‹ Jérome SavonaroleChapitre 95 sur 215 · LIVRE II, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VI

que le courage manquerait au pape, et qu'il n'irait pas jusqu'à l'anathème.

En attendant, il se mit à prêcher l'avent sur le môme ton que par le passé. Il annonça de nouveaux fléaux, ce qu'il faisait depuis le commencement de 1495, quoiqu'il refusât toujours d'en fixer l'époque, et de dire quelles seraient les victimes. Le prétexte de cette réserve prudente fut que ses auditeurs n'étaient pas en état de comprendre, et surtout que, si on leur déterminait les temps, ils continueraient de faire le mal et attendraient, pour se repentir, d'être à la veille du fléau. Emporté par son imagination, l'orateur peignait ces tribulations à venir sous des couleurs propres à faire craindre un cataclysme plus complet que le déluge même:

« Italie, il n'y a plus de remède! Princes de l'Italie, vous n'avez plus de refuge qu'en Dieu. Méchants , vous essayerez de fuir ; mais devant vous vous trouverez la guerre. Vous vous détournerez? D'un côté, vous trouverez la peste; de l'autre 1$ disette. Tous verrez partout les ténèbres , vous ne saurez où reposer votre tète. Ténèbres de ci, ténèbres de là, tout sera bouleversé : la terre , le ciel , le soleil , la lune, les anges, Dieu lui-même. Vous verrez toutes choses retourner au eliaos. Méchants, que ferez-vous alors? Vous serez anéantis. »

Il alla jusqu'à compter la privation de sa parole parmi les catastrophes du fléau, et jusqu'à déterminer dans quelles proportions elles pèseraient sur les bons et sur les mauvais:

« Tu dis : Fax ! pax ! et la vigne crie : Guerre] guerre! Italie, tu auras la guerre, et tu seras flagellée. Florence , tu porteras ta part du fardeau ; mais les méchants porteront sept livres et les bons

une seule, c'est-à-dire que les sept huitièmes du fardeau seront pour les méchants. » Avec cet avent finit l'année 1496.

Page 1