‹ Jérome SavonaroleChapitre 65 sur 215 · LIVRE II, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE III

de s'abstenir du mal. Pour prendre l'initiative du bien, il fallait l'ardeur irréfléchie mais généreuse de la jeunesse; il fallait des esprits sur qui le vice n'eût encore laissé qu'une empreinte facile à effacer. Savonarolc conçut donc le projet de faire des enfants les ministres de ses volontés, et de former pour les temps à venir une génération virile, religieuse et patriotique. Il commença par les adirer à ses sermons; il obtint pour eux une place d'honneur. Bientôt il les vit venir en si grand nombre, qu'on dût fixer l'âge où ils seraient admis. Jusqu'à dix ans, il fut convenu qu'ils resteraient chez eux ; de dix à vingt, ils furent reçus dans la tribune qui leur était réservée; après vingt ans, ils prenaient place parmi les hommes. L'enthousiasme qui gagnait leurs pères ne pouvait manquer de s'emparer de ces jeunes têtes, toutes fières de ce que le prédicateur avait souvent pour eux des paroles amies et de sages conseils. Le carême de 1496 fut consacré en partie à les organiser. Ils appelaient Savonarole, la vraie lumière, et lorsqu'ils le voyaient apparaître dans la chaire, ils chantaient en son honneur ces paroles : Lumen ad revelationem gentium et gloriam plebis tux Israël.

La eniiversion des enfants se fit plus rapidement encore que celle de leurs pères, et fut surtout plus générale. Alors Savonarole songea à les enrégimenter dans une sainte milice. Les conditions imposées pour en faire pailie furent : 1° l'observation des commandements de bien et de l'Église; 2° l'exactitude aux deux sacrements de pénitence et d'eucharistie ; 3p le renoncement à tous les spectacles, à tous les plaisirs mondains; 4° la plus grande simplicité dans les mœurs, la tenue et les vêtements.

Chaque quartier eut un chef chargé de veiller à ce

que ces conditions ne fussent pas éludées ; ce chef devait être assisté de quatre conseillers , sans lesquels il n'avait le droit de rien faire. Il y eut, en outre, diverses magistratures qui donnaient une véritable importance à cette république d'enfants : les pacieri, officiers de paix, chargés de maintenir l'ordre à l'église et dans la rue ; les ordonnateurs des processions, maîtres de cérémonies dont la tâche était d'assigner à chacun sa place et de faire régner le silence ; les correttori, juges chargés d'infliger une correction fraternelle à ceux qui la méritaient; les limosinieri , quêteurs qui devaient demander l'aumône pour les pauvres honteux; les lustratori , purificateurs chargés de faire nettoyer les .croix et les autres objets de la vénération publique qu'ils trouvaient malpropres ou peu convenablement placés ; enfin les inquisiteurs, dont la mission fut de nature à donner une véritable importance à cette institution.

En enrôlant ainsi les enfants sous la bannière du Christ, Savonarole pensa qu'il pouvait en tirer un grand parti pour affermir les bonnes mœurs dans Florence. Il imagina de faire d'eux les redresseurs des torts, et de leur confier le soin de remplir officieusement au nom du Cbrist une tâche que les magistrats négligeaient trop. Les inquisiteurs furent donc employés à parcourir la ville, à poursuivre les blasphémateurs et les joueurs, à enlever à ceux-ci leurs cartes, leurs dés et jusqu'à leur argent, qu'ils donnaient ensuite aux pauvres. Leur juridiction s'étendait jusque sur les jeunes filles et les femmes : lorsqu'ils les voyaient trop pompeusement parées, ils leur adressaient, avec une douceur et une simplicité qui arrachaient des larmes, dit le bon Burlamacchi, des paroles comme celles-ci : « De la part de

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