‹ Jérome SavonaroleChapitre 88 sur 215 · LIVRE II, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VI

l'asscz méchante nature. On est sage à sa coin-; mais •n(ii), si un prélat me commandait quelque chose qui fût contraire à nos constitutions et à la vigne, je ne devrais pas lui obéir : c'est l'opinion de saint Thomas. Par exemple, s'il me commandait de manger de la chair quand je suis en santé ou de manquer à ma religion, (comme un cardinal, je ne serais pas tenu de lui obéir, parce qu'on ne peut ramener cet ordre à nos règles et à 'nos constitutions, mais qu'il est contra oxxprœter. Telle est •aussi l'opinion de saint Bernard et des autres docteurs.»

La déclaration de guerre était donc aussi nette que possible, et les restrictions dont Savonarole s'enveloppait ne faisaient que donner plus de relief et de mordant à sa pensée. Cependant d'autres soins retenaient sans doute Alexandre VI, car on ne voit pas qu'il se soit occupé de Florence ni de son oracle pendant presque tout le cours de cette année. — Les Arrabbiati, trop pressés et désespérant de réveiller son indolence, voulurent agir par eux-mêmes, et cherchèrent à mettre à 'mort l'intrépide dominicain. Mais celui-ci dut à la vigilance de ses amis d'échapper au fer et au poison, et put dénoncer ces indignes tentatives. Il refusa cependant de nommer les sicaires ou la main qui les armait, non bar charité chrétienne, mais parce qu'il craignait qu'on ne se soulevât contre lui; peut-être aussi ne les connaissait-il pas.

Mais rien ne put l'empêcher de fournir jusqu'au bout sa carrière. Les jeûnes, les macérations, toutes les pratiques religieuses redoublèrent; il n'était plus question l'autre chose dans Florence, et cette ville était devenue pour cela la risée de toute l'Italie. Les Arrabbiati se plaignaient si vivement d'être enveloppés malgré eux dans le ridicule que les Piagnoni faisaient rejaillir sur la

cité tout entière, que quelques-uns de ceux-ci finireni par croire qu'ils allaient trop loin. Savonarole sentit h nécessité de les raffermir dans sa voie :

« Frère, tu nous as mis sur les dents. Tout le jour des prières et des jeûnes, des jeûnes et des prières ! Nous n'en pouvons plus, nous sommes la fable de l'Italie. N( fait-on plus de carême à Florence, disent nos voisins! On nous persécute avec ces carêmes : Florence, dit-on a pris le froc ; ce peuple s'est fait moine. Nous ne pou vons plus supporter les railleries que ces carêmes e ces oraisons nous attirent. — Çà, viens ici : ce que tu fais est-il bien ou mal? Tu ne peux dire que ce soit mal d( prier et de jeûner. Continue donc, puisque c'est bien et laisse parler. »

En terminant son carême, Fra Hieronimo voulut organiser une procession qui laissât un durable souvenii des fruits que sa parole avait portés. Il encouragea publiquement les enfants dans le dessein qu'il leur avai suggéré; il pria les citoyens de ne pas leur suscite] d'embarras et de ne plus crier: « Tant de croix! tan de croix ! Car c'est l'épée qu'il faut craindre et non le croix. C'est le diable qui doit craindre la croix. Vous qui en avez peur, vous devez être de ses amis. » Il ail. jusqu'à promettre à cette jeunesse l'assistance de 1< seigneurie. Les jours suivants, il ne dédaigna point d( régler les moindres détails de la procession. Il voulu surtout qu'elle ne fût pas une pure cérémonie, et il 1 rendit utile, en lui donnant pour but une collecte e faveur du mont-de-piété. Ayant invité toute la ville à ] assister, il annonça qu'on se mettrait en marche dans l'ordre suivant : les enfants, les couvents et le clergé les magistrats, les hommes, puis les femmes, mais ur peu loin des hommes, et les vieilles les premières pouj

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