LIVRE II, CHAPITRE III
ations que ses ennemis portèrent contre lui dans son rocès :
« La discorde, y est-il dit, s'était glissée dans toutes 3S maisons. La femme et le mari, le père et les enfants, 3ut le monde était en querelle. On entendait tout le )ur d'atroces menaces; la belle-mère chassait sa bru u logis, le mari sa femme, et ils ne tombaient d'accord ne pour vivre séparés.... Les femmes écrivaient en Mrel ù Savonarole pour lui dénoncer les complots que Hirs époux tramaient contre lui. Gela est arrivé entre utres, au su de toute la ville, à un grand citoyen, anai de' Nerli, et à maître Ulivieri, médecin. »
Cette malheureuse institution d'enfants magistrats fit lus de mal que de bien à la société florentine et à Jé- Linie lui-même. Toutefois, il est juste de reconnaître u'elle fut l'occasion , sinon la cause , d'une innovation l d'une réforme importantes.
Avant que les inconvénients de cette juvénile tyrannie i fussent accrus, par l'impunité, au point de devenir îsupportables, les quêteurs recueillaient d'abondantes amènes. La distribution qu'on en faisait aux pauvres e pouvait avoir lieu sans de longues recherches et de équentes erreurs. Pour éviter les unes et les autres et ouikt une organisation sérieuse à ce produit de la taiilé publique, Savonarole imagina de réaliser une îstitution dont un célèbre franciscain, Bernardin de onlefeltro, avait eu l'idée première, mais qui était ;stée à l'état de projet. Il proposa donc et fit décréter, :28 décembre 1495, l'érection d'un mont-de-piété, où OU prête aux nécessiteux, sans exiger d'autre intérêt que ï dont il était rigoureusement besoin pour h; modique daire d'un très-petit nombre d'employés. Fra Hieroimo exprima même plus d'une fois le désir qu'on payai
Je salaire sur les fonds de la commune, afin que le prêl fût entièrement gratuit.
Le succès de cet utile établissement fut immense. Quand les citoyens virent l'emploi qu'on faisait de leurs offrandes, ils les multiplièrent, et il fallut, peu de temps après, créer deux succursales. La coupable industrie des juifs en reçut une atteinte mortelle : le prêt gratuit rendait impossible le prêt à usure, et Ferdinand del Migliore nous apprend qu'un Israélite offrit à la république vingt mille florins d'or pour empêcher l'érection du mont-de-piété. Quelques-uns essayèrent cependant de lutter contre la mauvaise. fortune et de continuer leur commerce : en 1496, on porta contre ces obstinés un décret d'expulsion.
La réforme que Savonarole parvint à opérer par le moyen des enfants convertis fut celle du carnaval. Quoique moins célèbre que ceux de Rome et de Venise, le carnaval de Florence ne laissait pas d'être brillant. Laurent de Médicis, qui s'efforçait de donner à son peuple du pain et des jeux, avait rendu récemment à ces fêtes leur ancien éclat. La jeunesse, montée sur des chars, courait la ville et donnait la représentation de quelque triomphe; des cavaliers masqués et richement vêtus, quelquefois au nombre de plus de trois cents, servaient d'escorte ; d'autres suivaient à pied, et, de jour ou à la lueur des flambeaux, on exécutait des chœurs et des chants avec accompagnement d'instruments. Le sujet en était libre pour l'ordinaire, et même licencieux ; mais le peuple florentin, toujours avide de fêtes, ne s'en passionnait que davantage pour ces profanes plaisirs.
D'autres réjouissances plus dangereuses signalaient encore ces jours de bacchanales. Les jeunes gens du peuple, divisés en compagnies, occupaient les abords des