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CHAPITRE IY

Savonarole prieur à Saint-Marc, 1491. — Il refuse d'aller voir Laurent de Médicis. — Motifs de son refus. — Visites de Laurent à Saint-Marc.

— Ses tentatives pour gagner le nouveau prieur. — Incorruptibilité de Savonarole. — Ambassade de cinq citoyens à Savonarole. — Lutte, oratoire avec Fra Mariano de Ghinazzano. — Savonarole prêche le carême à Saint-Laurent, 1492. — Succès de sa prédication.

— Maladie de Laurent. — Son entrevue avec Savonarole: récit de Politien; récit de Burlamacchi. — Mort de Laurent, 8 avril 1492. — Pierre de Médicis interdit à Savonarole de prêcher. — Carême prêché à Bologne, 1493. — Hardiesse de Savonarole. — Il quitte Bologne. — Sa correspondance avec Saint-Marc.

Le succès que Savonarole obtenait dans la ville par la hardiesse et la nouveauté de ses discours, des qualités plus modestes et plus chrétiennes le lui donnaient à l'intérieur de Saint-Marc. Sa science profonde, sa simplicité, sa pureté de mœurs, sa bienveillance pour tous lui avaient acquis l'estime de ses compagnons; et quand sa renommée l'eut l'ait connaître pour le flambeau du courut, les religieux de Saint-Marc étaient tout disposés à le placer à leur tète. Il fut en effet nommé prieur dans le courant de la même année (1491).

Savonarole, qui mettait très-haut la dignité de l'Église et de ses ministres, saisit cette occasion de protester par un acte contre un usage qui lui semblait avilissant. Depuis que les Médicis gouvernaient Florence en maîtres, c'était l'habitude que tout prieur de Saint-Marc, à son entrée en charge, allât rendre hommage au chef de cette

famille. Une coutume qui paraît si peu cligne des citoyens d'une république pouvait s'expliquer cependant par la protection constante dont les Médicis avaient entouré la communauté dominicaine. Savonarole ne voulant pas s'y conformer, feignit d'abord de l'ignorer. Les plus anciens du couvent l'avertirent de cette formalité, qu'ils regardaient comme un devoir : « Est-ce Dieu ou Laurent de Médicis , leur dit alors Jérôme , qui m'a nommé prieur? — C'est Dieu, lui fut-il répondu. — Souffrez donc, répliqua-t-il , que je rende grâces à Dieu et non à un homme. » Ces paroles étant venues aux oreilles de Laurent, il s'écria : « Un moine étranger est venu habiter ma maison, et il ne veut pas venir me visiter! »

Florence, ni môme Saint-Marc , n'était la maison de Laurent de Médicis, et tant d'orgueil de la part de ce prince nous porterait à excuser le refus de Savonarole et à le tenir pour un acte d'indépendance ; mais comme le prieur sut fort bien dans l'occasion faire acte de soumission, sinon à Laurent, du moins à son fils Pierre, quand il le crut capable de le servir \ il est difficile de croire qu'un sentiment de fierté ecclésiastique ou républicaine l'eût poussé à commettre un acte que les courtisans durent pour le moins taxer d'impolitesse. Il est

1 . Nous avons découvert dans les cartons de VArchivio mediceo, à Florence, une curieuse preuve de cette souplesse inattendue; c'est l'autographe d'une lettre adressée, le 26 mai 1493, par Jacopo Salviati à Pierre de Médicis, au sujet de la séparation de Saint-Marc et de la province de Lombardie. A la suite de cette lettre, Savonarole avait écrit de sa main un curieux post-scriptum qu'on trouvera à l'Appendice (n° III).

Savonarole dit pourtant dans son procès qu'il n'entra point en négociations avec Pierre de Médicis, mais il ne veut parler alors que du temps où Pierre était exilé et où l'on conspirait pour le faire rentrer à Florence.

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