‹ Jérome SavonaroleChapitre 30 sur 215 · LIVRE I, CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE Y

de repos. Il avait fait partager à la communauté tout entière ses goûts simples et naïfs, et, proscrivant tous les amusements mondains, il leur avait appris à prendre plaisir aux moindres choses. Mais il faut laisser la parole au P. Burlamacchi :

« Les religieux se rendaient en quelque lieu retiré et solitaire; là, après avoir récité le saint office, ils s'entretenaient paisiblement de Dieu. Après le dîner, ils prenaient un instant de repos, puis ils se réunissaient gaiement autour du père, qui leur expliquait quelque passage des divines Écritures ; ils faisaient ensuite une petite promenade. Après avoir marché un peu, ils s'asseyaient à l'ombre. Le père offrait alors à leurs méditations quelque beau passage des livres saints, et interrogeait principalement les novices ; il leur faisait chanter quelque pieuse laude en l'honneur de Notre-Seigneur, ou leur faisait dire quelque beau trait de la Vie des Saints, dont il prenait texte pour leur donner de sages leçons. Parfois il les invitait à danser des rondes, en s'accompagnant de la voix ; après quoi l'on se remettait en route. Bientôt, faisant une nouvelle pause, Jérôme priait chaque frère de lui expliquer, comme il l'entendait, un verset des psaumes ou un passage de l'Écriture.... Un jour, ils passaient sous un figuier. Le père cueillit de petites branches qui croissaient au pied de l'arbre ; puis, en extrayant la moelle avec adresse, il en fit de blanches colombes, parfaitement imitées, et en donna une à chacun de ses compagnons, ce dont ils furent très-joyeux. Il les priait alors d'indiquer les qualités de la colombe, Ct, prenant la parole avec eux, il les leur exposait dans le sens spirituel, à la grande satisfaction de tous.... Souvent, le soir, ils chantaient des psaumes et des hymnes avec une grande ferveur; ils faisaient venir un novice,

en guise d'enfant Jésus, et s'asseyaient en cercle autour de lui. Chacun lui donnait son cœur et lui demandait quelque chose pour soi ou pour d'autres : par exemple, que tel jeune homme du monde entrât en religion. Quelquefois ils choisissaient, parmi ceux qui étaient présents , un ambassadeur qu'ils feignaient d'envoyer à Dieu, pour obtenir de lui quelque grâce ; souvent ils faisaient apparaître parmi eux la Irès-sainte Vierge , qu'ils appelaient avec simplicité leur maman. Ils célébraient ses louanges et la remerciaient. De temps en temps, ils laissaient échapper quelque exclamation partie de l'âme et pleine d'amour, comme mon doux Jésus ! Jésus Seigneur des seigneurs! Vierge belle! Vierge mère de Dieu! Vierge pleine de miséricorde! et chacun à la ronde faisait son compliment. C'est ainsi qu'ils employaient le temps et rendaient leurs récréations utiles tout ensemble au corps et à i'âme. Un jour, le père se trouvait à Saint- Dominique de Fiesole, avec un grand nombre de ses enfants; on venait de chanter quelques dévotes laudes, pour se récréer après souper. «Mes enfants bien-aimés, dit-il, pour nous occuper, que chacun de vous me fasse deux questions, l'une sur le paradis, l'autre sur l'enfer. » La variété et la finesse des doutes exprimés, ainsi que les belles réponses et les savantes solutions du père, donnèrent un agrément admirable à cette soirée. C'était merveille d'entendre de si belles pensées : on aurait dit que le paradis était descendu sur la terre, et qu'on se trouvait dans une compagnie d'anges incarnés. >»

Tel était Savonarole au milieu de ses frères, et telle la discipline qu'il avait su doucement leur imposer et leur faire aimer; mais, quand il se repliait sur lui-même et

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