LIVRE II, CHAPITRE V
prend le procès, pour rengager à faire une nouvelle expédition en Italie. Comines nous affirme aussi le fait : « Cette menace qu'il faisoit au roy de dire que Dieu le puniroit cruellement s'il ne retournoit, lui a plusieurs fois escrite ledit Hieronyme, peu de temps avant son trespas. »
Une si constante fidélité au roi de France n'était, quelques accusations qu'elle ait values à Savonarole dans son procès, ni sans mérite, ni sans courage. L'espérance trompée des Florentins au sujet de Pise, que, malgré ses promesses, Charles ne leur avait pas rendue, les avait exaspérés, et Ton trouve dans tous les écrits du temps les traces de la plus vive colère. Dans leur Journal des événements contemporains, les Rinuccini l'appellent « homme sans honneur, sans vergogne, de nulle prudence, assassin, fourhe, voleur, sans foi, qui mettait autant d'attention à observer ses promesses et ses serments qu'à écouter un âne qui brait, enclin à tous les vices, sans aucune moralité ni trace de vertu religieuse, et qui avait, pour ministres, les plus vicieux, les plus scélérats, les plus cupides, les plus perfides hommes qu'on pût imaginer. »
On disait donc qu'il fallait rompre avec une politique traditionnelle, il est vrai, mais qui n'avait produit que des déceptions; que l'Italie, et en particulier Florence, avait toujours été dupe et victime des Français, et qu'il fallait entrer au plus tôt dans la ligue qui s'était formée contre eux. Savonarole ressentait aussi vivement que personne des injures dont il avait espéré préserver le pays; il était d'ailleurs partisan de la seule politique qui convienne à un petit État libre et républicain, la neutralité; mais il pensait, comme plus tard Machiavel, que si la bonne fortune des Français était funeste à Flo-
rcnce, leurs échecs l'étaient encore plus; il comprenait que si Florence entrait dans une ligue où le duc de Milan tenait la première place, c'en était fait bientôt de ses libertés et de son gouvernement populaire ; il était enfin convaincu que le seul moyen de se maintenir contre une foule de princes intéressés à écarter du regard de leurs sujets un exemple contagieux , c'était de sceller une durable alliance avec un roi assez fort pour protéger ses amis par la seule terreur de son nom, et assez éloigné pour qu'on n'eût pas à craindre qu'il imposât chaque jour sa volonté. Or, on pouvait s'appuyer sur Charles VIII, redouté même quand il battait en retraite, sans prendre parti dans les querelles des princes italiens ou dans celles de la France avec la Péninsule. C'est celte politique, la seule praticable dans un petit État démocratique, que Savonarole conseillait, et qu'il réussit, malgré la répugnance générale, à faire prévaloir ; mais ce ne fut pas sans peine.
La seigneurie se montrait hostile à la France. Cédaitelle à l'opinion, ou prétendait-elle la diriger? C'est ce qu'on ne saurait dire. Il est certain, dans tous les cas, qu'elle parlait d'assembler le peuple à parlement pour décider l'accession de Florence à la ligue italienne. Le danger était imminent. Fra Girolamo voyait sa politique également menacée au dedans et au dehors. Il pensa que si l'on parvenait à éviter cette funeste assemblée, où le peuple ne pouvait manquer d'acquiescer aux propositions de la seigneurie, tout était sauvé; que dans le cas contraire , tout était perdu. Il tourna donc tous ses efforts contre le parlement, et, ayant convoqué les magistrats à Sainte-Marie de la Fleur, il prononça, le 28 juillet, un énergique discours. Après être entré dans mille détails de gouvernement et d'ad-