‹ Jérome SavonaroleChapitre 48 sur 215 · LIVRE II, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE II

Il est inutile sans doute de laver Savonarole du reproche qu'on lui a fait souvent de n'avoir agi dans tout ceci que par ambition. Le savant Magliabechi a répondu judicieusement que si le frère avait eu de l'ambition, il n'avait, pour satisfaire son penchant, qu'à flatter les Vlédicis ou le pape, dont il eût tout obtenu. L'histoire de ;a vie permet, au reste, de savoir à quoi s'en tenir sur 3e point. Enfin, si par sa conduite il jeta les semences ic sa ruine, ce ne fut pas à son insu, puisque si souvent pour prix de ses efforts, il se prédit le martyre.

C'est donc après avoir bien étudié la voie qu'il devait ■uivre et mesuré l'étendue possible de son sacrifice, que Savonarole marcha en avant. Il prit soin, en commentant, de faire remarquer aux Florentins qu'il ne s'était pas encore mêlé des affaires d'État, et que, s'il s'en Tiêlait maintenant, c'était pour le bien de tous. Ces trécautions oratoires prises, il reprochait au peuple son ndifférence politique : « Si Dieu , disait-il, a fait tant le merveilles pour ses élus , les deux , les éléments , es êtres corporels, pourquoi ne ferions-nous pas nous tussi toutes choses, pourquoi n'endurcrions-nous pas outes les fatigues pour eux, pour leur repos et pour cur salut? » Et, dans le même temps, comme il voulait îréerdes institutions démocratiques et leur donner pour origine la volonté populaire, il proposait de choisir la orme du gouvernement par une sorte d'élection à trois Itérés.

« Pour donner à votre gouvernement la meilleure forme possible , voici ce que vous pouvez faire : Vous avez seize gonfaloniers de compagnies, comme vous les appelez, qui ont sous leurs ordres la cité tout entière. Que tous les citoyens se réunissent sous leurs gonfalons respectifs; qu'ils se consultent, qu'ils se demandent

quelle forme- de gouvernement leur paraît la meilleure. Vous aurez ainsi seize systèmes. Les gonfaloniers se réuniront ensuite et choisiront dans le nombre les quatre constitutions qui leur auront paru les meilleures et les plus stables. Ils les soumettront à la magnifique seigneurie ; et celle-ci , après avoir fait chanter la messe du Saint-Esprit dans la grande salle, choisira l'une de ces quatre formes de gouvernement. Tenez pour certain que celle qui sera ainsi choisie viendra de Dieu. »

Mais ceux qui voulaient que la révolution se terminât par un simple changement de personnes étaient encore les plus forts, grâce à une longue possession et à l'inexpérience du peuple. Par la proposition qu'on vient de voir, Savonarole avait voulu surtout éviter Yassemblée à parlement, qu'il savait bien n'être qu'une comédie; mais il n'avait pas encore eu le temps de faire partager cette opinion à la foule, et quand la seigneurie, nommée avant la révolution, sous l'influence des Médicis, fît sonner la cloche, il n'y eut pas moyen d'empêcher les Florentins d'accourir sur la place (2 décembre). Les prieurs, ayant fait, suivant l'usage, garder toutes les issues par des hommes armés, firent donner lecture d'une pétition rédigée par leur ordre et adressée à eux-mêmes. On y demandait la nomination des Huit de Balie, afin de pourvoir aux nécessités du moment avec une autorité absolue, et de réformer le gouvernement, à l'aide de vingt accoppiatori, magistrats de circonstance, chargés pour l'ordinaire de reviser les noms des citoyens éligibles placés dans les bourses, mais qui devaient avoir, dans les circonstances où l'on se trouvait, une autorité plus étendue.

. Gomme il arrivait toujours dans ces sortes d'assem-

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