‹ Jérome SavonaroleChapitre 31 sur 215 · LIVRE T, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE T, CHAPITRE V

qu'il vivait avec sa pensée, il la portait naturellement rera les sujets les plus sérieux. Il aimait à réfléchir sur ],, mort, et s'étail fait faire un petit crâne en ivoire qu'il Usa à force de le tenir dans ses mains. Il s'attendait toujours à mourir de mort violente ou subite, et portait habituellement sur lui un crucifix, afin de pouvoir faire acte de foi, si la parole venait à lui manquer au moment de la mort. Ces sombres pensées , trop justifiées par l'événement, n'altéraient en rien sa sérénité. Même au dehors du couvent, il passa auprès de beaucoup de gens pour être de mœurs aimables , et, s'il excita des haines violentes, il sut se faire des amis dévoués jusqu'à sacrifier pour lui leurs jours, ce qui n'appartient qu'aux grands caractères et aux grands cœurs.

Par ce soin de toutes les heures que prenait Savonarolc de ne donner aucun précepte qu'il ne confirmât par l'exemple, et de se montrer toujours tel qu'il voulait que les autres fussent, il parvint, en peu de temps, à faire du couvent de Saint-Marc un rare modèle de sainteté. La renommée s'en répandit, et les fils des plus grandes familles de Florence vinrent prendre de ses mains l'habit de Saint-Dominique. On vit accourir à sa Voix et se presser dans l'étroite enceinte de la pieuse maison, des Ruccellai, des Salviati, des Albizzi, dc^ Strozzi, des Médicis. En peu de temps, le nombre des religieux fut de deux cents, et même de deux cent cinquante. On fut obligé d'accorder de nouveaux bâtiments à une congrégation sinon breuse, et Savonarole obtint qu'on lui cédât ceux de la Sapience, qui servent aujourd'hui d'écuries au grand-duc. Mais, quoique les murailles eussent été élargies et les limites de sa domination reculées, la dévorante activité de Jérôme eût été à l'e-

Iroit derrière elles; aussi pendant qu'il transformait Saint-Marc au dedans, il poursuivait au dehors le même but sur un plus vaste théâtre.

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