‹ Jérome SavonaroleChapitre 61 sur 215 · LIVRE II, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE III

ioussait aux plus mauvaises actions pour se procurer le l'argent ou réparer leurs pertes *. La promiscuité lans les familles nous est attestée par les écrits de Saonarolc; or, on ne peut dire qu'en écrivant il se Jaisail emporter par la chaleur de l'improvisation. Eufin le ('■nioignagcdes historiens ne permet pas de douter d'un Ice plus honteux encore, que la lecture des anciens aueurs retrouvés avait contribué à remettre en honneur, irtout parmi les lettrés. L'opinion publique rangeait iftgo Polilien lui-même parmi ceux que l'amour de l'imiation dégradait à ce point. Aussi Savonarole, pour couler le mal dans sa racine , s'en prenait -il aux livres des meiens ; il les aurait vu supprimer sans peine, surtout es poètes. Sévère pour la cause, il L'était plus encore >our les effets, et voulait qu'on brûlât vifs ceux qui se tendaient coupables d'un crime si hideux. Le récit de ses efforts est consigné tout au long dans es sermons. Ils durèrent autant que sa vie: car il y eut oujours des récalcitrants, et avec son esprit naturellenent porté à voir le mal plutôt que le bien, Fra Ghoamo s'en prit jusqu'à la fin à Florence tout entière de :e qui n'était plus que l'obstinalion d'un parti. On fit ;rai)d bruit de sa rigueur et de son intolérance; touteois il se tenait, en général, dans de justes bornes. Peronne ne peut trouver mauvais qu'il reprochât auxjeuics unis d'insulter les femmes dans les églises ou de

1. Il faut lire, dans la chronique de Buonaccorso Pitti , le récit des 'le ce Florentin. 11 n'y est guère question d'autre chose que les gommes énormes qu'il gagnait et perdait AU jeu alternativement. ta dirait que cotait l'affaire importante de sa vie. Il voyageait uniquelient pour subvenir par la chance êee dés aux dépenses considérables if ion existence aventurière, et il lui fallait, pour faire sa partie, d i iches princes, comme le duc de Brabant, le duc de Bavière ou le duc iroie.

leur tenir des propos déshonnêtes, et à celles-ci de sortir décolletées, de manière à excuser toutes les libertés que les hommes prenaient avec elles. Il proscrivit, il esl vrai, le luxe des bijoux et des diamants ; mais il le permettait aux dames du plus haut rang, dans une certaine mesure : ce qui montre qu'il voulait seulement éviter que la vanité des femmes, oublieuses de la modicité de leurs ressources, ne portât la ruine dans les maisons, ou ne dépensât à d'inutiles oripeaux un argent qui pouvait être mieux employé et contribuer à la prospérité de Florence.

Il réussit, comme on l'a vu, à modérer le goût di peuple florentin pour le luxe et tout son fastueux appareil. Contre les joueurs, le succès ne fut pas aussi facile, Ce n'était pas le jeu en lui-même que Savonarole poursuivait, mais la ruine des familles qu'il voulait empêcher. Il ne savait pas, dans sa sainte naïveté, que tout Fattrail de ce funeste délassement est dans l'émotion de la perte ou du gain ; aussi faisait-il de singulières propositions : « Si vous voulez vous distraire, tirez de l'arc; jouez, comme vous dites, aux osselets; ne mettez pas pour enjeu de l'argent, mais une salade, une racine, ou d'autres choses semblables. — Vous riez ! Savez-vous pourquoi vous riez? C'est parce que, acoutumés à jouer des ducats, mon enjeu vous paraît trop peu de chose, et vous le trouvez ridicule. » La résistance qu'on lui opposa l'exaspéra au point qu'il recommandait à ses fidèles d'arracher aux joueurs leurs cartes ou leurs dés, et à la seigneurie de mettre à la toiture les plus obstinés. Il alla même, en haine de ce vice, jusqu'à en encourager un plus funeste encore: il voulait introduire la délation dans les familles, et proposait une récompense aux serviteurs qui dénonceraient leurs maîtres.

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