LIVRE II, CHAPITRE III
'ues, un bâton à la main, et toute femme riche n'obteiait la permission de passer qu'au prix d'un tribut qu'elle levait payer à la soif, sous le nom de beveraggio (pourmire)- Cet argent servait non-seulement à faire des orrics, mais aussi à acheter et à orner un grand arbre que îbaque compagnie plantait dans son quartier et brûlait e dernier jour du carnaval. La rivalité qui s'établissait >ntre ces différentes sociétés, au sujet de la beauté de eur arbre et de leur fête, amenait presque toujours des [iierelles où l'on se battait à coups de pierres , et qui îe se terminaient jamais que par la mort de quelque oune imprudent. Plus d'une fois le souvenir des luttes lolitiques intervint au milieu de ces débats d'enfants: les itoyens d'un âge mûr se voyaient forcés de descendre lans l'arène, et d'une fête on faisait ainsi presque une guerre civile. Les prières, les défenses de l'autorité ivaient toujours été inutiles : l'usage avait prévalu. Saonarole n'eut qu'à désapprouver ces divertissements : la ounesse, qui en était l'âme, s'en retira aussitôt. Ils tom- )èrent ainsi d'eux-mêmes, et en un instant un seul îominc fit plus par la persuasion qu'en tant d'années ous les édits des magistrats. Les fôtes du carnaval furent remplacées par des fêtes religieuses qui ont une cerline importance historique, et dont il sera parlé tins bas.
Tel fut, en peu de mots, la réforme des mœurs qu'enreprit Savonarole. Il entra sans doute dans des détails ninutieux; mais il avait coutume de dire que négliger es petites choses n'est pas le moyen de bien faire les grandes. Il eut le tort grave de vouloir transformer une ifle en un couvent, dos citoyens en religieux, et, en les mitant à passer presque tout le jour à l'église, de les létotirner du travail. L'homme ne vit pas seulement de
pain, mais il vit aussi de pain, et comme on reprochait à Jérôme de trop oublier les nécessités de la vie physique et de faire des paresseux, il s'obstinait à répondre qu'il n'avait jamais détourné personne du travail; mais le fond de sa doctrine n'en était pas moins qu'on gagne plus en priant qu'en travaillant de ses mains.
Savonarole eut en outre le tort de croire qu'il était possible de restaurer un passé déjà loin. En essayant de se faire à l'image des anciens chrétiens, les Florentins, qui ne pouvaient se pénétrer de leur esprit, crurent les avoir continués et reproduits parce qu'ils se soumettaient à quelques-unes de leurs pratiques. On ne remonte le cours de l'histoire que par un effort contre nature, et, lorsqu'on y a épuisé ses forces et son courage, on est entraîné par le courant plus vite que jamais. Savonarole avait tant monté l'imagination de ses partisans que lorsqu'il ne put plus soutenir leur foi par des prodiges ou même la suivre, il dut payer de sa vie leur désenchantement. Mais il eut la gloire d'avoir fait régner la vertu parmi eux, et, à la fin de l'année 1495, le triomphe de sa doctrine était si éclatant, que ses ennemis mêmes étaient obligés de le confesser, et ne pouvaient élever qu'un doute de mauvaise foi sur la cause et l'auteur d'une si grande réforme.
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