‹ Jérome SavonaroleChapitre 51 sur 215 · LIVRE II, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE II

zn\[ de vouloir consulter. On ne sait si Jérôme répondit '\ tel appel dans les formes qu'on lui indiquait. Ce qu'il y a de certain, c'est que, persuadé qu'un avis donné en conseil pourrait élre bien plus facilement écarté que s'il Jcscendait solennellement de la chaire, pour se graver lans tontes les mémoires et dans tous les cœurs, il profita t le ce qu'on l'avait interrogé pour répondre en public, i'l plus catégoriquement peut-être qu'on ne l'aurait voulu. Il convoqua le peuple tout entier, à laréserve des femmes et des enfants, la seigneurie et touslesmagistratsà venir l'entendre sous les voûtes de la cathédrale. Pour accomplir sans obstacle cet acte audacieux, il profita avec habilité d'un bruit fâcheux qui s'était répandu dans la ville et qui y avait causé un assez grand désordre. On venait d'apprendre que Pierre de Médicis, parti de Venise, où il s'était relire, avait traversé l'Italie pour se rendre auprès de Charles VIII, et en avait reçu un accueil excellent. Ces nouvelles faisaient trembler les Florentins pour leur liberté; niais elles étaient de nature à donner plus de forer au parti démocratique, et à disposer favorablement envers l'orateur même les indifférents. Savonarole nous apprend quel fut le sujet de son discours :

««Après avoir, dit-il, parlé en détail du meilleur: gouvernement, d'après l'opinion des philosophes et des théologiens, je montrai quel était celui qui convenait iiafun llement au peuple florentin, et j'indiquai quatre l Imscs à faire : 1° craindre Dieu ; 2° préférer le bien de la république à nos propres intérêts; 3° accorder une amnistie générale à tous les fauteurs et partisans du régime déchu ; 4° établir un conseil général sur le modèle de celui de Venise, »»

Hardi, qui nous rapporte aussi une analyse de cet important discours, entre dans plus de détails sur ce der-

nier point, qui est au fond toute la réforme politique ; le reste n'était qu'un expédient pour dégager le terrain, a Ce conseil, dit-il, devait comprendre tous les citoyens qui avaient, suivant les antiques coutumes de la ville, le droit de prendre part aux affaires publiques, en apportant dans cette innovation toute la prudence nécessaire. »

Il semble que Savonarole ait accordé trop de place aux précautions préliminaires; mais si l'on se rappelle que les Médicis avaient respecté presque toutes les institutions, et établi leur autorité en leur faisant doucement violence, on comprendra qu'une réforme qui consistait à admettre quelques citoyens de plus à l'exercice des droits civiques n'était point capitale, et qu'il était plus urgent d'assurer la paix publique, gravement compromise par les vengeances que l'on préparait contre les vaincus. Savonarole nous apprend quels dangers couraient les partisans des Médicis :

« Si Dieu n'avait pas donné ce gouvernement à Florence, les graves conjonctures où nous sommes auraient fait éclater une discorde épouvantable. Non-seulement les citoyens perdaient tout, mais la liberté succombait, et la ville devenait une caverne de brigands ; car, après le départ de Pierre de Médicis, on vit réunis dans nos murs les membres des diverses factions qui s'étaient fait réciproquement tant d'injures de 1434 à 1494. Chacun attendait le moment de se venger et de remonter au faite. Quoi de plus juste à leurs yeux que de prendre sa revanche des maux du passé?... Ces discordes auraient fait prononcer beaucoup d'exils et répandre des flots de

sang.

Et Tivoli nous apprend ce que la modestie de frère Jérôme ne lui permettait pas d'ajouter : « Sans les pré-

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