‹ Jérome SavonaroleChapitre 89 sur 215 · LIVRE II, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VI

nieux protéger les autres. Quant à ceux qui seraient iinpêchés de se joindre au cortège, il leur défendit de talionner dans la rue, pour ne pas causer d'embarras. Cous les assistants durent avoir une croix rouge ou un ameau à la main, et les enfants mener un àne, en souenir de l'entrée de Jésus-Christ dans Jérusalem.

La procession eut lieu le dimanche des Rameaux. On laitit de la très-sainte Annonciate; on se rendit à Saint- Luc, où chacun reçut une petite croix rouge, et l'on »oursuivit la promenade à travers la ville. Il n'y eut pas noins de huit mille enfants présents. On vit des choses ingulières. Des hommes d'âge, vêtus de blanc comme a jeunesse, chantèrent et dansèrent devant le taberlaclc. Sur la place de la seigneurie, on chanta une laude, omposée pour la circonstance par Jérôme Benivieni, le lus grand poète de ce temps-là; puis, après une pause

Sainte-Marie de la Fleur, on revint à Saint-Marc, et là, iir la place, les dominicains, la tête ornée de guirlandes, ausèrent une ronde, en chantant des hymnes et des saumes, sans égard pour leur caractère.

On douterait de ces extravagances, si les documents îs plus authentiques ne forçaient la conviction. Les oésies de Benivieni sont, à elles seules, presque incroyales; mais les danses surpassent tout le reste, et encore ue Savonarolc pût s'autoriser , dans une certaine îesure, de l'exemple de David, on dut trouver beauoup de Michols. D'ailleurs , David avait dansé seul : 's saints transports d'un homme ne ressemblaient en îen à ces pieuses bacchanales. Malgré cela, Jérôme ne arut point embarrassé pour justifier tout ce qui s'était lit. Il osa môme annoncer qu'on n'était pas au bout, et u'on verrait bientôt des choses plus extraordinaires :

« Çà, mes très-chers, que dirons-nous de vos folies

d'hier? C'est l'amour de Christ qui nous les a inspirées. Tous avez fait jadis tant de folies pour votre carnaval! Il me souvient, quand j'étais au siècle, d'avoir vu des vieillards, qui passaient pour graves, commettre mille extravagances. Si l'amour du monde pousse à la folie, comment l'amour divin, plus fort et plus dégagé des sens, aurait-il de moindres effets? Les tièdes murmureront. Ils disaient bien qu'il pleuvrait hier, et pourtant il n'a point plu, et la procession a eu lieu. — Oh! pourquoi ne nous as-tu pas dit nettement qu'il ne pleuvrait pas, si tu le savais ? — Je le savais bien, mais je n'ai pas voulu vous le dire, afin que. vous vous missiez en prière. Il n'y a eu aucun scandale, malgré tous les pronostics; on n'a brûlé aucune maison. On avait répandu dans le public certaines circulaires pour vous prévenir des dangers que vous couriez. Dédaignez ces avertissements, œuvre de l'esprit de ténèbres, et dites : Qui maie facit odit lucem. Ceux qui vous les donnent sont gens à exciter des désordres pour leur compte. Ne vous avais-je pas dit : Allez, faites votre procession, et ne craignez rien, il n'y aura pas de scandale? Et il n'y en a pas eu.... Il est permis quelquefois, pour l'amour de Dieu, de sortir de sa gravité. David, vêtu d'un habit blanc, dansait devant l'arche, et invitait les autres à faire comme lui; et pourtant David était un grand roi et un grand prophète. Vous vous moquez de ces choses, parce que vous n'avez pas lu l'Écriture. Hélie, quand vint la pluie, se mit à courir et à sauter devant le roi ; cependant il était prophète. Mais voici qui est plus fort. Vous ne vous figurez pas que notre Sauveur ait jamais fait de folies? Eh bien! lisez saint Marc au chapitre troisième:— Jésus, dit l'évangéliste, entra dans une si grande fureur que ses parents sortirent pour le contenir :

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