû se poser à chaque page, mais qu'il convenait d'ajourner, tant que nous avions à apprendre quelque chpsc sur Savonarole. On a pu apprécier successivement en lui l'homme d'État, le réformateur, le théologien, le philosophe, l'orateur, l'écrivain ; mais fut-il un prophète ou un imposteur ? Tel est le problème que ses historiens et ses biographes se sont donné la tâche de résoudre, et qu'ils ont résolu par l'affirmation de l'un de ces deux termes extrêmes, sans soupçonner qu'il pût y avoir d'opinion intermédiaire. Ainsi, les uns ont implicitement condamné l'Église, en proclamant que Savonarole fut un prophète méconnu; les autres ont flétri sa mémoire, en l'accusant d'imposture.

Aucune de ces deux conclusions n'est la nôtre, et nous aurions reproduit bien infidèlement la vérité qui nous paraît évidente, si le lecteur hésitait encore sur le vrai

caractère de Savonarolc. Il ne fut ni ange ni démon, ni saint ni réprouvé, ni prophète ni imposteur; il i'ul un homme sincère mais abusé, et l'on peut voir en lui les grandeurs de la nature humaine à côté de ses faiblesses : le courage et la pour, l'amour et la haine, la vertu et la faute, la plus grande suite dans les idées et les plus frappantes contradictions. Mais, sur un point tant de fois i controversé et cependant si obscur encore, il ne suffit ipas d'affirmer, il faut prouver.

Il est hors de doute que Savonarole voulut passer pour prophète aux yeux de ses contemporains. Il s'en »défend quelquefois, et déclare qu'il ne s'est jamais dit 'prophète ni fils de prophète; mais ne niait-il pas également d'avoir jamais parlé du pape/ Ne prétendait-il pas n'avoir reçu aucun bref, aucune interdiction de prêcher avant l'excommunication? N'affirmait-il pas ne s'être jamais môle des affaires d'État ? Des textes aussi nombreux et plus décisifs prouvent qu'il tâchait de donner à ses paroles un caractère prophétique et de se faire passer lui-même pour l'envoyé de Dieu .

Quand il s'emportait contre les faux prophètes, ajoutant qu'il fallait les lapider, il est évident qu'il n'aurait pas voulu être confondu avec eux. Quand il osait dire que, s'il se trompait, son erreur était celle de Dieu même, il ne pouvait affirmer sa mission plus audacieusement. Quand il réfute ceux qui prétendent qu'on ne doit pas croire à la mission d'un prophète qui ne fait pas de miracles, il est clair qu'il parle pour lui-même, puisque, d'une part, il reconnaît ne pas faire de miracles, et que, do l'autre, il prétond être le porte-voix do Dieu. Quand il prouvait qu'il avait le droit de prophétiser, il ajoutai! que ce que ses ennemis appelaient

des songes était des révélations. Il se faisait proclamer prophète par la Vierge Marie. Enfin , ce mot qu'il n'avait jamais voulu dire dans tout le cours de ses prédications : Je suis prophète, il le dit expressément dans son Traité de la vérité prophétique, et il déclare que c'est une faveur spéciale que Dieu lui a faite.

Ainsi il est certain que Savonarole a voulu passer pour prophète et faire croire qu'il recevait de Dieu des lumières surnaturelles. Il ne l'est pas moins que cette prétention était insensée, et personne, ce semble, ne peut la prendre au sérieux. Mais comme on trouve encore, ne fût-ce qu'en Italie, de fervents catholiques disposés à admettre que Dieu envoie de temps à autre des prophètes au monde, et que Savonarole fut au nombre de ces hommes privilégiés, nous leur demanderons, avec l'évêque Catarino, si, pour prouver qu'un homme n'est pas prophète, il ne suffit pas de démontrer la fausseté d'une seule de ses prophéties. Gela ne saurait être contesté. Or, Savonarole prédit, en tant que prophète, le bonheur à Florence républicaine; il lui promit qu'elle soumettrait avant peu toute l'Italie, et, trente-deux ans après sa mort, la république florentine s'est abîmée pour ne plus se relever. Il annonça à maintes reprises que les Turcs et les infidèles se convertiraient avant dix ans à la religion chrétienne. L'homme qui se trompait aussi gravement et qui ne pressentait pas même qu'au lieu de faire des néophytes le catholicisme était à la veille de perdre la moitié de l'Europe, ne peut être regardé comme un prophète. Faut-il donc le ranger parmi les imposteurs?

Sa vie, ses sermons, ses ouvrages s'élèvent contre une si grande injustice. Les imposteurs cherchent à s'insinuer et se gardent le plus souvent de la violence :

Sa\onarolc voulut s'imposer, il ne fit jamais de concessions et ne mit pas de bornes à ses emportements. Si une vie pure ne suffit pas pour prouver que celui <|ui la mène a reçu de Dieu des lumières surnaturelles, elle sulïit au moins pour faire croire qu'il ne fut pas un hypocrite. Le but élevé que Savonarole se proposait, les moyens mêmes qu'il employa pour l'atteindre ne permettent pas de l'accuser de fourberie. On ne peut nier qu'il ait commis des fautes et demandé quelquefois à la supercherie le triomphe de ses doctrines ; mais quel est donc l'homme qui n'a pas agi, une fois en sa vie, comme si la fin justifiait les moyens? Savonarole a pu quelquefois, voyant l'autorité qu'avaient ses paroles, lorsqu'il les donnait comme le Verbe de la sagesse divine, rattacher à celte origine sacrée des prescriptions politiques ou morales que sa raison ou son imagination lui avait inspirées, de même qu'il avait donné pour des textes de l'Ecriture certaines phrases sensées ou profondes qui ne s'y trouvaient pas, mais qui ne l'auraient pas déparée. Il ne fut pas pour cela un imposteur, car ces supercheries eurent toujours pour but le bien public : elles ne nuisaient à personne, et ne sont d'ailleurs qu'une exception dans sa vie. Presque toujours, lorsqu'il dit que Dieu parlait par sa bouche, il le crut très-sincèrement : sa bonne foi ressort à chaque instant de ses paroles, et la lecture de ses sermons ne laisse aucun doute à cet égard. Comment soupçonner la sincérité d'un nomma qui prononçait les paroles suivantes au moment où, poursuivi par ses supérieurs à Rome, par ses adversaires à Florence, il n'avait qu'à faire amende honorable, ou même une simple soumission, pour assurer son crédit el ses jours menacés : * Groyei-vous que si je voulais sortir d'ici, fouler ma

conscience aux pieds et ne pas obéir à ce qui m'a été dit, je ne saurais pas, même par les voies humaines, me mettre hors de ce jeu difficile ? Vous pourriez me persécuter ensuite tant qu'il vous plairait. Mais je sais que tout ce que je vous dis vient de Dieu. J'en suis certain, plus que je ne le suis d'être ici, dans cette chaire; oui, mille fois plus certain que je ne le suis de la blancheur de ce scapulaire que je porte sur ma poitrine. »

Ces paroles énergiques, il les prononça cent fois avec de légères variantes. Elles portent l'empreinte d'une parfaite sincérité. La droiture et l'unité des vues de Savonarole leur donnent en outre une certaine autorité. Ce réformateur convaincu ne s'écarta jamais du plan qu'il avait adopté pour arracher Florence et la chrétienté à une ruine imminente, et quand il fallut payer de sa vie une si noble ténacité, il sut mourir. « Je crois, dit Pascal, les histoires dont les témoins se font égorger. » Par son sacrifice, Savonarole mérite qu'on croie, sinon à la vérité de sa doctrine, au moins à la pureté de ses intentions. Il est trop facile d'accuser d'imposture ceux qu'on n'aime pas, et trop souvent ceux qu'on étudie peu et qu'on connaît à peine. Plus de justice est dû à ces hommes qui n'agitèrent le monde que pour le rendre meilleur, et qui, victimes de leur zèle, n'ont point dérobé le secret de leurs systèmes au jugement de la postérité. Il faut y réfléchir avant de les accuser de faire des maximes pour justifier leurs pratiques. Le temps n'est plus où l'on avait tout dit sur Mahomet en l'accusant de scélératesse et de fourberie, et l'on croirait difficilement aujourd'hui qu'une si grande révolution religieuse que la naissance de l'islamisme eût pu être accomplie par un misérable sans conviction.

Pour avoir échoué, Savonarole ne mérite pas qu'on use à son égard d'une moindre réserve. La trop courte durée de son triomphe, car c'est en cela que consiste son échec, ne saurait être un grief contre lui. La petite république de Florence ne pouvait défendre sa réforme politique contre les armes des souverains étrangers, ni sa réforme religieuse contre les fureurs d'un pape qui avait sous la main dix princes tout prêts à servir sa colère.

Il serait souverainement injuste de reprocher à Savonarole d'avoir fondé un gouvernement qui ne pouvait se soutenir. Ce n'est pas lui qui fut cause de l'expulsion des Médicis et de la révolution. Appelé à en diriger l'essor, il s'attacha à le comprimer, et ne lit autre chose que de rétablir un gouvernement dont Florence s'était bien trouvée pendant des siècles. Il sacrifia même, dans cette circonstance solennelle, ses [propres convictions, pour se plier aux habitudes et aux goûts du peuple qui semblait lui demander son salut. Ce fut un malheur pour ce grand homme de venir dans un temps et dans des conjonctures où la réforme politique se compliquait de la réforme religieuse et en compromettait le succès. S'il eut eu à catéchiser l'Allemagne au lieu de l'Italie, s'il eût pu, comme Luther, concentrer ses efforts, il eut peut-être retardé de bien des années le terrible déchirement qui allait éclater. En admettant même que, par suite d'une tendance naturelle à la synthèse, il soit responsable d'avoir trop embrassé, la grandeur de son but, l'honnêteté de sa vie, la fatalité qui s'attacha à lui doivent lui faire tenir compte de la double révolution qu'il accomplit, comme si le succès en avait duré des siècles. Après tout, son œuvre lui survécut et remplit le monde du bruit de sa chute.

Si, malgré ses affirmations réitérées, il n est pas vra que Savonarole ait été prophète, et si l'on ne peut croire cependant qu'il fût un imposteur, il reste qu'il ait été trompé lui-même, c'est-à dire qu'il se soit cru véritablement inspiré. Cette inévitable alternative n'a rien d'invraisemblable. Tout le monde, au moyen âge, sans en excepter ceux qui regimbaient à la foi, croyait aux esprits, aux apparitions, en un mot, aux phénomènes surnaturels. C'était pour eux un ordre de faits non moins incontestables et presque aussi communs que ceux de la vie réelle. Cette croyance générale était cause que chacun prenait pour des réalités tous les rêves de son imagination, et .ces visions, produit de la croyance générais, contribuaient à la fortifier et à l'entretenir.

Il était donc très-difficile à ceux-là même qui s'étourdissaient dans le tourbillon des affaires, de résister au courant de l'opinion qui portait alors tous les hommes à croire et à aimer le merveilleux ; mais cela devenait tout à fait impossible à ceux qui, retirés au fond de leur cellule, se plongeaient tout le jour, et souvent toute la nuit, dans l'étude et la méditation, et demandaient à Dieu de se dévoiler à eux face à face. Disposés par les idées où l'on avait élevé leur enfance à croire les choses les plus extraordinaires, il devait leur arriver, dans la contemplation, de prendre pour des réalités les fantaisies de leur esprit. De même que l'homme le plus sain d'esprit et de corps, s'il fixe trop longtemps ses regards sur un objet, finit par le voir sJagiter sous ses yeux, de même la raison cédait aux fantasmagories de l'imagination, et l'on avait ainsi mille récits merveilleux dont l'humanité se fit une habitude, et que le progrès tics lumières n'avait pas encore dépouillés de leurs séduc-

lions. Ces apparitions des êtres bienheureux, anges ou saints, étaient devenues si communes, que celle de

Dieu môme, qui aurait dû rester l'apanage de quelques privilégiés, appartenait à tous les chrétiens, pourvu qu'ils voulussent se placer dans les conditions convenables. Les moyens d'obtenir ces visions formaient une sorte de science : il ne s'agissait que de se mettre en extase.

A la condition d'aimer Dieu, on est sûr d'obtenir de lui ce précieux don de l'extase ; et si l'extase est un état supérieur, il est clair qu'elle cesse d'être, aux yeux de ceux qui admettaient la théorie de Savonarole, un phénomène extraordinaire. Sans doute il n'est pas donné à tous les chrétiens de le ressentir aussi complètement que sainte Thérèse, et d'en décrire comme elle toutes les phases, mais chacun peut prendre sa part du céleste banquet, et cette part est d'autant plus grande que nous avons plus de foi et plus d'aptitude à nous abstraire du monde extérieur.

Mais s'il suffit de prier avec ferveur pour que Dieu se révèle à sa créature, si le Seigneur ne peut se refuser aux supplications des bons chrétiens, combien l'intuition de la divinité ne doit-elle pas être plus parfaite chez ceux dont l'unique occupation est de prier et d'enseigner la loi aux autres hommes ! Pénétré de ces idées, qui.n'étaient que le développement logique des principes généralement admis de son temps, Savonarole dut bientôt se croire exaucé. Il eut dis visions, des apparitions; il entendit des voix qui lui annonçaient l'avenir et qui lui expliquaient le vrai sens de l'Écriture;

En général, Savonarole admettait (pie Dieu ne fait jamais aucune grande chose dans le monde sans la taire auparavant annoncer aux hommes par ses pro-

phètes. Quant à la manière dont ces communications avaient lieu, il pensait que les prophètes voyaient quelquefois la Divinité face à face, mais qu'elle se servait le plus souvent des anges comme intermédiaires entre elle et eux. C'étaient, en effet, des anges qui portaient ordinairement à Jérôme la parole de Dieu pour la transmettre aux hommes : il les voyait sous les formes les plus diverses et les plus étranges, comme nous l'apprend le Compendium. Ces visions avaient toujours un rapport immédiat avec les principaux points de la doctrine qu'il prêchait chaque jour, et il ne faut pas s'en étonner, car il ne pouvait voir dans son imagination que ce qu'il y mettait et ce dont il était constamment occupé. Or, cet homme extraordinaire voyait à travers un verre grossissant les faits mêmes de la vie réelle auxquels il avait eu le plus de part. C'est ainsi que, deux mois à peine après son ambassade à Charles Y1I1, il se figurait avoir été menaçant et terrible pour ce prince, quoique le discours qu'il avait prononcé dans celle circonstance, et publié peu après dans le Compendium, ne contînt rien que de fort respectueux. On peut croire que si Savonarole était sujet à de pareilles illusions sur des faits connus du public, il dut l'être bien davantage dans la solitude, alors que le recueillement, la prière, les macérations, le jeûne, la privation de sommeil exaltaient les puissances de son âme et domptaient momentanément celles de son corps. Dans cette vie intérieure, toutes les fantaisies de l'imagination devinrent des réalités pour le cénobite. La nuit, il allait au-devant de ces visions et de ces révélations ; le jour, il cherchait à s'en expliquer le sens mystérieux. Il en était presque toujours occupé, et elles devinrent pour lui une habitude.

Savonarolc subit donc l'influence d'une opinion généralement admise de son temps, et son esprit si facile à s'enflammer porta à L'extrême cette puissance factice de voir à volonté des êtres surnaturels et d'entendre la voix de Dieu. C'est ainsi qu'il se trompa lui-même et qu'il trompa ensuite les autres avec une entière bonne foi.

La médecine a vu dans cette faculté de forger à son gré d'imaginaires réalités, une maladie dont elle a fait une des variétés de la folie, et dont elle a décrit les caractères. De môme qu'elle a distingué la démonomanie, maladie de ceux qui croient voir des démons, elle a pour ainsi dire créé la théomanie, qu'un médecin décrit en des termes qui semblent se rapporter parfaitement à Savonarolc 1. Mais les descriptions les plus détaillées ne prouvent rien : elles pèchent toutes par l'origine. Refusant d'admettre comme réelles, en certains cas, des visions auxquelles les catholiques croient fermement, les médecins ont été conduits à supposer que ces apparitions proviennent d'un dérangement des sens ou de l'esprit. Ils ont fait de celte hypothèse un principe, et n'ont eu dès lors, pour avoir la physiologie de cet état, ou, comme ils ont dit, de cette maladie, qu'à observer le caractère des hommes sujets à de si étranges phénomènes et la forme sous laquelle ces phénomènes se présentent. Mais leur système n'est pas concluant, car ils posent en principe ce qui aurait besoin d'être prouvé, et ce que leurs adversaires sont loin (l'admettre, à savoir, (pie de telles apparitions n'ont aucune réalité sinon objective, (\u moins subjective.

Cetle doctrine ne s'en est pas moins accréditée. I.i l'acuité trompeuse de voir ou d'entendre ce qui n'est pas,

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